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MéditerranéeMéditerranée

 

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                                         Vulcano, Sicile, juillet 2002, photo dr François-Marie Périer

 



Dunes, Maroc

 

La salle de l'auberge semble soudain être cette nuit-là le lieu où les choses se passent, où, peut-être, elles sont laissées passer, et laisser se passer, et ainsi demeurer...

Les deux jeunes sahraouis dansent, les bras tendus vers l'avant, deux castagnettes de métal dans chacune, dans la trépidation des darboukas, le grattement sec des pupilles, filles de l'iris, fixes et fières, les peaux tendues comme celles de leurs instruments.

Leurs robes blanches se dressent et se cassent, se tournent. Les corps et les sons sont ensemble alors que leur âme et leur sens soufflent et commencent à voir la lumière.

Auberge de l'étoile, étoile de l'auberge, l'une veille sous l'autre, l'autre veillant sur l'une, et lune entre les deux, ou bien lune ici-bas, autour des quatre murs.

A marcher sur ce sable, on est déjà là-haut. Chaque grain de l'arène où il n'est de victime, que sublime, que soi désirant l'extinction, en résidant désert, évoque un astre. A marcher sur ce sable, on marche sur des braises et sous des braises d'or, on danse, on est dansé dans la danse dont nulle densité n'est le terme ni la fatalité.

Mektoub. C'est écrit sur le sable, et cri dans les étoiles, aussitôt effacé par le vent, le levant. Le jour le feu du ciel et du peuple nomade. La nuit noire de l'encre avec l'or du silence pour y lire le Hazard embrasé dans les astres à l’œil nu. Le jour éclaire tout et bre mais solaire, où le verbe s'avère est rêve.

La nuit permet de voir plus loin.

Comme le voyant tourne son oeil vers ses ténèbres, étant leur rédemption, telle une mère, la Terre en son orbite tourne, et nous plonge en la nuit en baisant nos paupières et notre front, elle ferme nos yeux et nous ouvre nos cieux, nos océans ancien, tous siens.

Ainsi le Sahara, no man ou nomad's land, à la fois fond et toit du monde et son hara.

De l'océan de l'ouest à la mer du Japon, c'est le même désert et le vide où le vent souffle en séparant les oeuvres. Latcho drom. Des Manoush -ou des hommes- aux Gypsies -Egyptiens- … la Camargue ultime, telle est la voie solaire, et le pèlerinage, de l'astre et de son peuple.

Comme un fleuve au delta vient adorer sa mer et sa mort, et s'étend bras ouverts, les hommes vers les Trois Marie s'émeuvent et vers Sarah coulent leurs larmes salées, s'en vont avec leurs âmes vagues outre-mer et vers le Sahara.

Entre le noir, le brun et le blanc ou le jaune, c'est le même or qui coule immobile en son lit et crépite, la même nébuleuse constellée de pépites, qui fond, fonde l'humain dans le même creuset et sous le même feu écarlate de joie.

 


Camargue - Sels

 

Non loin de là où parait-il abordèrent les trois Marie fleurit le sel dont le voile blanc ou rose s'envole en pétales et bouquets dans le souffle du Maître, hale, comme tout voile, toute voile, tout nuage.

En foulant ce matin le sable humide de l'hymen de la nuit, l'enthousiasme -à tout asthme remède où  te mène l'Atman- me révélait les fractales jamais secrètes, toujours offertes, à l’œil amant.

Ainsi au pied des dunes longues, étirées dos au grain de peau frisson s'élevant sous le vent la forme émergeait peu à peu, et semblable au Hoggar, Sahara. Et les vagues elles-mêmes à toutes celles de tous les océans. La beauté se reflète -à l'infini- dans sa propre pupille, une et partout présente, lorsque l'homme sait n'être que son adorateur.

Oiseaux et flamands prés de la plage.

L'omniprésence du sel et du ciel tous deux couvrant toutes choses fait d'elles un lieu d'espace, ouvre et pose dans ce qui est en haut et dans ce qui est en bas l'instant et la durée comme une trace blanche où toutes deux s'effacent.

La femme est nuit à l'infini. Comme elle inspir sombre et humide, glacial, tiède et brûlant. Le vent qui la parcourt est souffle ou bien soupir peut-être non du jour mais d'au-delà d'eux deux.

 


Camargue - Celles

 

La yoni s'ouvre au bout du fleuve à la vie qui l'inonde. Les deux bras sont tendus -et tout l'être étendu- vers elle, vers elles, vers le pélerinage ultime où le voyage ne peut plus que s'éteindre. Les Manouches en Sanskrit sont les manoush : les hommes. Beaux et miens dit l'esprit, qui là-bas se dit man, et aussi le soleil, qui comme eux est de l'Est.

Terre de l'Oeuvre, oeuvre de sable, de vent, de soleil et de mer, terre entre sel et ciel, entre ceux et cieux, gardians ou bien gardiens.

Fin du monde du Nord. Le septentrion meurt, la fin du froid, des glaces et des hostilités. Tout s'ouvre enfin, le corps, le cœur et l’œil, la larme à l'âme et au miracle, âge d'or, à jamais.

Des pôles jusqu'aux plages, le vent n'a pas cessé, mais le Maître à la fin devient une aile immense, et le hâle au visage est d'espérance.

En témoins de silence, tels en visions, ces êtres, ou signes, de l'univers uni en toute sphère, de l'Art.

Le soleil pour nous souffre, lent, brûlant, aveuglant, amant d'or.

La mer, d'elle mercure, vive, glaciale, insondable d'amour et d'argent -vif.

Le sel d'eux fils et origine et terme éternel inhérent.

Le feu appelle l'eau, tel est l'aimant des sages, elle monte sans un mot, telle une âme, nuages, laissant pour toute trace, le cristal, le savoir, la saveur d'un diamant. Minéral.

Les joncs tendent leurs doigts vers les cieux, leurs lingams vers le ciel. Cyprés, si prés de lui, flammes vertes toujours dans le vent vacillantes, constellées d'astres bruns éclatant au jour dit.

Les tamaris ne peuvent que crier sans un mot leur nom: les trois Marie ils virent. Que les tamaris vivent. Végétal.

Est sans nom la lame de fond. Avant la mer la mort. Le Vaccarès étang tel la dame des lacs. Treize. Les squelettes apaisent, dans l'albâtre des arbres, la marche du voyant sur les grèves en marche, l'impermanence au cœur le gonfle, c'est l'amour, dieux de mort et de mer au trident. La vache est noire, pourtant portant le blanc de la vie pour l'enfant. Son mâle et mal est noir aussi, pourtant portant le rouge de la vie du Levant au Couchant, de la rêne à l'arène, à la mort, la lumière descend avec l'épée avec le coup la grâce, nuit.

Le cheval avalanche, ange, crinière blanche est aube. Hennissement du jour éveil et course au-dessus des eaux mortes, au-delà, promesse d'envoler toute chose ici-bas. Le jour s'enflamme en rose et les pétales éclos s'envolent dans le vent, comme les fleurs de sel et d'écume roses aussi parfois font chanceler l'esprit, laissant sa chance à l'âme d'être souffle avec elles, évoquent les esprits parcourant les déserts.

Ainsi les flamands roses sont les fils et les filles de la mer et du feu, des eaux mères et du feu flambant rouge origine, et ils semblent deux lèvres prêtes à s'ouvrir. La mer respire sous le soleil qui l'émerveille de jour de nuit, la mer veille sans le soleil, la mer respire. La mer médite toute entière et pour l'éternité et pour l'humanité, altière et toute humilité, ou tumulte et ultime caresse baiser létal, tue.

Mais tous les hommes savent qu'il faut que tout cela soit, car tout cela sied à celui qui s'assied devant la mer et se laisse glisser dedans l'âme, en la mer, mer Méditerranée.

 

 

Baux

 

La terre est rouge, l’œuvre achevée. La route monte vers la cité. Partout chaos, choans de pierre au pèlerin. Les yeux sur lui, ou dans le ciel, il n'est de forme qui n'ait de vie, il n'est de forme qui n'ait la vue.

L'enfer est val, à ciel ouvert et révélé.

La mer était, là où je suis. Les roches sont, où  elles étaient. Le bleu d'en haut, celui des eaux, vagues, nuages, présages au sage.

Les ondes viennent et puis s'en vont, le fond demeure, toujours le fond.

Et ceux qui furent, y sont sculptures dont l'abstraction n'a pas de maître. Ici-bas.

 

La mer est moire, miroir, mémoire. Tout y est sel, tout est scellé.

Le temps ne passe, ne passe pas, que pour les morts.

Laisser leurs traces est leur effort.

Le minéral, leur sépulture.

Les cous se tendent, les ailes montent, gueules béantes, orbites vides, becs d'outre-tombe.

La cathédrale est sous la voûte, mille gargouilles attendent l'homme.

Mais il ne sait être qu'aux lieux où est le souffle, où est le feu, où est le roc, où n'est la mer que dans le cœur, en son inspir, en son expir. La pierre est sise, les hommes assis, seul le désert et son grain pur qu'aime le vent, comme une peau.

 


Sel

 

Ivresse de l'espace où plus rien ne demeure que le cristal parfait, qui dissout ce qui n'est, laisse et scelle la vie.

Montagnes blanches de sel. Sommets devant lesquels le sœur ne se contient, comme au terme de tout.

Le trop humain ne peut que tomber sans un cri; C'est l’œil ébloui là qui fait taire le vain.

C'est comme une autre terre, renée à sa vraie vie, comme aimée de l'espace, comme un astre … son aube où en sa fin sans nuit.

Dans le grain hiéroglyphes d'absence et de silence. La trace reste là comme un geste absolu, non désir et oubli.        

 

 

Méditerrannée avant la chute

 

Milieu du XIXème siècle. Avant la révolution industrielle. Paysage immobile depuis l’éternité, attendant l’heure où l’homme viendra y construire dans le bruit et la fureur ses tumeurs de béton et de fer. Qui a vu Palavas aujourd’hui ou Viareggio et voit « Le bord de la mer à Palavas » de Courbet, et « Marine à Viareggio » de Signorini a une chance de comprendre ce qu’est la vie et ce qu’est la folie.

 

 

 

El Ralam wa ‘l kalam

 

Plage de  Camargue, comme au début du monde. Il y a des coquillages qui gardent la mémoire, par leurs cercles centrifuges, des vagues qui les portèrent au rivage, de la source et des ondes. Ou bien est-ce le souvenir de ce bel avenir qui rappellera les mers, les fleuves et les sources vers le sein primordial comme toutes les couleurs vers le noir de la pupille. Il y a trois plumes blanches à quelques pas de l’eau qui est si claire et douce que les frissons de surface de reflètent au fond en dessinant des huit ou les ondulations de quelque chevelure de l’autre côté de la mer. Et ces trois plumes blanches nous disent : « Vois : cette mer est transparente, mais si tu prends le large, la transparence est bleu, et plus le large est vaste, plus le bleu est profond. Il a écrit le monde sur le grain clair de la plage, de la page parchemin et par voies infinies. » Au commencement, il y avait cette encre de la mer et cet espace du sable. Tous les livres sont déjà écrits dans les rouleaux des vagues, qui deviennent des langues en touchant au rivage, et y jettent le sel qui est toute saveur, tout savoir. Et ces langues d’eau, d’Oil ou d’Oc, se retirent en réitérant cette supplique, ce mystère, ce supplice : un long glissement doux sur le sable qui ressemble à un appel au silence. Et les rouleaux des vagues se liront dans toutes les histoires que déroule le monde. Entre la mer et la terre, il y l’écume, voie lactée entre les univers, comme un voile posé sur les traits de l’épouse, voile éphémère, le temps d’un rite, théâtral rideau.

 

 

 

Eté

 

L’été est une ébauche d’éternité, le signe de l’Être, par celui du Lion qui occupe l’acmé de la saison. Moment de l’établissement souverain en soi-même, du feu consubstantiel à soi. Que recherchent les foules en crue de l’été, qui se jettent sur les plages et dans les mers ? Le ressouvenir des origines dans ce qui nous soutient depuis toujours, et à notre insu nous insuffle le sens et nous montre la voie vers l’horizon du retour à l’essence intérieure, antérieure.

Allongés sur les plages, face à la mer, sous le soleil et le ciel bleu, l’homme s’abandonne, sans savoir vraiment qu’au-delà du bien-être physique, sa mémoire s’y retrouve en l’absence de trouble. Les grains de sable sont les atomes et les étoiles dont nous venons, qui nous composent.

La mer, c’est l’origine de toute vie sur Terre, et la plus grande partie de ce corps où nous baignons, et nos larmes salées savent témoigner par instants de l’océan intérieur aux rives duquel nous restons. Le soleil, c’est le feu qui brûle en nous, l’énergie sans limite de la fusion dont nous sommes  en quête, Graal pour une future, ultime onction, contre l’extrême onction de la fission nucléaire.

Le ciel, c’est l’espace pur où voyagent les astres et la paix de celui qui réside dans la conscience ouverte, le non désir, l’amour. Le vent, c’est l’Esprit qui parcourt les mondes, invisible, en quête de lui-même.

Si nous cherchons l’amour, l’âme sœur en été, la fusion en l’autre, comme un soleil allant se coucher dans la mer, c’est que nous saisissons l’enjeu de l’univers.

 Et nous sommes ces fleuves de l’été, fleuve Léthé, fleuve d’Eden ou fleuve des Enfers, pour oublier et puis recommencer, damnés, et d’année en année, Sisyphes insatisfaits, Prométhées reniant leur promesse de voler le feu sacré, désespérés, désinspirés de nos vies perdues à les gagner, à la sueur de nos fronts, dans nos hivers frileux, en affront à nous-mêmes.

Nous sommes comme ces âmes des enfers grecs qui devaient boire l’eau du Léthé pour oublier leur séjour souterrain avant de se réincarner. Nous buvons à l’été, assoiffés de bonheur, pour oublier l’année, et puis nous oublions l’été, ses serments d’éternité, dans nos cœurs qui se serrent et le rêve qui s’efface du savoir entrevu.

Saison dorée, solaire, l’été nous ramène à l’âge d’or antique, mais plus encore à l’être qui nous habite, à notre soleil intime.

 


Orange, Théâtre antique

 

Mur de résonance, écran de pierre, voile où se projettent et nous reviennent nos voix, nos vues face au masque des acteurs.

Sans ce mur, nos échos, nos égos se perdraient dans l’espace. Nous en serions libérés, mais l’art cesserait d’exister. Tel est l’amour et le sens de cette Création ainsi que de l’autre, la création artistique : ce qui me fait obstacle me révèle à moi-même, il s’agit de jouer sans s’y prendre le jeu de la matière, de s’en éprendre sans s’y perdre.

 


Bassin Méditerranéen

 

On prononce, on entend les mots, les noms des choses dans le sommeil, sans comprendre qu’ils nous disent tout si nous les écoutons.

Que viennent rechercher les gens du Nord au bassin méditerranéen, au creux des hanches tendres et chaudes de calcaire des rives de « Notre Mer » - Mare Nostrum – comme disaient les Romains ?

Ils viennent se ressouvenir de la détente, de la  primauté de l’être sur l’avoir et surtout le faire, d’un temps où seule l’oisiveté convenait aux sages des cités grecques.

La contemplation, la méfiance face au nég-oce - négation de l’oisiveté – et à l’identification au travail, l’ubris économiques, caractérisent encore le méridional qui fut oriental et grec avant d’être gallo-romain et catholique. Sous le soleil et le ciel bleu, dans la respiration des vagues et les souffle du Mistral, contre la roche et le sable, on sent la Terre vivante, ses rythmes lents et vrais, et on rêve à nouveau, on veut s’y accorder.

 


Mélées

 

Sur l’arc de Triomphe d’Orange, la rencontre des armées ressemble de loin à un coît général. Les pulsions sexuelle et meurtrière ont des gestes assez semblables, des coups d’épées, des corps à corps, des effusions, des cris, des morts petites ou vraies. Peut-être dans les deux cas, les partis en présences recherchent-ils l’anéantissement, le pouvoir ou l’immortalité, le sentiment d’exister par l’autre et sa conquête. La mélée de l’amour physique sème la vie, le combat sème la mort, mais c’est aussi par les guerres que la vie sélectionne les hommes et les donne aux femmes pour être toujours plus forte… Mars et Vénus se suivent comme le repos suit le guerrier.

 


Fin de l’histoire

 

Exploits guerriers, exploits sportifs, exploitation économique, explosion à venir.


 

Astres et vide, déserts et oasis, océans et îles

 

Les physiciens nous disent que la proportion de matière dans le vide cosmique, si tant est que matière et vide aient un sens, est égale à un grain de poussière au centre de Notre-Dame de Paris. Plus la toile et le silence sont grands, plus l’œuvre y apparaît sublime, plus elle y prend sa place et prend sa place en nous.

L’univers amoureux sème des astres et des planètes par les espaces immenses du grand corps étendu ou dansant de la déesse. Il enseigne ainsi à ses peuples sans nombre la beauté du voyage, et celle de la halte, la brûlure de la soif et la douceur de l’eau. Et si tout est dans tout, déjà présent, pressant d’être connu, la distance entre les êtres, entre les mondes, montre pourtant la grande loi de la route, par la grande roue de la loi.

L’âpreté du chemin austère, la luxuriance des corps célestes dit la voie qui alterne la quête et la vision, puis la quête suivante, et puis d’autres visions. Le Créateur, et tous les créateurs au service ici-bas, parlent, chantent, composent, dansent ou peignent par fulgurances entre leurs silences, leurs retraites, leurs ascèses. Et nul ne sait parler s’il n’a pas su se taire, ne sait  être fécond, s’il n’a pas su mourir. Qu’est-ce que la Terre et ses milliards d’hommes, ses myriades de formes, sinon une île dans l’océan cosmique ? Quand l’esprit donne la vie, c’est une cascade folle qui demande des années-lumière  de vide pour être comprise, comme ces maîtres zen qui donnent à leurs disciples un koan de quelques mots, et puis des nuits de veille pour aller jusqu’à lui, s’en laisser éblouir, éclairer, et ne pas l’oublier. Qui veut aimer l’amante devra aimer l’attente.

 

 

 

L’Océan Graal

 

Qui sait si le Graal aborda aux rivages de la Camargue il y a deux millénaires ? Qui sait s’il était la coupe que portait Joseph d’Arymathie, qui avait recueilli le sang du Christ sur la Croix, ou celle que Jésus tendit à ses disciples lors de la Dernière Cène, de l’avant-dernier acte.  Ses disciples. On oublie ce mot : on pense : apôtres, saints, missionnaires, titres souvent pleins de bruit et de fureur, d’histoire. Mais le sens du mot disciple est : « celui qui apprend », et Rabbouni, Rabbi, nt : « mon maître », « maître » . Apprendre auprès du maître, voilà quelle était la vie des disciples du Christ, et elle rejoint en cela celle d’autres maîtres antiques, d’autres cieux.

Ou bien qui sait si le Graal était le ventre même de Marie-Madeleine, porteuse de la semence du Christ, comme Isis de celle d’Osiris, mort et ressuscité.

Est-ce un hasard si la barque sans voile ni rame, dit la légende, partit d’Egypte  ou de Terre Sainte et arriva à Oppidum Ra, la « Place forte de Ra », ancien nom des Saintes Marie de la Mer ?

Il y a ce que les hommes nous disent depuis leur crainte, ou leur désir, que tout soit découvert, selon les croyances auxquelles ils appartiennent, eux qui croient que ce sont leurs croyances qui leur appartiennent. Des hommes de tous les continents, toutes les religions, fascinés par cette coupe, le Graal, par cet homme, le Christ, par cet espoir : qu’un homme qui avait incarné Dieu ait pu faire l’amour avec une femme et lui laisser sa descendance avant son sacrifice. Et que ce trésor là, dans le coffret précieux de la chair d’une courtisane rédemptée, ait traversé les eaux, que le sang du sauveur soit sauvé par celle qui l’avait connu, aimé, pleuré, et qu’il puisse poursuivre, secret, caché, sa route vers un règne futur, qui le révèlera, en nous révélant tous. Cette histoire n’est autre que celle d’Osiris, et d’Isis, et d’Horus-Ra, fils qui vengera son père, engendré par Isis, la mère reine et vierge, après le démembrement d’Osiris par son frère maléfique Seth, dans le delta du Nil. Voilà ce que disent les hommes.

Ici, en Camargue, si on écoute les éléments, voilà ce qu’on entend : le vent, d’abord, souffle cette question : « who ? », qui ? si tu prêtes attention à sa voix dans ton oreille : qui suis-je, moi ? Qui est-il, lui ? En Arabe, « houa », désigne le masculin, et « Allahou », Celui qui est, l’Esprit, le souffle.

La mer dit « Ha « ; « ha », en Arabe, c’est « elle ». Et ainsi, l’esprit de Dieu, le vent, plane-t-il au dessus des eaux-mères. Et en se retirant, la mer ajoute cela : « chchchch… » : silence. Ainsi, le vent demande « who » : qui ? répond : « hou » : lui, et la mer ajoute : « ha » : elle et silence. Et peut-être « Aicha » : la femme.

Un oiseau blanc, immaculé, est passé tout à l’heure, criant « kri, kri », ailes en crois, dans le ciel. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Et que voit-on quand on ouvre les yeux sur cette mer par laquelle arriva le Saint-Graal?

On voit dans son écume la semence qui touche à la terre, dans les vagues l’amour incessant que le large fait au rivage, comme le souffle au corps pour le garder vivant.

On voit un cœur qui bat, source et origine de toute vie, dont tout ce qui est, sortit. Sur notre peau on voit, après l’onction première du bain, le sel qui donne saveur à tout et auquel Jésus compara ses disciples : « Vous êtes le sel de la Terre », en leur disant de ne pas perdre cette saveur eux-mêmes. Et comme elle prend sa saveur après l’onction, la peau prend aussi sa couleur sous le soleil, comme un fruit qui murit se charge de douceur et perd ainsi son amertume.

Ici, les quatre éléments sont purs et à l’état originel: le soleil, la mer, le vent, le sable. Le cinquième, c’est l’homme, la conscience, l’esprit qui baigne tout. Quand on médite, quand la conscience connaît son propre espace, ce n’est plus l’homme qui est une anecdote dans l’histoire de la création, c’est l’histoire et la création qui semblent être une anecdote dans l’espace éternel de la conscience humaine.

Le Christ dans la mandorle du tympan de l’église Saint Trophime d’Arles est la porte de la Camargue, son énigme et sa révélation : on y voit le Christ entre les quatre évangélistes ailés. Il nous dit : je suis dans la mandorle, aussi, regarde avec tes yeux, fixe le noir de la pupille, porte de la lumière, et regardes-y ton reflet, et regarde à l’intérieur de toi, car on peut briser le symbole, faire taire le témoin, mais on ne peut atteindre ce qu’ils montrent au-delà. Car l’œil est la lampe de l’âme.  Il nous dit :  Je suis dans le tympan, aussi, écoute les choses à l’intérieur des choses, car « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».

Comme la prunelle au centre de l’iris, je suis au centre des éléments. Je les sers et ils sont mes serviteurs, et je les aime comme ils m’aiment aussi. Aussi, aime-les comme je les ai aimés. Et s’ils portent des ailes, c’est parce que lorsque tu es, comme moi, au cœur d’eux, cinquième élément par la contemplation, tu connais que la terre n’est pas seulement la terre, que l’eau n’est pas seulement eau… : les éléments se révèlent tels qu’ils sont : ondes en voyage, en orbite autour de tes croyances, attendant ta voyance pour reprendre leur vol avec le tien.

Et si le Graal est l’objet de la quête, et l’aimant des sages alchimistes, le vase qui contient la vie éternelle, c’est ainsi que m’apparaît cette mer devant moi : le « Gradal », origine du mot Graal, était une sorte de chaudron, un plat, et la mer n’est-elle pas cela : immense coupe, terme du pèlerinage de tous les fleuves, toutes les eaux ?

Le Graal fut porté par le large et déposé avec la semence constellé de nébuleuses de l’écume aux rivages de la Camargue, avec une femme qui aimait faire l’amour, un homme qui connaissait les plantes, une servante noire, une maîtresse de maison inquiète, une mère encore…

Aujourd’hui, plus que jamais, le monde appartient eux hommes, et ces hommes détruisent la création que les femmes mettent eu monde, ces éléments qui entourent le Christ.

« Est-ce cela que vous voulez détruire ? », voilà le cri qui jaillit de mon cœur devant la beauté sans limite de cette plage. Il y a l’écume d’ivoire à la blancheur merveilleuse, les oiseaux, le sable doux en ondes calmes, le vent qui caresse tout, le soleil qui veille et réchauffe. Et il y a ces hommes qui ne s’arrêteront pas avant d’avoir détruit, vendu ou exploité chaque parcelle de cette Terre Sacrée, ces hommes qui disent que Dieu est avec eux, parce que les Eglises le sont, ou ne sont pas contre eux.


 

Lakhashvamedh ghat

 

La Camargue est le lieu du sacrifice des milliers de chevaux : ceux des vagues qui viennent se jeter à nos rivages oublieux sans relâche pour raviver le goût de l’Amour, du Beau et de la Liberté. Et puis ceux du Delta.

 

Flamenco, Saintes-Marie

 

Le Père en ouvrant la main droite fit partir de ses cinq doigts les cinq éléments. Et de la main gauche les cinq membres de l’homme : tête, bras, jambes, étoiles sur la terre, faites à son image. Et il lui dit : « Tu feras de cette poignée de sable, la Création, un hymne, tu lui feras dire tout l’univers,

Flamenco : un peuple qui ne se protège pas, qui ne s’attache pas, depuis des siècles, et est le messager du vent, du doute, du goût du désespoir et de son dépassement. Comme la flamme qui ne doit pas s’éteindre. 

Et à chaque camp qu’on laisse, un chant naît sans l’espace, mélange de larmes et d’horizon.

Rosace du cœur, corazon. Depuis des milliers d’ans, l’amour part du centre de notre être par des mots qui ne sont jamais les mêmes. Quand l’émotion est trop forte, les mots sont laissés derrière soi, et le chant de l’homme rejoint la monocordie apparente qui relie, profonde et très haut, le vent, les éléments qui glissent et n’articulent plus ce que l’on doit chercher en écoutant profondément les moindres inflexions, comme on trouve des prises dans la paroi.

Le Levant est leur ancêtre, le soleil est l’œil de leur aïeul, à l’Orient, leur évitant les Lorelei cendrées et le vent est leur père, ce sont eux qui soutiennent leur route.

 


Amplitudes

 

Homme océan, chacune de tes pensées, chacune de tes paroles, chacun de tes actes est une vague depuis le grand large inconnu de leur unique origine qui vient lécher, mordre ou aimer les rivages du monde. Et comme une voix à laquelle on ne laisse pas la bride sur le cou, nos rêves ne font qu’émettre les babillements des eaux dans les digues trop étroites, loin des questions profondes et graves des grèves sans entraves, qui nous ouvrent les voies vers le son qui est si vaste, que le songe prolonge. On dit « la mer », « la plage », mais c’est le peuple des eaux, pèlerinage incertain de chaque gemme et sel qui vient baiser celui du sable en chaque grain.

Et cette caravane qu’est chaque onde quand elle touche au désert de la rive, dit « Ha » : « elle », dans la langue des fidèles outre-mer. Première délivrance, chez elle qui délivre ce son car toucher au désert est signe de sa mort, et n’est pas le mirage du vert fertile promis de la terre au-delà, des dunes et de l’eau douce.

Mesures-tu un instant, mesures-tu ce monde qui t’entoure, que tu enterres au linceul aux paupières tombales de tes yeux toujours humides pour l’hymen de la lumière, comme la Vierge sage garde allumée sa lampe, pour ne plus l’être quand l’esprit soufflera sa flamme déclarée, la sienne.

Mendiant gisant par terre, dans la nuit, déchire le voile de ta misère, mesure d’un seul regard de ta vue circoncise tout le ciel constellé, le grain de chaque pierre, le flot calme des fibres du bois aux berges des sèves, la parabole des vols dans l’espace et la danse de l’eau pour plaire au feu et celle que le feu en hommage lui rend et comment, s’il s’éteint, si elle s’assèche, l’homme est leur orphelin.

Mesure la démesure souriante de ce rêve qu’est la Terre dans l’ombre de la nuit des astres, éclairée comme une scène où tous viennent jouer, de la fleur aux dieux, sous les yeux des étoiles. Mesure que le mètre est partout, et pourtant, que la règle qui régit chaque atome ou montagne est aussi adoucie aussitôt par la liberté écrite à l’intime des choses, par l’abandon amoureux des Créateurs véritables, dont la Nature est toujours la maîtresse, par le fou jaillissement , l’infinité des vies, leur changement incessant inépuisable, malgré les ères que dure une pierre pour nous, qui font des mesures de fer pour tout ce qui veut vivre, chanter, danser, penser, en accord avec ce mystère doit suivre, un battement d’aile, un souffle, une caresse, une calligraphie dans l’air à peine, une arabesque, lorsque tout cela ébauche son premier pas de danse, sa première vocalise, que seul sent qui y consent.

 

 

Silences

 

Pourquoi deux lèvres douces bordent-elles les terres des tribus qui s’arrêtent, et paraissent ponctuer, avant les mers, leur quête ? C’est comme si tout : natuee, home, art, amour, existence, avait les mêmes lois, respirait du même souffle, portait en soi la même architecture, comme une évidente chorégraphie, que l’amnésie de nos pas, notre inquiétude nous voilent. Et pourtant, c’est la seul vérité, que tout résonne et palpite ensemble : qui sommes-nous, sinon le vase pétri, enfant porté, formé par la terre sur son tour, abreuvé par les fleuves, les ruisseaux ou la pluie, nourri pas les arbres, les herbes ou les bêtes ? Un seul de nos atomes n’est-il pas emprunté à cette planète mère, ou au père ciel dont le souffle nous tient debout par un seul fil ?

Si ma pensée doute, aime, s’émeut, n’est-ce pas parce que tout est ainsi, tout ne peut qu’être conscient et être un même peuple ?

Les plages de silence sont pour l’écho du souffle de la mer car il faut que son rythme même de cœur qui bat pour nous, duel, dans l’écume et le sel, et corps incessamment aimant le désert de l’offerte épouse, aux dunes espérées, désire, outre le temps du mythe - c’est celui qui respire – l’atemporelle union : celle qui rappelle, nuit cosmique dans le voyage des solistes indiens, la tampura, source des sons, voile frémissant dont les cordes ne sont que les colonnes annonçant le temple invisible de l’indivisible union de l’instant et de l’éternité, de ceux qui se sont connus. Et continuent de s’aimer et sèment, résidents de leur seul et sidéral désir, la lumière.

« Apana », la suspension du souffle, en sanskrit, l’apnée grecque : nos vents tournant, roses inquiètes aux pétales tendres, se posent, l’Esprit ouvre un œil, soleil levant, rouge dans l’aube de tous les possibles.

 

 

 

Ce que l’écume est à l’océan


Ce que l’écume est à l’océan… Ce que le bruit de la dernière vaque est au silence du grand large… Tels sont les songes des galaxies, yeux ouverts au profond de la conscience plongée et puis Pangée, tel est le rêve de nos chairs, et la chair de nos rêves, telle est la part de la matière au regard de l’esprit – l’univers qui se pense et s’épanche et se penche parfois sur nous – telle est la part de l’œuvre au regard de l’artiste, celle de la parole au regard doux du sage.

Car il y a tant de beauté dans une seule goutte de rosée, une pierre, un arbre ou deux notes, tant de beauté, autant, dans l’espace et le silence, que seul l’amour du geste vrai et beau, le respect de l’écho, peuvent t’offrir en hommage à ta quête les premiers éclats, éclaboussures du secret de l’hymen immanent.

 

Provence, Glanum, Cessation des souffles.

 

Les pierres et la poussière crayeuses du sol de calcaire au blanc hallucinant, éblouissant mettent du baume à l’âme, une espérance antique… Les Antiques, tel est le nom de cet arc de Triomphe et du monument à côté. L’Antiquité solaire, éternelle entre deux barbaries : la Préhistoire l’Aprés-Histoire, puisque nous aimons nous baptiser nous-mêmes Post-Modernes. Nos anciennes, caverneuses origines voilées, et le dévoilement, Apocalypse, que tous redoutent et espèrent. is

 

Tout parle ici de Ciel Nouveau et de Nouvelle Terre, d’Espérance et de Résurrection. La pierre éblouissante, le vent, l’air par lui poli, le  ciel bleu qui ouvre tout l’espace de l’Univers infini derrière en le voilant encore  et la mer de la même couleurs offrant le viatique des sables des Terres Promises au-delà comme le ciel ceux des étoiles, de leurs royaumes et de leurs oasis qui ne peuvent ne pas être. Au Nord, le monde qui produit, couvert, gris, humide, inquiet, industrieux. Quand ses peuples descendent et sentent le Mistral les pousser dans le dos et la mer les tirer vers l’avant, ils peuvent se souvenir de la promesse faite outre-mer il y a deux millénaires.

Tout ici semble à nouveau possible dans la clémence sèche, parfumée de cette terre qui ne garde de l’eau que dans ses plantes amoureuses, comme un libéré qui vide ses poumons  et brûle son passé.

Possible parce que c’est là qu’arrivèrent les femmes à l’âme pure qui avaient vu le Christ. Terre Promise.

Terre de feu, des sépulcres vides, blanchis devenus temples par l’enseignement suivi enfin du Maître. Le Mistral montre ici ce qu’il en est des lieux où on a laissé le souffle et les vents aller jusqu’à leur terme puis écouté le silence, parcouru le désert depuis la mer touchée. A-pana : absence de souffle. Nirvana : cessation du souffle. Mais ce n’est pas la fin, c’est le début. Le calcaire en témoigne avec les chevaux, blancs. Avec le vent et ses parfums, avec les aromates depuis la Rome antique sapée par le retrait du monde et son offrande à lui d’un Amour nouveau, depuis l’Arymathique Joseph. L’eau est rare, hors le Rhône, comme les regards, et la parole, d’or, du maître véritable, qui féconde et inonde pourtant, car elle demeure partout. Hormis ses crues, sacrées, le fleuve ne quitte pas son lit, lion ou roi fainéant qui ne refuse personne venant puiser à lui. Le fleuve du temps qui meut renaît dans la mer de l’éternité. Le vent qui s’épuise se voit offrir le souffle des dieux  dans la Méditerranée.

Au pied de cette montagne coule une source. Trois pins serpents s’élèvent chauds et secs, bienfaisants avec leur ombre. Plus loi, trois sommets veillent doucement sur l’Oppidum gréco-celte. Ici était vénérée cette source par les Salyens qui parlaient du dieu Glan arrivé avec les mères guérisseuses, qui évoquent la barque des Trois Maries aux Saintes, en Camargue un peu plus loin, un peu plus tard en suivant le delta. Salyens : Salut, Salins, Sauveur. Le Mythe ne se répète que parce que nous oublions sa voix qui ne s’arrête jamais, ce soleil sans sommeil entre nos nuits entre nos nues.

L’ardeur de cette terre de Provence, son vent, son soleil et sa mer allument un feu, une confiance, celle de parents qui ont aimé cet être   qui quittera tout cela pour en parler au monde après l’avoir connu, en quête d’autres éthers et traces d’éternités, sous d’autres soleils. Saint6Rémy serait passé ici. Il baptisa Clovis, le Mérovingien. Les histoires actuelles sur la lignée du Christ à travers la Provence et le Graal parti vers l’Angleterre avec Joseph d’Arimathie renouvellent le regard porté vers cette terre célébrée, visitée par les « dieux »  et Césars de notre époque depuis un demi-siècle. Seul l’avenir dira si c’était prémonition ou mirage d’un âge d’or tant attendu.

 

 

 

Camargue

 

Nous sommes là pour apprendre et nous éprendre et nous apprendre ainsi. Ceux qui sont revenus des frontières de la mort nous disent que nous serons jugés – par nous-mêmes – de ce que nous avons su connaître et aimer. Mots, verbes qui incarnent dans la Bible un même acte : l’union charnelle des époux.

Unus mundus… Dés qu’il y eut deux, après les grandes découvertes qui découvrirent aussi l’homme à lui-même – l’un soumit l’autre.

La plage nous dit tout : comment l’atome naît de l’océan du souffle qui respire en lui-même, d’abord l’écume, puis le grain. Un peu plus loin, le sable est pris dans la densité du roc et prend la forme des statues de Saint-Trophime, sans quoi l’esprit ne saurait se donner ni à voir, ni à aimer, ni à connaître. Mais c’est toujours le même esprit. Pourtant, il doit se perdre s’il veut – et celle qui l’attend avec lui – que l’art et tout le reste soient.

Pourtant, l’Eveil – mot qui, si on l’écoute, nie et unit le sommeil et la veille – donne d’abord la mort à ce que nous savons et aimons davantage.

La plage en filigrane dans le pèlerinage, la mémoire des fleuves, la vocation des rivières, malgré le Léthé outre tombe, témoignent du sens et du sang de nos veines.


 

Karunakshi, yeux de compassion

 

Le soleil levant et le soleil couchant sont les deux yeux rouges de compassion du grand boddhisattva. Entre eux est comprise la Terre et toute la Création. Entends qu’ils les comprennent.


 

Cloître, Saint-Trophime

 

Pierres taillées. Combien de millions ou de milliards de coups de ciseaux, pour combien de respiration ? combien d’heures de regards ? L’amour est dans chaque pierre, cette recherche de la perfection pour que chacune puisse épouser l’autre et bâtir ensemble. Telle est l’essence de l’œuvre : ne cherche qu’à te polir dans la justesse, la patience et l’amour, après t’être isolé pour te relier ensuite.

 


Aditya

 

  Premier soleil, aube d’un été encore enfant. Ce qui fait la beauté de cette heure, c’est le monde encore un, comme la mer après la grande vague qui a emporté toutes les autres, et avant que le miroir ne se brise à nouveau, que l’âme ne s’inquiète et s’oublie.                                                                                 

  Cette vague, c’est la nuit qui affranchit chaque grain du mandala de sable du jour dont le soleil est centre et laisse reposer cet autre : l’œil, comme un gardien met le rideau sur la statue du dieu.  

  Les ombres sont si longues qu’elles ne semblent pas nôtres. La lumière est un or qui viendrait de tout être, toute chose. L’air attend son souffle en lui-même posé.                    

   L’œil du Créateur salue la Création et elle le regarde monter. La nuit les séparait et pourtant les unissait dans le même sommeil, le même enseignement des anciens, des ancêtres, des mères : les étoiles. Ils vont se séparer, prendre sans la choisir la voie et la loi de la roue. Il va monter jusqu’au zénith fatal, se reconnaître mortel… Ils vont goûter au labyrinthe, à la sueur. Depuis ce rayon, ce fil où toute créature peut de souvenir perle au cou de la déesse, sourire et rendre grâce pour grâce et regarder le monde libre, respecter, réfléchir en tout être un astre, il va falloir apprendre, plonger, se fondre sans se perdre dans cette forge où le feu du démiurge fait de chaque grain  un verre transparent en soufflant sur la masse amalgamée, brûlante, sur le magma de nos libertés perdues.

  Œuvre mondaine : le verre, c’est la civilisation, fragile, condamnée à se briser en coupant qui l’a saisie, en laissant amputé sur le champ de sa chute les éclats de ceux qui avaient fusionné à son corps incandescent, indécent, condescendant à nos consciences éblouies, oublieuses. Ce que le monde te prête, il te le reprendra, te laissant aussi vain que quand tu es entré. S’il te donne quelque chose, c’est qu’il t’a pris ton âme.                                                    Mais il y a un autre art, il y a une autre œuvre, plus grand, une roue plus intime, elle lie tous les mondes. Ils s’ébranlent avec les fondations de ton être quand tu sais que tu rêves et te demandes que faire de la matière du rêve.                                         

 Tu as le choix ici : être artiste ou artisan : servir la création ou entrouvrir les cieux, faire trembler le voile. L’un et l’autre sont beaux qui ont un regard doux sur notre poignée de sable, de poussière et disent quand elle est boue. Ou bien rejoindre le cœur toi-même, habiter,  aimer, nager peut-être dans l’espace clair de toute matière, onde, dont le sang écarlate du muscle qui bat pour nous est l’écume au rivage de ce corps, offerte aux hommes.

 


Le manque et le don


L’art naît de la distance de l’objet désiré, nostalgie, ou du don de celui qui a atteint le but. Nous sommes pèlerins des soleils ou nous-mêmes soleils. Morceaux de chairs brûlants, rayons émanant de ces corps qui se connaissent eux-mêmes – car c’est la voie du feu – et veulent les effondrements fondateurs des citadelles d’alluvions, d’illusions, des rivières et fleuves de nos ténèbres. Nos deltas ne sont plus les noces transparentes de nos vies et de la Vie.                                

 Les bastions écroulé de nos fois s’abandonnent à la terre, cet autre océan patient, ils trouvent peu à peu une nouvelle lumière, verront un Ciel nouveau par cette Terre nouvelle. Plus tu permettras au gouffre d’être profond, au séjour d’être long, à l’âme d’être calme, plus le feu sera beau, noble, proche du diamant.

 


Plage

 

Il y a les mondes ouverts, ceux qui se remercient, se mirent, se remémorent, se permettent d’aimer. Et les mondes enfermés dont la misère tend pourtant toujours les bras, quels que soient les mots ou les silences de son peuple.              Seuls s’élisent, vivants en leurs Champs Elysées même, ceux qui rendent grâce depuis leur création jusqu’à leur crémation, de l’écume à l’étoile, et hommage à leurs rythmes, aux âges qui enseignent, sages aux corps de poussières astrales, hiérophantes enfantant, éternel, l’avenir depuis leurs présents incommensurables. Il y a un temps pour tout, mais seuls l’amour et la connaissance les parcourent en leur donnant leur sens.                                         

  L’enseignement de la Terre t’est donné par les cycles du temps et les géométries partout présentes, si ton œil et ton esprit savent se pencher ou s’éloigner au dessus des choses. Ces lois sont aussi celles de l’âme et des astres. Mais l’invisible ne se révèle qu’à ceux qui en vivent la quête, voie du Ciel. Les deux coupes te sont offertes : océans, terres, espaces ou feux, tu découvriras qu’elles sont rêves, comme tout ce qui est, et vraies sont leurs promesses.

 


Beautés


Le jour parfois ressemble aux cosmétiques dont se pare la femme avec excès. La nuit cosmique ne lui laisse que ses inouïs joyaux. L’aube offre sa peau claire et pure ou encore son âme embrumée par un sommeil chargé.

 

 


Sel et lumière

 


« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. » Qui veut comprendre ce que sont le sel et la lumière peut venir les goûter en Camargue, et savoir – avec saveur – qu’ils brûlent les yeux, la peau, réaniment et donnent la mort avec la vie. Donner à respirer les sels… pour rendre l’esprit à celui qui risque de rendre l’âme. Tel est le sens du mot « réanimer ».

« Le vent souffle où veut »…… » Naître d’eau et d’esprit »

 Spiritus, c'est-à-dire de souffle…Les Évangiles disent souvent que c’était pour le Christ qu’avaient été écrites telles et telles paroles des psaumes ou d’Esaïe…

Il semble parfois que les paraboles du Christ aient été écrites pour la Camargue. Et tous cas, elles lui conviennent étonnamment comme peut s’autres lieux, et les légendes religieuses, et l’histoire permettent de se poser la question de savoir si une partie de l’avenir des apôtres n’y était pas volé et dévoilé, car « C’est pour qu’il entendent, et qu’ils ne comprennent pas », que, Jésus parlait ainsi : certains devaient comprendre, d’autres pas. Etrange pour quelqu’un qui disait qu’on n’allume pas une lampe pour la metgtre sous un boisseau.

 

 

Oublieux


Nous,

Hommes,

sommes

oublieux des étoiles,

car éblouis par nos luminaires,

Soleil, le jour,

Lune, la nuit : ce sont

notre raison, nos « Lumières » à l’Occident

notre soumission, notre foi à l’Orient.

Et nous les adorons

parce qu’ils sont proches et nous rassurent

parce qu’ils comptent nos jours, nos années…

Mais les âges d’or qui furent et à venir brillent dans quelques mémoires et dans les astres

qui parlent,

qui soufflent,

nos rôles

et nos paroles

depuis des millénaires.

Ils sont ces grands autres

au-delà des yeux d’or et d’argent aimants

Aimantant et mettant entre parenthèses

l’Univers offert à nos yeux

Et nous croyons que l’amour de Dieu

demande

la mort des dieux.

Et nous pensons que

la nuque raide est  celle qui ne  baisse pas la tête

mais elle est encore davantage celle

qui ne la renverse pas en arrière vers le ciel étoilé. 

Et si les voûtes des monastères

élèvent l’âme,

celles des nuits constellées d’astres et de mystères

l’enseignent.

Elles ont en commun

le baume de l’ombre, et la beauté du nombre,

la joie des profondeurs et de l’immense, l’intime et l’infini.

 


Première foi


Mon corps hésitant coule dans les derniers instants, les derniers doigts du Rhône, c’est le Delta, le mélange des eaux. Celle du fleuve est douce comme du marbre poli, m’évoque, comme je vogue, méfiant, dans son courant, quelque palais latin. Dessous, le son du sable qui susurre, le même peut-être que celui de la Betwa à Orcha, il y a quelques années.  Dessus, un soleil antique. Eau plus chaude aussi, comme le froid de la mer, encore à peine salée, me saisit, comme ses vagues me soulèvent. J’ai longtemps cru que les fleuves étaient l’homme inquiet, en quête de la femme enfin, et première, et dernière, ultime, intime, maîtresse et apaisée comme la mer dans son espace et son égalité dans le souffle même de ses marées. Mais comme l’eau du fleuve glissait dans celle de la mer, j’ai cru voir les bras longs, doux d’une femme se jeter dans ceux, forts, dans la poitrine large, le cœur profond de l’homme qui bat avec les vagues, au centre de tous les flux et cycles de son corps. Voilà pourquoi, peut-être, la mer fait l’amour au rivage. Les fleuves en crue fécondent les berges qui nourrissent les hommes. Ils les abreuvent aussi, les lavent. Certains les disent dieux, d’autres déesses.  

  On dit, il faut retourner à la source, de l’enfance, de l’amour, de l’art, de Dieu… Mais la source des sources, n’est pas les mers et l’océan ? Le soleil les aime, jour après jour les eaux montent et retombent pour rejoindre le trésor des rivières souterraines.                                                                                        

  Nous sommes, hommes, dans le duel du monde manifesté. Mais en effleurant les éléments, leur puissance immense, leur douceur indicible, nous touchons au non-duel. Entends par là la fin de tes luttes et tes doutes et l’espoir de la paix amoureuse. Mais le non-duel n’est pas le seul règne de l’Unique qui serait infécond, ou qui aurait un second.    Le non-duel, c’est l’amour et la danse, qui alternant poses et pauses, comme le vent veut l’erre du navire. Shiva, jamais, ne cesse d’enlacer Parvati, et jamais elle ne se lasse d’aimer Shiva. Ils aiment aussi à se défier en une même danse. Au cœur de tous les mondes, et tous les mandalas, et de les yeux en amandes, il y a la sagesse et l’amour en une même sphère, celle que l’homme espère. « Androgyne », dit celui dont l’œil échoue à voir plus loin. « Hermaphrodite » dit celui qui bascule dans la crainte du monstre. La merveille est qu’au cœur de tout ce qui nous fit nous fait jour après jour, et du Soleil,          c’est la fusion des deux qui s’unissent toujours, mais sans jamais se perdre.             Le courant clair du fleuve, cette eau douce, fragile, audacieuse, c’est l’adolescente vie brisant les berges parentales pour les nouveaux rivages que l’océan lui permet, lui promet dans ses vagues et son souffle.                                      Première fois, première foi, celle qui conn

aît la route et l’horizon, humble, grande, fraîche, rieuse et mystique, profonde, qui aime les étoiles et la pluie, la rosée et les fleurs, et les voyages. Elle est là, à portée de ta main.                    Dans ce monde, arbre immense, tous s’enseignent et s’apprennent, et dés que tu dépasses une halte, un refuge, un caravansérail, où tu étais le maître, tu deviens  l’élève d’un autre monde. Et il semble à celui du dehors que tu changes aussi, devenant tantôt homme, ou femme, face à ce que tu rencontres.                   

Fractales sont l’espace et le temps et leurs phases et leurs phrases nous disent simplement comment leurs éléments et leurs moments se mêlent en s’aimant, intensément et calmement, si lentement parfois et si incessamment que nous ne savons pas où il et où elle est.             Hermaphrodite mer de mercure à l’écume écrite, hermétiquement certes à qui n’a pas le temps de se souvenir qu’Aphrodite en naquit par la semence du Ciel, Ouranos, que Chronos émascula  pour libérer Gaia, la Terre, de ce dieu infidèle à lui-même, à lumière.         Pourquoi le Temps, Chronos, libère-t-il Aphrodite, elle la beauté, l’amour et les plaisirs en castrant le Ciel qui refusait de quitter l’union avec la Terre et étouffait leurs enfants ? C’est l’autre dualité, celle du manifestée, la belle distance, l’amour de loin qui permet à la vie de se déployer, aux plaisirs et à la beauté d’émerger. Mais le Temps, artisan de l’espace libéré entre le Ciel et la Terre, page, scène, à remplir,  demandera sa paye par la vieillesse et la mort, car Saturne dévora ses enfants. Puis viendra Jupiter qui avec l’aide de Rhéa, sa mère, trompera son père en le nourrissant d’une pierre et libérera ses frères et sœurs olympiens. Mais Jupiter le tonnant, l’infidèle devra lui-même être détrôné par son fils Apollon, le Solaire, l’Artiste, le Véritable, le Guérisseur, le Vainqueur du Serpent, le Civilisateur, pourtant frappé lui-même parfois, par son point faible, l’amour, peut-être pour souligner l’Humanité qu’il incarne, lui que l’Humanité. doit encore incarner.                     Comme les apsaras de l’Inde, les « nées des eaux », Aphrodite est sortie de Poséidon. Dédiée aux plaisirs, l’écume annonce à l’homme, aux dieux, l’issue d leurs amours : la semence, le recommencement. Nymphes aspirantes comme le ressac et qui rejettent ensuite, comme après la tempête, plus qu’inspirantes, comme les aériennes et lumineuses muses d’Apollon. Les nymphes te donnent, comme Calypso à Ulysse, les îles et le sable, stérile, à méditer.                                                                                                            

   Mais l’écume qui revient à la mer laisse aussi le pelage des vaches, leurs tâches, sur l’ardoise humide de la rive, te rappelant que c’est l’océan de lait que tu vois devant toi baratté. Comme Shiva alors, goûte, non duel, le poison que les dévas et les asuras, les dieux et les démons, firent émerger des eaux premières en tirant sur le serpent Vasuki. Pas de manifestation, de plaisir, d’Apsara ni de vache qui exauce tous les souhaits sans poison en même temps, dit le mythe, et seul qui est dans la non-dualité peut gouter à ces plaisirs sans s’y emprisonner, sans s’y empoisonner. Le poison que but Shiva était bleu comme la mer, le ciel et les yeux de celles qui sont à l’ouest ou à l’est de cette terre, et où l’on cherche, en plongeant, à retrouver l’âge d’or dont témoignent le soleil, le sable et les cheveux, l’appel des chevaux blancs.     

   Camargue, Delta, mélange des eaux. Apprends ici que tout est onde, par le sable en milliers, en millions de lignes éphémères, rides du vent chaud sur sa peau intemporelle, lui qui compte pour nous le temps, le temps ne compte pas pour lui qui est sorti du cycle et connaît les dernières dissolutions.  L’été nous révèle tout de ce que les cieux recèlent et offrent en ouvrant ses universelles nuits dans nos fêtes et nos contemplations, puis laisse glisser notre main dans l’automne non sans un serrement de cœur, pour que nous nous souvenions malgré la descente inexorable de l’ombre et trouvions la lumière en nous-mêmes tandis qu’elle décline jusqu’à l’invaincu soleil et son cri de nouveau né solsticial.                                                

   Les coquillages ont laissé leurs ailes ouvertes, par lesquelles en chacun une Aphrodite est née, le fruit de la vie une fois consommé, l’amour connu, et puis après celles de la Terre, les noces du Ciel pour l’âme, l’Urs des vêtus de laine, les Soufis, elle dévêtue de chair. Mélange des os pour les arbres que la sève a quittés et qui viennent ici achever leur voyage et faire réfléchir les hommes, où les algues éclatantes de vert, profond,  pâle ou serein, vivent et respirent, faisant d’eux une œuvre éblouissante.                                                

   Le ciel s’est voilé d’un long vaisseau de nuages blancs, unissant plage, mer et horizon dans un léger gris apaisant comme un éclair prémonitoire de l’automne encore loin et d’autres latitudes où les peuples doivent chercher le soleil en leur cœur et regarder en face l’impermanence, son défi, lorsqu’ici c’est par les rythmes lents et marqués des saisons, l’angoisse de la finitude de la seule promesse d’éternité qu’est l’été.

  Le non abandon au changement nourrit le désespoir et la violence sourde. C’est en vain que vêtu d’une lumière trop étroite le matador met à mort, sans sa métamorphose, l’ombre menaçante du taureau, sous la pluie sèche des applaudissements du public qu’il endort dans le cercle de son rêve. L’arène boit le sang, le sel, mais pas notre âme.

 

Depuis Notre Dame de la Barque


         Depuis ce toit de l’Eglise des Saintes, où marchent des hommes, je regarde la mer. Si elle déroule ses rouleau, c’est qu’elle l’encre, le silence, le souffle, la voix qui a tout inspiré, tout offert pour écrire, chanter, partir, c’est que tout ce qui est s’émut de ses spirales pour nous brisées, pour nous mettre au jour, de ses ondes pour nous rêvées matière, de ses chants, si antiques cantiques de ses champs quantiques pour que nous tracions nos lignes de nos mains et nos  Histoires, linéaires illusions nécessaires. Notre Dame de la Barque en Saintes- Marie de la Mer. Les Saintes sont plurielles comme une seconde Trinité féminine née des eaux, dans ces trois Maries arrivées dans l’ancienne encore romaine Oppidum Ra, qui précéda la Trinité à venir, masculine, des prêtres exclusifs exclusivement mâles. L’Inde associe simultanément dans sa Trimurti  masculine - Brâhma, « le Vaste » Créateur, Vishnou,  « le Fort » Protecteur, Shiva le « Bienveillant » Destructeur -  à chaque Dieu une déesse. L’Occident en ne gardant que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, bien que Marie fut l’épouse de Dieu et  Marie-Madeleine celle du Jésus – il resterait à voir en quoi Shiva serait le Saint-Esprit, à moins que ce ne soit le Christ, car Marie-Madeleine médite sur un crâne, mais le Christ a en lui les trois personnes : Pantocrator, Protecteur du ponde par son sacrifice et juge lors de la fin des temps -  et quelle serait sa parèdre dans les Evangiles et  s’exposait à voir surgir des eaux une autre Trinité, celle des Trois Marie par exemple.                                              

  Rouleaux de la mer vive, vagues et vives mémoires outre mer, outre mort, des Trois-Marie, de tombeaux vides, d’hommes renaissants, de sang royal, d’une coupe sur la route de l’étain, d’une lignée qui ne s’est pas éteinte.

 


Saintes-Maries de la Mer des Trois Royaumes


         Dans l’église des Saintes-Maries de la Mer, on entre par une nef unique, dont les absides sont en réalité la crypte et le toit, pour dire les trois mondes à notre monde à l’étroit. Les murs blancs extérieurs, les parois noires dedans, nous rappellent, nous demandent de n’être pas les sépulcres blanchis. A gauche, à droite du chœur, la croix de la Passion, la photo du Linceul. Le fils s’efface pour laisser la mère, à l’horizon, voile bleu ourlé de blanc, comme la mer d’écume. La Camargue est déjà la Terre Sainte, son delta est le miroir du Nil, Marie-Madeleine y reflète Isis qui reconstitua, ressuscita et rendit fécond le corps démembré d’Osiris. Car nous sommes ici, aux Saintes, sur l’antique Oppidum Ra, comme la dame du Nil, vierge mit au monde Horus.                                             

   La crypte, le lieu « caché » cèle l’autre vierge noire, Sara la Kali, la « noire », servante de Marie-Salomé, Marie-Jacobée, Marie-Madeleine. Elle est voilée, faite de houille noire de Pologne – Silésie – cette vierge qui  brûle sans feu parmi les cierges et les vœux, comme un diamant futur. Voiles clairs et violets sur la statue effleurée des doigts qui transmettent le baiser des lèvres, le souhait du cœur et l’élan de l’en-deçà. Des centaines de chandelles, un air doux et brûlant auquel on s’habitue sans même s’en rendre compte. Sur un foulard retourné qui la couvre figure la marque Koan : cette sainte, ce symbole est bien une énigme, un paradoxe  - semblable aux paroles données – Koan qui signifie en fait « cas public » - par les maîtres Zen « lumière »à leurs disciples -  à comprendre en nous plongeant dedans pour y nager libre dans la non-dualité. Cette crypte, mot qui évoque Egypte, proche de l’humus, nous apprend l’humilité, l’humour des profondeurs face au crane qui sourit de se découvrir immortel. Un puits d’eau douce est au centre de la nef, que dire de plus beau ?  La sortie de la crypte nous laisse en bas de la tour – Migdal – en hébreux, et les myriades de flammes attisent un feu qui nous fait monter à travers elle – athanor – vers la pierre blanche, presque éblouissante, du toit et l’or du Soleil.  Les cloches portent  la forme de croix celtes, disant que la traversée de la mer ne signifie pas la fin, que celle des terres la suivra jusque dans les îles et presqu’îles du Nord : Bretagnes, Irlande.

 

Aigues Mortes


   Cette cité enceinte n’accoucha jamais que des feux éphémères des dernières croisades. Vouée à la guerre pour libérer un tombeau dont le vide fonde la foi de ceux qui s’en furent tuer en son nom.

   Saintes-Maries, tombeau renversé devenu barque pour le message de l’Oint. Seule l’église ici est fortifiée, ouverte sur les trois mondes par sa nef, sa crypte, son toit, aux quatre vents et aux cinq éléments. Que ton cœur soir pur, puissant et non ce qui le protège.

 

Digue à la mer


Vert inouï – les couleurs sont des ondes, ne doute qu’elles touchent aussi tes oreille. Comme les hommes, elles ont leurs sommets, paraboles, entre les pôles horizons,  le pâle de l’aube et le soir l’horizon.                                                    

On dit l’amour n’est que chimie, presque chimère. Mais c’est la chimie qui est la sueur de l’amour, le voile de ce monde, son suaire.                                     

Les flamands sont la clef de sol sur la portée du delta, du large, de l’écume, de la plage, des digues, des marais et du ciel.      Ils disent l’onde et l’harmonie et les tons de leur gamme par leurs plumes est trempée dans les encres de la nuit, de l’aube et du couchant qui s’ébauche sans qu’elles ne retiennent sa nef dans l’étant pur. Si la première page du monde est blanche, c’est qu’elle est le témoin d’un autre âge qui fut car elle est la vierge enceinte de tous les chromes anciens. Non d’un outrage qui fuit tous les crimes, tous les nécromanciens. Chaque ligne que tu traces chaque phrase que tu tisses, ce monde, de délice, de délits, s’il veut, les polarise, les détourne et s’y lit, s’y lie en leurs contraires et s’y contraint. Car tout tourne ici bas. Les flamands qui s’envolent, se posent, supposent nos yeux ouverts sur la croix qu’ils désignent : leur droite silhouette entre deux infinis, l’amande de leur centre, œil, cœur où une touche de rose rappelle la sobre ébriété, compagne, compassion de l’Oint pantocratique, c’est l’O de l’origine – les eaux – qu’imaginent les savants, les mathématiciens qui comptent, ou content et interprètent leurs songes et remontent le fleuve de la pensée ou le suivent jusqu’où la Terre touche le Ciel. Celui qui joue, qui chante, ne danse pas avec les autres, il est au centre ou sur la scène. Plus tard peut-être, autrement, dans la nuit. Bénis tout ce qui touche à ton rivage, sable, en attendant d’être toi-même vague ou océan. Le reflet des oiseaux dans cette langue antique du delta est parcouru des rides – frissons après fission – du vert de jaune mélangé, poussières et mondes en suspens de cet univers qui est la galaxie d’un autre. Tout désire revivre, hors le sable qui ne vit que pour aimer, chevauchant ce désir, seul. Voleur est celui qui n’entre que pour en ressortir plus fier aux yeux profanes déjà fané pourtant, épiphanie d’un soleil déjà à nouveau caché.

   Les têtes et les cous des flamands qui se courbent – autre parabole, obole qui incendie, descendante, nos âmes qui mendient ici en souriant comme des sœurs de Thomas, qui touchent des doigts de leurs cils la Grâce, doutent et croient – et forment la moitié d’un cœur, symbole qu’un autre doit fermer, autre proche à venir.

  L’art baroque est là, derrière, écume depuis le large, ses stucs de poussière pris dans des poses fragiles le disent. Tous les anges y descendent, regards doux et profonds, et les plis des rideaux de marbre des chœurs clairs annoncent, attendent depuis quatre siècles, la levée de notre voile. L’Apocalypse en perspective, dans les ailes des messagers, les spirales, les volutes des formes et  la danse des corps. Depuis que, depuis Giotto, émotion, mouvement, dimension et art se sont aimés, mêlés et ont quitté l’éternité byzantine pour s’offrir à nous, pour un dernier cycle qu’aveugles nous nommâmes le vrai envol de l’homme, comme nous niions l’âme. Or, il n’est rien de vivant qui n’en ait et n’enseigne par ce qui l’enveloppe, même une fois abandonné.                                                       

   Et ces échassiers qui s’envolent par degrés, diagonales, escalier en spirale invitant le voyant comme dans l’étang l’escargot, seul amant de la vase ou des tiges, - à les suivre – semblent suivre eux-mêmes le point noir de leur bec – diamant qui n’oublia son séjour souterrain, d’où émane le long chemin du cou, qui s’évase, ne s’envase, dans le buste et les ailes, triangle manifesté au monde d’un sceau à refermer – j’entends « scelle » dans les ailes – étoile qui étincelle outre mer, Terre Sainte en partage, à tous, non en pâture à quelques uns. Et du centre s’évadent les rayons rose des pattes aux racines palmées, dans la vase, quasi soliflores plongées.                                                                               

  Flamands entre deux mondes, migrateurs, qui affleurent, effleurent nos yeux, frères – nous le sommes tous – des gitans, ils disent tout l’enseignement du deux, jusqu’à leur forme sur l’eau qui est celle de ce nombre, entre ombre et reflet, offre et refus. Migrateurs qui ondulent à l’automne en vagues dans le ciel gris, jaune pâle – ni nomades antiques, ni sédentaires comme nous désormais, des ornières et marais de nos mémoires embourbées.                                      

   Aller, venir entre la terre noire et la blanche, le Méridien et le Septentrion, en suivant la voie des aïeux, des ailleurs. Le bout de leurs ailes noires, c’est la couleur des hommes qui les verront. Leur silhouette en vol, c’est encore un delta.                                                                                                                     

  Lotus saisonniers qui s’unissent ici, dans ce delta féminin, donc ouvrant toutes les portes des vies, des morts. Deux par deux, ils se donnent, se connaissent, donnent au jour l’œuf premier sur la mer originelle, renaissent et reprennent leurs voyages vers d’autres deltas.                                                        

  Le double et le delta. Quand deux delta se croisent, échangent un baiser, s’aiment, c’est pour devenir et montrer l’étoile, le sablier, le losange, ce qui palpite, passe ou change dans l’éternité. Etrange delta grec : la quatrième lettre, qui n’a que trois côtés. Message, peut-être, que l’être premier, la première ligne sont à sous-entendre toujours. Sous entendre nous demande d’entendre dessous, sourdre le son primordial, primordiale leçon que le cri primal récite comme il le peut malgré, à travers, nous dés notre entrée au monde. L’Inde se souvient de cette onde qui la soutient. Avant la source il y a un fleuve venu du ciel qui a traversé le temps, le roc, la Terre, qui vient d’un ancien océan vu par un autre soleil, poussé par d’autres vents. La négation, c’est la plume qui plonge dans l’encre, boit ce qui est pour nous poison. L’abnégation doit suivre, toujours, c’est la fuite, puis le huit de la plume et sa pluie sur nos déserts altérés , sur notre soif d’apprendre, de croire par les signes des scribes, des prophéties ou des anges qui ont touché les cieux côtoyés, l’oie, les cygnes ou les livres cryptés ou en lettres de feu et nous les livrent. Ces livres ouverts sont encore deux ailes que relient quelques fils. Et nous sommes, sommes, atomes ou tomes aussi : dorés à l’or fin, protégés par nos cuirs, scellés, cadenassés parfois, des livres et prisonniers de ne nous êtres ni lus, ni élus.                                               

  Babel en dispersant les hommes a ensemencé le monde d’infinis éclats de Verbe     , de myriades de langues, de flammes d’un feu que le foyer de la Tour retenait prisonnières. Fractales, gemmes, elles renvoient les échos lumineux de l’unité epéronnée. L’italienne appelle les flamands « fenicotteri » et évoque le phénix rougeoyant, renaissant chaque printemps des cendre hivernales du continent noir, dans leur demeure du Sud, long séjour. Et le peuple qui les connaît alors, nul doute qu’il  comprit que le Nord était la mort, miroir, de ces astres en leur ellipse. Aussi la Camargue était-elle pour les Latins qui comme eux connaissaient les deux rives et les déserts, « Oppidum Ra », la place forte du Soleil. Le flamand rose, que tous les peuples viennent comme en pèlerinage, admirer en adorant les éléments, prostrés ou prosternés sur les plages , en contemplant les couchers de soleil, porte dans ses plumes écrit l’enseignement qu’ils cherchent, que quête l’âme, coûte que coûte, par la matière. Rose vers les soleils écarlates, il laisse la touche finale au maître. C’est l’œuvre des anciens alchimistes en cette Provence entre Celtes, Latins, Grecs et Arabes - où se croisèrent toutes les anciennes sapiences – Cabale, astrologie, Graal, poésie, Art royal - et les guerriers nescients jusqu’à la Renaissance. La Provence est la croix et le creuset des mondes, des temps, des vents, des flux, des vagues, des fois. Tout y mène, hymen, œcoumène œcuménique. Christ dans l’amande à Saint-Trophime en Arles, apôtre qui le connut et qui s’entendit dire : « Vous êtes le sel de la terre, si le sel pers sa saveur, alors la terre aussi. » Sel en cristaux. Et gemme, précieux, géométrie parfaite pour les quatre éléments ailés de la mandorle, du tympan. Que celui qui a des yeux pour voir, voie et que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »                                         

   Le Delta, c’est la Tetraktys de Pythagore, œuvre en quatre actes dont on voit le premier secret : l’unité du lieu où les bras se séparent – dualité – et le rivage, troisième ligne à l’horizon, qui touche aux autres, autre unité, car espace non duel des fusions, morts renaissances. Comme la pyramide qui révèle ses quatrième et cinquième faces cachées autre mer, d’elle, la création, il a tout dit, chanté, tu en s’endormant sous les étoiles qui la suivent et la poursuivent.  

   Delta, quatrième lettre de la parole hellène pour  démêler l’écheveau et le subtil de l’épais de nos toiles à tisser, de nos étoffes à naître qui étouffent en nous.     Son libéré par la langue qui pousse doucement les portes d’ivoire des dents en entrouvrant les lèvres qui se livrent vers notre océan de lumière : la mise au monde du souffle, du Verbe. Delta, son qui résonne comme un pas que l’on pose ou un coup que l’on donne, délicat, sur le sol, sur une porte, pour s’avancer et être accueilli. Entends, regarde l’aile dite et dessinée dans la lettre cyrillique et le mot qui désignent le vol et le sommet, l’équilibre depuis la terre et l’envol libre. Le monde est enchanté quand tu t’accordes à lui, écoute battre son cœur. Le long cou de l’oiseau forme parfois des huit qui, comme le quatre porte en lui la croix inscrite. C’est l’infini des cycles qui appelle ce monde. Le serpent apparait dans cette ligne droite, spiralée, torsadée et quand le flamand s’envole, le reptile rédemptée est enceint de l’œuf du monde et donne sa connaissance sans la rançon de notre chute. Dans cet Eden d’avant elle, caduques sont les lois qui nous maudirent dans la matière – ici, il n’est terre qui tienne, la mer inspire tout, le vent emporte tout, le soleil brûle tout – la loi qui s’accomplit est celle de la grâce. Caducée, flambeau rose vers l’Egypte comme un phare dans le ciel, la Gnose, Alexandrie, Virgile, de nouveaux âges d’or, pétales de roses en vol de nouvelles aurores. Le désordre est aux portes, aux ordres du désir. C’est un désert peuplé de formes innombrables : les fantômes des hommes et les tiens, toutes leurs créations, leurs rêves, c’est ce monde. Ta mission est celle, d’une main, d’un bras du delta de ton cœur, d’abolir la souffrance des hommes, de l’autre de l’éblouir de beauté et d’amour. Lettre ouverte blanche, comme le marbre, contenant tous les textes, toutes les formes, le blanc de la Camargue celui des oiseaux, des chevaux, du bois, des pierres, du sable, de l’écume, du sel, des maisons, écrin blanc de Camargue où scintille la perle du cheval, fascine parce qu’il est le blanc, celui des noces et de l’amour, la somme de toutes les couleurs vécues, de toutes les douleurs lavées, de sépulcres vides, des linceuls qui ne gardent que le souvenir de la lumière écrite des deux fois nés.                                                                                               

L’agitation, la richesse, buts du village des Saintes est le labyrinthe bouillonnant où se réfugient et d’où partent tous les désirs vers les ailleurs des déserts et oasis du delta.                                                                                             

  En plongeant et nageant un peu plus loin, sous cette eau, sur cette plage si belle, si proche de celles surpeuplées de la ville, et pourtant si déserte, je crois savoir Les dieux sont ceux qui sillonnent les mondes en les ensemençant. En cela ils leur donnent la vie, l’amour, la mort, la joie et la souffrance. A leurs humanités ensuite de grandir et s’affranchir de leurs barrières de vagues. Telle est toute création, telle est la loi des sphères, quelles que soient leurs octaves.

Nous cherchons, imitant l’horizon, l’origine, les lignes des premiers reptiles, à nous réunir à la Terre par le bronze de nos peaux, au soleil par le blond de nos cheveux, à réintégrer les instincts lents, vifs, surs, sensuels et brutaux, à éterniser l’instant, oubliant l’invite de l’or clair de la danse aériennes qui s’appartient et se donne, l’art libéré d’une matière qu’il aime. Peut-être faut-il entrer dans les orbites denses, magnétiques, pour ne pas être les hôtes amnésiques de cieux vaporeux, les dieux de royaumes anémiques. Les arbres sont nos maîtres à la sève indicible. Regarde et devine où et comment leurs racines explorent la terre, obscure, lourde, riche, et leurs branches implorent le ciel infini. Ils inspirent le jour et expirent la nuit. Nous dégrevons sur eux nos cœurs par nos soupirs comme des mers ou la plage, ils nous rendent un souffle pur, nouveau. Ils accueillent tous les temps, les tempèrent pour nous, ils nous habitent et nous les habitons. Ils ne refusent rien de ce qui vient à eux mais poursuivent leur chemin de croix celtique qui unit ce qui se croise dans ce qui tourne, les six orients, symboles les plus fidèles en cela des premiers sceaux des chrétiens qui donnaient un autre tour de roue, une autre église, un autre éveil, une nouvelle loi. Le Christ fut l’olivier et la vigne, nous sommes des figuiers.

 

 


Petit matin, Saintes-Marie de la Mer.

 


         Les coquillages, échos du large, écho des âges par vagues arrivés, à peine plus denses que l’écume. Ils poursuivent la spirale génitrice qui, inspirante encore, génisse promesse de lait premier, nous l’offrit. Les sages en Inde, renonçants dont les vœux, les cheveux se veulent sans entraves ni limites, soufflent dans une conque pour appeler ceux qui aiment à les suivre. Les empreintes des pieds du Bouddha les portent écrites pour enseigner les hommes parce que le rivage est le dernier ou le premier pas du voyage, de la mer parce que l’Eveillé est l’Océan, le fleuve et le passeur dont il a le souffle sait les chemins et les rythmes. Mille lignes vers un point, dit le monde en contemplant un coquillage. Un point et mille lignes, dit celui qui l’a connu, et c’est le poing qui s’ouvre et les laisse partir vers tous. Entre tous les soleils sur chaque frémissement de l’eau, l’ivoire de l’écume, robe de mariée, éternelle, espérance, originel incarnat de toute vie, virginale joie, le gris mat – l’or n’étant pas toujours le rêve réalisé des aubes – le champ des coquillages, voie lactée, scintille sur une poussière noire diffuse. C’est le pont entre les mondes, notre matière et celle, vraie peut-être pour nous, de l’Univers. Mais si l’océan en est sur Terre le reflet, alors il faut l’appeler transparente. Saturne est là aussi, ancêtre qui libéra puis dévora la vie un temps à chaque fois, dans la couleur du plomb et la ceinture d’astéroïdes des coquilles désanimées sinon par le ressac, annonce de la barrière des vagues et des mémoires magnétiques qui se lèvent au moment de perdre la terre, prendre la mer.

 


Huitième matin.


Sur cette plage des Saintes-Maries de la Mer, des jeunes ont planté des tentes. Ils se sont éveillés tôt et assis sur le sable, parlent doucement. Puis vont s’étendre, amoureux, cheveux long, au bord du rivage. Ils viennent d’une ferme : « La Ferme de Noé », prés de Saint-Maximin-La sainte Baume, où la terre est aimée, cultivée avec joie, non loin de la grotte et du tombeau de celle que le Christ aima, à laquelle il fit porter ses fruits et qui comme Noé, survécut à la traversée des grandes eaux pour la renaissance d’une autre humanité.

 


Yoni


Golfe du Lyon, golfe de la Yoni, le delta féminin sacré originel. L’Ypsilon ne s’entend plus dans les braises et les cendres de nos langues orthonormées, autoproclamées vivantes. Mais celles que nous disons mortes brûlaient, et leur feu couve encore, il peut encore servir, et enflammer nos torches pour éclairer le présent. Mais il reste comme une colonne antique qu’on a voulu garder, prise, dans la façade d’un hôtel d’aujourd’hui. Mythe, etymon, racines du ciel d’où nous plurent nos langues. Ypsilon, les bras levés de cette lettre, ses colonnes qui désignent la voie vers le mystère, le mystère lui-même, demeurent. Le son en a quitté tout les peuples ou presque. Les Français l’ont gardé dans le u en coupant la tige de cette fleur.                                                                                        

Fin de l’histoire, fin de la philosophie, fin de la poésie. Ces trois voies vers le savoir grec antique n’ont pas vu la fin de nos guerres. Fin de la grandeur disait Toqueville. Mort de Dieu, mort de l’art ajoutait Nietzsche. « Ved-anta », « fin du Véda, fin du savoir », mais cette racine indienne, sanskrite de l’ultime, « anta », c’est celle des commencements chez les latins. Le soleil se lève sur la terre des peuples du couchant,  pour les peuples du levant. Et ce qu’ils savent être notre Kali-Yuga, non le croyons pour aube. 

 


Témoins


Certains ont vu la mer sous le soleil du premier matin ; verre dépoli qui venait d’être soufflé, éternelle déjà.                                                                                 

D’autres ont vu le soleil apparaître sur la terre dont les formes étaient comme les membres et l’esprit pas encore  déliés.                                                       

D’autres encore la naissance de l’aube. D’autres la nuit avant qu’elle ne finisse. Certains peuvent parler du jour d’avant, pas seulement de son soir, et d’autres jours qui furent. Jour après jour, les jours nous disent les âges de l’humanité. Nos lieux n’ont plus beaucoup des éclats du miroir qui fut brisé, aussi nos heures n’y reflètent plus les ères.                                                              

Mais lorsque la lumière vient caresser les paupières des éléments endormis sur une plage, une plaine, un plateau, alors leurs yeux s’ouvrent, leurs corps révèlent leurs lignes, leurs voix qui rendent hommage. .. déploient des mondes, d’infinies rosaces, corolles et chemins.                                                        

Sur la mer, au rivage, il y a une ligne. La poussière blanche au dessus de cette ligne, piste qu’on n’a jamais nommée, que l’écume désigne, que les vagues lavent depuis toujours, qu’elles laveront toujours, entre la mer qui respire, brille et parle, et le sable, et nos respirations, clartés et paroles enfouies, cette poussière est celle du marbre sur lequel souffle l’artiste quand l’œuvre est prête, brouillard des origines levé pour l’œil qui le contemple et s’y contemple. C’est l’âge d’or où tout est gravé, tendre, dans la pierre, où l’on se souvient du lait, du miel. Les robes de mariées de dentelle et fils d’or jaillissent de nos désirs et souvenirs par l’amour, messager qui a les clefs de tous les temps, tous les mondes, et nos rêves s’en parent pour nous faire redevenir divins filles et fils qui revêtent l’écume et le soleil mélangés.                                                             Chaque jour est un raga exploré à nouveau. Autre raga, autre âge. Et si ce n’est un autre âge que ton sourire aime, alors c’est un outrage qui nourrit une rage intérieure, autre écume qui te dit par ta paix menacée de reprendre ta quête à l’instant.

 


Château royal, Tarascon

 


Parois formidables, grilles aux fenêtres. Fontaine de fortune dans le jardin d’Amour. En y buvant, je pense aux prêtres égarés qui bénissaient l’eau des églises, bannissaient celle des sources-déesses, baisaient l’or des châteaux et jetaient l’anathème – je ne t’aime – sur le monde autour, tous ses pêcheurs, et maudissant l’atome et l’homme, les laissaient dans le chaos de leurs peurs. Aujourd’hui, Masaru  Emoto éclaire depuis le soleil levant ce que les mots d’amour font à la matière. Autrefois, il sortait des crapauds des bouches des sorcières et des pierres précieuses de celles des femmes pures. Il en est toujours ainsi, mais l’or des fables légères te profondes  qui éveillaient et endormaient les enfants pèsent moins lourd dans nos balances que l’argent des cris tout autour.

 

 


La forme géométrique

 


   Géométrie sacrée. Pourquoi ? Parce que son ordre ouvre la voie, donne la loi et fait le lit de l’onde. Les ordres roulent depuis les rois, les ondes coulent depuis le ciel. Sacrée, parce que cet ordre permet toutes les vies, comme l’arbre des trois mondes, des quatre règnes, que soutient une seule sève.                                          

   Le son est un d’abord. La partition… porte toutes les musiques. Ainsi les lois du nombre, de la ligne, partout, depuis toujours, tendent des cercles, des fils à plomb, des toiles, des scènes, des veines, des réseaux, des filons, flux et fleuves, fils et filles des Anciens des jours comme des nuits, pour que nos rêves s’y posent, y vivent en équilibre. Nul doute que celui qui sait voler assez haut et voguer assez loin peut voir les harmonies émerger de nos élans confus qui les habitent, des jalons de nos destins et vies, leur direction.                                           

   Roman, Gothique, Renaissant… Faire que jouent et s’aiment et nous enseignent  par la grâce de leur couple, la pierre, le jour, dans le lit pur de l’espace, du silence. Fenêtre en croix, carreaux à peine colorés de bleu, rose, jaune pâle, entrelacs de longs rectangles. Le bois, le verre, plus éphémères, fragiles relais du souffle par l’arbre et le sable, autrefois de la lumière.          Lorsque la Création offre ce qu’elle a de plus beau à la création, rends grâce pour grâce et prie et œuvre pour qu’elle se pose, l’épouse, sur son corps comme un joyau offert par qui sait sa beauté, par qui a l’œil ouvert.                          

   Cette chambre dans la tour vit les puissants qui l’ordonnèrent, les maîtres et les ouvriers qui la construisirent après en avoir taillé, poli, posé et scellé chaque pierre, les prisonniers qui y gravèrent si droites les lettres de leur nom. Aujourd’hui, on se rappelle du nom d’un roi, mais c’est la chambre claire qu’on admire parfois, en rendant hommage, plus rarement encore, aux éléments, aux hommes qui les aimèrent et assemblèrent ce qui demeure sable et poussière en suspens dans le vide, l’espace et le silence.                                                           

   Mais l’artisan véritable fait partie de ces essences que la rosée, l’eau rare des étoiles, quelques sels de la terre, suffisent à nourrir et à mener plus loin. Tout est géométrie, guématriques monades, et monde. La hâte te fait perdre le mètre que ta mémoire espère, appelle par l’instant.                                            

   Il appartient, ou tel devait être leur rêve, aux sages de penser, aux nobles d’ordonner, aux artisans de donner au jour l’œuvre, aux paysans  ou pasteurs de nourrir, tous dans l’amour, le respect de la terre et du ciel. La rosace s’est perdue, le mandala s’est brouillé, le concert est devenu fou, furieux, sournois ou assommé, les chimères sont lâchées, on rit, on pleure, on espère, on regrette, on se tait. ..Les nobles et les sages ne l’étaient plus, quand l’avaient-ils été ? les murs des châteaux sont tombés, tout a été pillé ou presque, le corps des martyrs, les textes profanés. On désire pour nous résignation et confiance en nos maîtres. Mille bras élèvent en un geste, en un cri, mille voix, une pierre, un chant que mille fois un homme seul ne peut. Peuple : on a oublié ce qui parcourt ce mot, et ses hommes. Seules leurs voix les intéressent, si c’est leur nom écrit, et en silence qu’ils leurs donnent, quand on le leur ordonne.                                            

   Pas de meuble dans cette chambre : ils étaient rares, quand nous étions encore, en souvenir, nomades au fond de nous. Des coffres étaient posés. Les étoffes et tapis faisaient le reste, témoignages de ce que l’homme savait faire de plus beau des trois royaumes. Chercheur d’or, que ta pose soit amie de tout, lente et sensible, pour que la lumière des choses et du temps s’écrive au-delà de ton miroir, de ses reflets levés, lavés dans le courant, pour que ton âme garde, fidèle et profonde dans ses rouleaux, la beauté de la vie qui vient vers elle en vagues.                                                                                                              

   Tout est forme et t’informe, tout est signe et t’enseigne, tout est onde et t’inonde…                               

   Si tu t’émeus du monde, c’est parce que vous parlez la même, les mêmes langues, la musique te touche parce que tu vibres déjà et la peinture, l’architecture, parce que ses lois calmes t’ont fondé tout entier, la danse parce que derrière la magie, le mirage ou le cauchemar de ta chair, tout tourbillonne ou trébuche au gré de tes désirs, maestro. Tout est formé de tout et parcouru de tout, tout cohabite et tous les âges du monde s’étagent et communiquent en nous. Les dalles blanches et grises de la pièce descendent vers une allée qui avance vers la croix, la lumière. Il aurait fallu voir cette harmonie imparfaite  – c'est-à-dire « infinie » - comme une femme belle qui se refuse à le croire – éclairée par les chandelles, le soir, dans le silence. Seuls le bois et le blanc attendent aujourd’hui. Qu’attendent-ils, s’ils attendent ? Ou que savent-ils ? Peut-être ceux qui savent respecter leur message, ou bien, comme celui qui sent sa fin venir se fait donner un bain, parfumer, vêtir de lin, et jeûne, comme tant d’autres lieux autrefois habités, le retour d’anciens temps, d’anciennes lois, le terme et le début d’un cycle, telle cette chambre lorsque sa cheminée et son alcôve dans sa tour onde qui nous parle de l’ébauche d’union du cercle et du carré.         

   C’est une chambre aux dimensions, aux proportions humaines, dont la niche dans le jour au bout est la tête baignée de lumière qui raconte notre chemin vers elle par celui de son allée centrale, mercure de sève blanche, ruisseau de pierre, clair sourire.                                                                           

  Le plafond est semblable à la nef d’un navire, épousant jusqu’au bout, ou presque, l’ogive en dessous du dallage, doux voyage promis, par les mers pour qui sillonne la terre, par l’âme pour qui fait vœux de rester entre les pierres. Outre-mer, outre-mort sont leurs rêves.

 


 

Saint-Maximin, Basilique Sainte Marie-Madeleine, Crypte.

 


Kryptos, « caché ». Le souffle ne se mélange pas. Il serait celui de la foi, dans le labyrinthe cérébral de l’homme. Dans la crypte, l’obscurité s’éclaire de deux sarcophages. A gauche, Saint-Maximin, monstres marins, centaure qui semble s’enfuir, la queue en forme de poisson. Ondes latérales, émanées depuis un Christ imberbe, vagues de marbre. Orant touché par l’Oint au cœur d’elles. Saints-Innocents, Christ aux quatre fleuves, entre deux palmiers. Dauphins apolliniens. Marie-Madeleine se retira dans une balme, c'est-à-dire une grotte, un rocher, mot qui évoque Bhumi, la Terre, en Sankrit. Aujourd’hui, les restes de son corps  reposeraient dans cette Crypte.        

 


Croix gemmée


Pierres précieuses de l’âme des Chrétiens antiques promis à un Royaume avec tous ses trésors.

 


Sainte-Baume

 


Un Dominicain  me ferme la porte à l’entrée de la grotte. Domini cani : chiens  - de garde - du Seigneur. Oindre les pieds de l’huile parfumée, c’est porter l’amour au plus prés de la Terre. Chemin blanc qui monte à travers le vert de la forêt. Ciel bleu. Fontaine sur le chemin des rois. Poussière dans la transparence essentielle de l’air par les arbres. L’aridité en surface fait le lit sur et souterrain de la résine intérieure de l’être.

 


Entremont


Dans cette ville où passa Marie-Madeleine, le Musée Granet montre un guerrier celte de l’Oppidum d’Entremont, en position du Bouddha, les mains posées sur un crâne. Méditation sur la mort : Socrate, Shiva et Kali, Marie-Madeleine… qui n’a pas fait de la connaissance de la mort de son vivant la sagesse et l’immortalité : « Mourez avant de mourir » disent les soufis. Les têtes coupées des guerriers vaincus : sourcils bas, barbes, paupières closes me font penser à l’expression du Christ du Saint-Suaire. Peut-être pour sa souffrance, « Passion », et la victoire de ceux qui le mirent à mort. Mais Le Christ a bien connu la mort, come l’homme, jusqu’au bout, pour renaître, traversant l’idée de la défaite, du triomphe du mal.                      Les torses des vainqueurs portent un torque spiralé en forme de huit au centre de la poitrine, mains posées sur les crânes. C’est la victoire sur la mort, par le signe – huit- de l’infini sur le cœur qui est le lieu-même où les flux se croisent toute la vie durant.

 

 


Aix en Provence, Pax romana.

 


L’Oppidum d’Entremont, celto-ligurte, tomba en 123 avant Jésus-Christ, de la colline qui domine Aix-en-Provence sur la route des Alpes. Depuis, Aix-en-Provence est dévolue aux bains, à la santé, à l’université, au commerce.            

  Le Christ a ceci de commun avec la croix qu’il est le centre de toutes voies. Non duel parce que réconciliant contre lui les peuples et leurs maîtres qui se disent temporels et spirituels, d’accord pour condamner le porteur d’une liberté qui fait apparaître servitudes celles en lesquelles on croyait, une paix qui lève la pierre sur nos sommeils, une vérité qui fait s’élever les rumeurs de nos cartes du monde, des plans de nos cités. La pauvreté ouvre l’espace par les portes qu’on lui ferme, les toits qu’on lui refuse, délie les mains par celles qu’on ne lui tend pas.                                                                                               

   La paix de Rome, sur laquelle Aix-en-Provence comme d’autres bourgs de l’ancienne Gaule est assise, est celle des conquêtes : du fer, du sang, des chaînes, des sanctuaires écroulés où se coulèrent d’autres fondations infondées, sans racines ni branches. C’est celle d’une terre à laquelle on préfère le marbre, le bronze, l’argent, et d’un ciel au service. La cité a de droit tous les droits au nom de la loi du progrès. Des hommes qui gravent dans leurs tables des codes qui n’ont plus que leur race pour mesure.

  De l’eau qui coule libre de la terre, le peuple du Tibre a fait son or, lui-même arraché à son sein. Il s’est assis sur la source, comme l’Eglise sur le Christ, et a demandé qu’on paye pour boire. Depuis deux millénaires, vingt, vingt et un, vingt-deux siècles, Rome a l’ascendant sur le monde par les descendants de César ou de Pierre et décide de ses affaires : l’Occident, le Nouveau-Monde, puis le Mondialisé par les traités qui ont civilisé les traites, mais l’âge des esclaves est toujours là et noir.                                          

Romes anciennes ou nouvelles, c’est un même pouvoir, c’est les mêmes faisceaux ces haches de ceux qui se sont fait élire pour se protéger eux-mêmes, qui se transmettent le flambeau réservé. Toges blanchies des candidats de la République, chemises brunes ou noires des dictateurs et inversement. Dans une vie, comme dans l’Histoire, il y a des batailles qui décident de l’avenir pour des vies et des siècles et nous laissent plus libres ou vaincus, et laissent les vainqueurs bâtir leurs capitales, leurs villages sur les hauts-lieux pillés et oubliés.                                                                                                     Nos cités ne sont plus qu’opulentes et les peuples contemplent leurs puissants dans leurs murs et leurs chars. Les portes de tous les temples qui s’ouvrent et se ferment pour eux, et ceux qu’ont pet dehors lorsqu’ils meurent, naissent ou se marient, avec la bénédiction des prêtres. Chaque pas que fais, chaque parole que tu dis pour de l’argent t’éloigne un peu de l’or qui coule en toi. Il est des lieux où coule la sève de milliers d’arbres, et mille fontaines et ruisseaux, où pourtant on étouffe, car elles appartiennent à ceux qui règnent, décident, collectent, ignorent, s’offusquent ou méprisent, se parent et pavoisent et sont les garants de nos citées menacées par leurs excès sous d’autres cieux. Comme des passeurs plus proches des Enfers que du Ciel, allant entre les rives sans quitter leur barque, riches comme Pluton de ce qu’ils ont pu prendre à ceux qui sont passés.  Hier,  à la Sainte-Baume, une femme me montrait la tête du Suaire dans la forme d’un rocher de la falaise. Aujourd’hui, à Aix-en-Provence, la ville est pleine d’immenses têtes, bustes d’Igor Mittoraj, à la fois antiques et modernes.

 


Mars et Vénus


Rome enferma ses femmes dans ses maisons et ses cités, leur laissant les plaisirs de l’infidélité, livrées à Vénus pendant qu’eux se livraient à Mars. Séparation des sexes, chacun voué à une divinité extrême. Cela explique beaucoup de choses.  L’Eglise reprit cette situation, interdisant aux femmes, en plus, les plaisirs. Mais l’Alchimie parle d’union du Soleil et de la Lune : l’amour qui met fin à la guerre de Mars qui engendre la guerre, et à la quête sans fin de la volupté

 


Terres Saintes

 

Toute terre est sainte, mais il appartient à l’homme de la bénir pour qu’elle soit enceinte d’un astre à naître. Tout doit réveiller, révéler la lumière, comme vêle le veau, la  vache sacrée, Gau en sanskrit, qui signifie aussi Lumière… dans la « muliebre » comme dit l’italien pour  féminine - magie de la Création.

 

 

 


Cloître de Saint-Trophime

 


Corps de géométrie. Le Roman, dans le détachement de l’œuvre pour le Ciel – entendu tout entier – donne à voir la matière brute écorchée par les révolutionnaires, l’image, le nombre et à entrevoir la lumière pure.    Les personnages portent les lois géométriques de l’Univers, pauvres et froids, au regard sans orgueil, mais riches de tous les astres, toutes les constellations qui sont le corps et la parure de l’espace. Un Christ porte une sacoche sur les plis magnifiques de sa robe, pareil à un voyageur sur la route des Indes, aux étoffes suggérées qui évoquent la route de la soie, l’Afghanistan, le Pakistan, le Cachemire, les royaumes du Gandhara et l’art gréco-bouddhiste. Le Christ est un soleil. Le démon à l’angle du cloître a une chevelure de comète. C’est la différence entre le maître et celui qui égare. Tout peut tout révéler dans cette Création fractale mais certaines œuvres d’art sont de claires cartes du monde. Qui furent les ouvriers de ces merveilles ? Des hommes bons qui savaient ce qu’ils faisaient, traversés par une inspiration ou une tradition ?

 


Eclaircie


La pluie tombait.  Puis le vent s’est levé comme un souffle ou murmure d’hommage, un mélange des eaux en silence descendu dans l’alap de l’automne accompli, accompli merveilleux depuis le déchirement du désir d’éternité de l’été, par tous les tons automnaux. Dissolution, dissolution, dissolution, sol invictus.

Et le vent s’est levé, souriant, le soleil est un autre astre amant, est un autre instrument.

Et le vent passe, séparant terre et ciel et eaux parce que nous voulons qu’on nous raconte, encore, l’histoire du monde. Il est comme une lame passée entre deux doigts collés, deux corps pour qu’ils puissent chacun dans son voyage, avoir des choses à raconter à l’autre, à l’heure du retour, à l’heure de l’amour. Il annonce les vagues dans son souffle sur l’écorce écorchée, résine aromatique, orante, par les branches levées, les aiguilles dont chacune est une phrase, dite, chantée, priée. Le vent passe, seule la mer est plus grande, ou l’esprit de l’éveil.

 


Montmajour


Calcaire, fossiles, mer, tombeaux vides, spirales en mémoire. Il y avait la mer avant, en ces lieux religieux. On l’entend résonner encore dans ce chant de roche blanche, arche au dessus aussi des anciens marécages, conque posée, voulue où le vent souffle, Mistral, l’appel du libre aux hommes, et où le vaisseau de pierre pure se sait promesse de voile blanche aux plages de grain lige de Camargue, de Camargue et de chevaux sauvages, sauvages.

Par les vitraux en haut de la grande salle blanche, vide et voilée de pureté comme pour accueillir l’enfant roi qui viendra ce soir, Noël, la lumière éclabousse d’écume d’or le pont de la grande nef, l’âme voyage. Tout jour est une vague qui se brise au zénith, le soir est son rivage, notre seconde chance. Tout est vrai pour l’enfant, et tout est enchanté. Puis l’âge, adultérin des noces enfantines avec le merveilleux, oublie ou se souvient  de loin par celles de sa lignée qui écrit le fil si mince de son espoir. La sagesse est un arbre à l’écorce de vitraux qui chaque année sourit aux fleurs, aux fruits nouveaux que sa sève devient, et elle voit à nouveau un joyau de lumière en tout ce qui voit le jour.

L’art véritable donne un sens à la séparation du corps de la nature. Les blocs de calcaire arrachés à son ventre, taillés et unis ensemble en une forme éphémère des siècles pour l’Amour éternel, prient ensemble et connaissent le cours du fleuve. Quelques instants après, je découvre les graffitis médiévaux du cloître, vœux de protection à la Vierge que firent les marins en pèlerinage à Montmajour, ancienne île.

C’est l’archétype qui parle par tous en même temps, sans jamais de dissonance : ce lieu est une nef vers les îles des bienheureux, et on peut le sentir, le savoir. Les archétypes, « anciennes images » en grec, sont les arches d’alliance entre l’Eternité et l’Instant, le Ciel et la Terre, la loi des soleils immuables et cette Terre métamorphique inconstante et fidèle en ses métamorphoses. Arches d’alliance portées par le vent de l’esprit au dessus, à travers, ondée de photons adoubés des visas des dieux, nos frontières affronts aux archipels galactiques pèlerins de la Source, et l’espace sans espace, et le temps sans temps de la Conscience Univers.

Tout est mental dans l’Univers. C’est pourquoi tout nous renseigne sur l’Esprit.

 


Pistis Sophia


Fallait-il, fatalité, que Sophia la sagesse, l’âme altière  s’exalte, perde son « l », aile, exsangue et chute, devienne matière, pour appeler la Foi, pistis ?

 


Vigueyrat


Gris et vert. Saison de l’enfance, saison de la vieillesse. Verts pâturages des matins, vertes prairie de l’au-delà. Ouvre-toi à ces tons qui te pèsent, découvre qu’ils t’apaisent.

 

 


Lustrale, Saint Rémy de Provence, Glanum


Eau de Glan, fontaine sacrée, guérisseuse. Le peuple celte adore le cheval, l’eau, la pierre, le vent.

 


Château de Gordes


Escaliers en spirale, marches longues et fines comme les touches d’un piano, unies à la tige de l’axe au centre. Douceur lovée à l’intime du château, source cachée du temps, souffle à l’intérieur des choses, hélice génétique et délice génésique, clef de sol et des choses. Sur chaque vague, losange, mondes en suspens où nous posons nos pas en apposant nos sceaux. C’est l’éternité auscultée puis sculptée, porte où nous pouvons entrer. Les œuvres des Maîtres artisans initiés possèdent la perfection du symbole montré et il parle à notre âme à travers nous son langage, fait résonner les cordes de la harpe jamais dite, dont nous forgèrent les dieux, que nous sommes. Car ces compagnons donnent aux formes qu’ils travaillent celle des lois de l’univers elles-mêmes, ils font remonter le Ciel vers la Terre depuis la matière elle-même. Maïeuticiens de Maïa, « la magie » enceinte de Brahma, « l’essence », « l’immense », ou du Soleil-Christ, l’Oint, c'est-à-dire adoubé par l’huile, essence de la graine ou du fruit, par Maryam la mère pure.

 


Saint-Trophime, portail.


Loi parfaite du chiffre des statues romanes dans la géométrie amoureuse des lignes. L’esprit pu

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