Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

   Cette page est une présentation d'articles et traductions, de résumés de conférences et d'interventions diverses.

   Les droits sont réservés. Il n'y a pas de problème pour utiliser les documents: le savoir doit circuler.

   Merci cependant de ne pas en faire un usage commercial et de me prévenir pour toute utilisation.

 

 

 

 

070.jpg

         Femme de la tribu Toda, Ootacamund, Inde du sud, 2007, photo dr François-Marie Périer

 

Télécharger le fichier:

 

Droits alimentaires, libre-échange et fascisme, Vandana Sh Droits alimentaires, libre-échange et fascisme, Vandana Shiva

 

 

         Vandana Shiva dans « Droits alimentaires, libre échange et Fascisme. »

Traduit de l’italien  « La Debolezza del più forte » ( La Faiblesse du plus Fort ) Mondadori, traduction des Oxford Amnesty Lectures, ouvrage collectif,  2004, avec Noam Chomsky et Joseph Stiglitz entre autres (non traduit en français).

 

“ Dans les sociétés paysannes du Tiers monde, conserver les semences et les échanger n’est pas seulement un droit mais le devoir le plus élevé : c’est notre Dharma. Les brevets sur les semences font des graines une « création » et une « propriété » des entreprises, transformant nos plus hauts actes dharmiques en crimes de piraterie et de vol. Il a été établi que les entreprises ont engagé des détectives pour espionner les paysans, et les ont verbalisés pour avoir conservé leurs graines.

Encore plus paradoxal est le fait que ces brevets sont revendiqués sur la base de connaissances et de ressources à leur tour volées au Tiers Monde. Des exemples de bio-piraterie incluent des brevets sur le curcuma, le poivre, le gingembre et le riz basmati, pour ne citer que ces cas.

         Les brevets sur la vie sont un autre exemple de droits inhumains. Ils nous éloignent plus encore de nos affinités écologiques avec les autres espèces, et transforment les formes de vie et les systèmes vivants en « inventions » et « brevets ».

         La leçon la plus importante du mouvement écologiste est que notre humanité est basée sur le fait d’être citoyens de la Terre.(…)

Le fondamentalisme est à nouveau sur le point de resurgir dans le monde entier. La destruction de la Babrid Mosquée (mosquée elle-même fondée au xvème siècle sur les ruines du temple de Ram, détruit par l’envahisseur Babur,  dans une ville sainte de l’hindouisme, ndt), les récentes attaques contre des églises au Gujarat (état du centre-ouest de l’Inde, ndt)… tous ces faits témoignent de la transformation de l’Inde, de société tolérante, inclusive et diversifiée, vers une société oppressée par les conflits culturels, religieux et de castes.

         Ce n’est pas un hasard. Dans La violence de la Révolution Verte (1985), j’ai tenté de montrer comment la Révolution Verte a débouché non seulement sur une agriculture non durable, mais aussi sur le surgissement du nationalisme et de la violence sikh. Des jeunes en colère et au chômage ont embrassé les fusils que leur tendaient les mêmes puissances mondialisatrices qui avaient détruit l’agriculture indienne. Ensuite, dans mes Conférences pour la Paix Bertrand Russel ( 1994), j’ai essayé de démontrer comment la mondialisation économique jette les bases des politiques particularistes et du fondamentalisme religieux. La mondialisation alimente le fondamentalisme à plusieurs niveaux.

-         Le fondamentalisme est une réaction culturelle à la mondialisation : les jeunes hommes des sociétés et des cultures colonisées, aliénés et en colère, réagissent à l’érosion de leur identité de leur sécurité.

-         Les personnes, dépouillées de leur sécurité économique par la mondialisation, s’agrippent à des identités religieuses et à des nationalismes myopes.

-         Les politiciens, privés de la possibilité de prendre des décisions, organisent leurs campagnes électorales sur la base des différences culturelles et religieuses, en diffusant  la peur et la haine.

-         Les force impérialistes, en utilisant la stratégie du « diviser pour régner »,  exploitent les conflits religieux pour fragmenter le front de l’opposition à la mondialisation.

 

Il faut résister au processus de la mondialisation. En Inde, cela signifie :

1)    combattre les politiques de « libre-échange » de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et de la Banque Mondiale et

2)    combattre le contrôle des multinationales.

 

Nous devons aussi combattre le fondamentalisme et le fascisme. Pour les femmes, cela signifie combattre le patriarcat capitaliste et religieux. L’hindouisme est une des religions les plus inclusives, pluralistes et tolérantes. L’hindutva,en revanche, est une idéologie politique. Il n’a pas grand chose à voir avec les racines spirituelles et philosophiques de l’hindouisme, qui sont la paix, la compassion et la tolérance. La force de l’hindouisme réside dans sa nature intrinsèquement pluraliste, dans son respect pour les autres religions et dans sa liberté d’adorer divers dieux et divinités, ou même aucun. À l’inverse, l’idéologie de l’hindutva est basée sur la haine, pas sur l’amour, elle promeut l’exclusion plutôt que l’intégration et divise notre société plurielle.

 

Vers un programme des droits de l’homme intégrateur

 

         Tous les mouvements historiques récents de libération ont été partiels et exclusifs. Ils ont exclu les autres espèces et les autres cultures. Et ils ont négligé la politique des femmes : réaliser des changements à travers la vie quotidienne. Maintenant, pour la première fois, nous avons l’opportunité de chercher la liberté par des voies intégratives, de chercher la liberté pour les êtres humains avec les autres espèces et sans violence. Telle est l’alternative à la globalisation.

         Nous, les peuples du Tiers monde, et nous les femmes en particulier, avons du nous organiser pour définir et défendre notre individualité. Nous savons ce que signifie être exclus. Nous devons nous rappeler de quelle façon nous avons construit nos institutions et nos cultures démocratiques. Un programme intégratif pour les droits de l’homme doit les placer à la base des systèmes économiques. Les droits de l’homme ne peuvent pas être secondaires, ils doivent être fondamentaux. Ils ne peuvent pas être fragmentés, ils sont indivisibles. Le mouvement pour les droits de l’homme doit considérer la mondialisation comme la menace principale et universelle des temps qui sont les nôtres.

         Les mouvements de femmes du Tiers Monde ont constamment souligné l’interdépendance des droits ; sans nourriture et sans eau, on ne peut exercer aucun autre droit. Et elles se sont ingéniées à souligner que la mondialisation menace les droits humains des femmes. Les femmes du Tiers Monde ont organisé des contestations à la Conférence des Femmes de Pékin. A Leipzig, à la conférence sur les ressources génétiques végétales, nous avons lancé un appel afin que la sécurité alimentaire revienne et reste aux mains des femmes. ( 17-23 juin 1996). Et maintenant, nous sommes en train de construire un mouvement mondial, Diverse Women for Diversity ( Des Femmes Différentes pour la Diversité), pour la défense du droit à l’alimentation et à la diversité culturelle biologique.

         Les femmes produisent 60% des aliments du monde avec quasiment aucune ressource. Elles produisent plus avec moins. Elles produisent de la nourriture pour la terre et pour leur famille et vendent sur le marché des excédents qui sont de vrais excédents. Elles travaillent avec d’autres espèces, plutôt que de les anéantir. Leur modèle de sécurité alimentaire est basé sur la biodiversité et sur la production décentralisée. Le modèle patriarcal de contrôle industriel de l’agriculture est basé en revanche sur les monocultures et sur les monopôles. Dans le premier modèle, on regarde avant tout les besoins des plus faibles. Dans le second, le droit du plus fort de piétiner les plus faibles est mondialisé à travers le libre échange.

         La communauté des droits de l’homme doit arrêter de chercher des moyens faciles et respectueux des entreprises et du marché pour articuler son discours sur les droits de l’homme. Elle doit faire un choix : soutiendra-t-elle  les droits des abstractions économiques, des entreprises, à travers des omissions et des silences, ou défendra-t-elle les droits des gens communs à avoir de la nourriture, de l’eau, un abri et une sécurité économique et sociale ?

         La mondialisation nous a mis devant un choix net. Les paladins des droits de l’homme ne peuvent plus ignorer la sécurité économique. Le profit des entreprises à travers la mondialisation menace maintenant directement l’équilibre écologique de la planète et la sécurité économique de ses habitants.

 

 

 

 

 


Economie et écologie : l’esprit indien

 

 

L’Inde a une vision de la nature, de l’homme, de l’univers et de leur sens très vaste. L’écologie s’inscrit dans cette vision très ancienne.

Toute vie est en Inde une création divine, et même si cette vie est un rêve, paradoxalement,  ce rêve doit être vécu intégralement, et religieusement respecté. L’Occident a en revanche, traditionnellement et religieusement,  un rapport souvent à la fois de rejet et d’attachement  à la terre, mais rarement d’équilibre et d’égal à égal.          

Parallèlement à cela, le renoncement aux biens, aux possessions, à la vie matérielle, et le retrait dans la forêt est le dernier état que devrait suivre tout indien accompli, selon les Védas, les textes religieux fondateurs de la société indienne.

Respect et détachement sont deux notions complémentaires, et même plus : elles ne peuvent exister l’une sans l’autre. Ce n’est que dans la mesure où on ne dépend pas de quelque chose qu’on peut l’aimer vraiment et en être respecté.

 

            Comme la plupart des autres pays du monde, l’Inde n’est pas un modèle actuellement sur le plan écologique. Mais voici quelques penseurs modernes qui ont une conception des problèmes et des solutions de notre temps à grande et à petite échelle.

 

            Gandhi , qui n’a jamais été prix Nobel, vivait la pauvreté volontaire, pour le bien de tous. Strictement végétarien, il considérait toujours le bien être de la totalité des êtres pour prendre une décision. Il disait que la liberté des peuples passe par la réforme de quatre institutions :

 

-         la médecine

-         l’industrie

-         la justice

-         l’enseignement

 

            Rajendra Pachauri, prix Nobel de la paix avec Al Gore en 2007 proclame :

             « Vasudaiva kutumbakam » :    « L’univers est un seul famille » Il prone :

-         moins de voitures

-         moins de viande

-         moins de shopping

 

Amartia Sen, prix Nobel d’économie en 1998, a mis à jour les racines de la misère et des grandes famines en rapport à notre forme actuelle de libéralisme, à l’illusion de la croissance abstraite, tout en défendant l’idée d’une économie du bien être. Il a participé à la création de l’Indice de Développement Humain, qui ne se base pas uniquement sur le profit, comme le PNB par habitant.

           Il a déclaré : « Aucune grande famine n’a pu perduré dans un pays démocratique, indépendant,

           doté d’une presse libre. » : souveraineté du peuple, souveraineté de la nation, rôle des intellectuels.

 

Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix en 2006 pour son travail dans le micro-Crédit. Fondateur de la Grameen Bank au Bengladesh, il a montré comment un système, bien structuré et suivi,  de prêt et d’entreprise, principalement géré par des femmes, à toute petite échelle : une bête, une échoppe, une parcelle de terrain, pouvait apporter bien être, indépendance, équilibre, éducation et justice à des villages et des régions entières.

 

Vandana Shiva, prix Right Livelihood ( sorte de prix Nobel pour la paix lternatif ) en 1993, auteure des “Guerres de l’eau », du « Terrorisme alimentaire » , de « Graines de suicides » prône un système économique et écologique qui intègre tous les êtres vivants, dans la plus grande diversité possible. Elle démontre que le Dharma indien, l’ordre cosmique, l’équilibre de toute vie, va de pair avec l’écologie, le rôle de la femme par rapport au respect de la vie, et est incompatible avec le drame écologique actuel. Elle se bat pour une économie au service de la vie et non une vie au service de l’économie.

 

Arundhati Roy, bookers Price en 1997 pour “The God of small things “ Le Dieu des petits riens” s’est beaucoup engagée dans la lutte contre les grands barrages en Inde, qui ont déplacé des dizaines de millions de personnes. Auteure de l’ »Ecrivain militant », elle conçoit l’art comme une recherche du sublime et un engagement contre l’injustice et la destruction de la Terre.

 

                        La force et la précision, la justesse et l’ampleur des analyses des penseurs indiens actuels leur vient à la fois de la transmission du meilleur des valeurs traditionnelles et éternelles de l’Inde, et de leur révolte face à l’injustice et la violence d’une société indienne corrompue et pourtant appuyée théoriquement sur ses traditions. Leur intensité vient aussi de la position de l’Inde, pas du meilleur côté d’une mondialisation qui dure depuis cinq siècles, au service d’une modèle imposé de l’extérieur par la force et la ruse, qui a amené aujourd’hui la planète et l’ humanité au bord du précipice, et se propose pourtant de continuer à avancer.

 

               télécharger le fichier:

 

Ecologie indienne, quelques prix Nobel et autres Ecologie indienne, quelques prix Nobel et autres

 

 

 

058.jpg

        Rizières traditionnelles au Jharkand, 2006, photo dr François-marie Périer

 


 

 

Agriculture :  des grandes famines aux OGM

 

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’Inde n’est pas un pays dont l’agriculture est insuffisante pour nourrir la population. Il y a évidemment un problème démographique qui touche qui plus est les états et les populations les plus pauvres.  Les femmes sont mal informées en terme de planning familial, et les enfants nombreux travaillent pour nourrir la famille et plus tard assurer la retraite des parents.

 

Lors de la grande famine de 1881, les britanniques n’intervinrent pas, plutôt que de nourrir des hommes qui par là allaient rendre des forces et se reproduire pour voir leur descendance mourir quelques années plus tard. En 1943, après le cyclone qui toucha le Bengale, la spéculation et une bonne partie de la production de riz exportée pour soutenir l’effort de guerre anglais en Birmanie contribuèrent aux 3 ou 4 millions de morts. 

 

La Révolution verte et ses déboires

 

 Mais il n’y a plus eu de grande famine depuis le début des années ’60 : grâce à la « révolution verte » - riz et blé - et à la « révolution blanche » - lait - , le pays a atteint l’autosuffisance alimentaire dés 1975.  

Ce « miracle agricole » s’est réalisé par l’aide internationale, les variétés à haut rendement, la réalisation d’innombrables barrages, et l’utilisation massive de pesticides et d’engrais chimiques. L’état achetait à des prix intéressants aux producteurs et revendait ainsi aux consommateurs.

Mais l’intensification de l’agriculture a creusé un net fossé entre gros et petits producteurs, dont le nombre s’est considérablement réduit, ne pouvant pas acheter les nouvelles variétés, les engrais, recourir à l’électricité, ou aux machines nécessaires.  Les perdants ont immigrés vers les villes.

Il s’est instauré une dépendance par rapport aux semenciers, car les « variétés à haut rendement » doivent être renouvelées fréquemment, sous peine de perdre au fil des ans leurs qualités. De plus, fragiles et non naturellement adaptées à l’environnement, elles nécessitent l’apport massif d’engrais chimiques, plus d’irrigation, de pesticides, d’insecticides, et l’environnement : nappes phréatiques polluées par les sels et les nitrates, superficie boisée réduite, érosion des sols … s’est donc terriblement dégradé.

 

L’Inde entre dans l’OMC

 

Au début des années 90, Manmohan Singh, premier ministre actuel, alors ministre de l’économie, ouvre le pays au libéralisme, l’Inde entre dans l’OMC. Le sous-continent était jusqu’à présent un élève du socialisme soviétique. La dette de l’état l’oblige à réduire des subventions, la production se centralise  et les petits producteurs plongent : on estime que 25 000 d’entre eux se sont suicidés depuis 10 ans. Le sud du pays détient le record du monde : 58/100 000 habitants. Des millions de personnes se rallient aux plus gros ou perdent leur emploi et émigrent vers les métropoles. 500 000 personnes quitteraient chaque année l’agriculture. Un exemple, en Andhra Pradesh, état du centre, sur  115 huileries il y a 10 ans, 10 demeurent aujourd’hui. Il y a environ 60 millions de familles rurales sans terre et 25 millions possédant moins de 2 hectares.

Les semences étant brevetées et importées de France, des Pays-Bas, des USA, le risque de dépendance alimentaire à l’étranger refait surface. Ces pays excédentaires vendent souvent leurs cérales subventionnées à si bas prix que le paysans bengali ne peut plus vendre son riz aux indiens…

 

Lire la suite en téléchargeant le fichier :

 

Repères indiens Repères indiens

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de François-Marie Périer
  • Le blog de François-Marie Périer
  • : Un espace présentant mes activités et celles de la galerie-café cultures du monde La Vina: expositions, concerts, rencontres, essais, traductions, poésie, articles et reportages, conférences, carnets de voyages; photographie, culture,; réflexions...
  • Contact

Recherche

Liens