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Magyar

 


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         Budapest, 2000, photo dr François-Marie Périer

 


  Magyar Magyar

 


Magyar, Maya, Magie.

 

 

Soul less

 

Le communisme. Un cauchemar de cinquante ans. Quand un cauchemar ne laisse pas le rêveur s'éveiller, quand tous les espoirs de briser le sortilège que l'on sait , que l'on laisse illusion, quand la résignation règne, que devient l'homme? Un pauvre fou? Un cynique à la patience parfaite? Un complice du mal? Un être brisé? Avant tout un corps qui a perdu son âme. Les idoles communistes du parc des statues montrent des bronzes qui montrent de la chair qui montre la voie du communisme. Des moutons, des enfants, des handicapés mentaux, voilà l'idéal du citoyen communiste pour ses chefs.

Marx et Engels en pharaons à l'entrée du parc. Lénine momifié à Moscou. Mao à Pékin. Guerres de religions: le marxisme est une méthode pour détruire l'âme. Les statues sont les créatures que l'esprit projeta dans son mirage, les fantômes de son rêve. Il est précieux de fixer ainsi la forme même de l'invisible. Il fallait trouver la forme qui accueillît, forcée, violée, l'égrégore.

Ou plutôt: l'égrégore trouva l'homme et l'informa de lui-même. Car qui parle, écrit et fait oeuvre sert une farce. Enormité massive.

Réduire les formes, réduire les mots. Puis leur faire perdre toute mesure. Le Parti. Non la fin de la dualité, de la dialectique, mais le refoulement, l'illusoire élimination de l'autre parti. Marcher sur une seule jambe. L'autre est l'image donnée de l'Occident capitaliste, fantôme agité aux foules. Au centre du parc, une étoile rouge sur fond jaune et vert. Des fleurs sur une tombe. Cimetière des marxosaures.

L'un d'eux est à peine sorti du roc. Fils de la terre, créature pareille à celles des mythologies antiques, modelé, sorti au sens propre du moule de la matrice. La suspension du doute. La mort du doute. Le poing fermé sur une hampe. L'autre sur le néant, fermement maintenu.

 

 

Plaine

 

Celle qui est - dont tu fais - qui a fait de toi - ton soleil doit être aussi ta lune, savoir te plonger en ses ténèbres et les siennes. Sinon, rien que tu saches. Ainsi, rien que tu ne saches. Budapest est le bassin d'Europe, le "centre du centre de l'Europe", comme titre une brochure pour touristes. Le centre du centre est la vulve. "Ab utero" le Christ sorti de Marie. Le sexe est la porte, portail d'entrés du cœur. Entre les deux la nef. Budapest, ville du sexe. Hongrie, 70% du cinéma pornographique mondial. Qui leur jettera la première pierre? "Les prostituées sont plus proches que vous, pharisiens, du Royaume des Cieux." Et eux plus proches d'elles que de lui. Ouvrir les yeux sans désir sur le monde. Les fermer sur un monde sans désir. Les rouvrir.

Deux villes, une troisième, hors du jeu. Buda. Colline. Pest. Ville. Budapest, colline et ville. Mais aussi: Buda, l'Eveillé, et Pest, le Mal, la Mort. Budapest, ville de l'Eveillé. Ville contre l'Eveillé. Ville séparée de l'Eveillé par un fleuve, une ligne immense. L'Eveillé comprend la ville en toutes lettres, et la dépasse, et la contemple, car il est la montagne. "Tu es en train de griffer une montagne avec les ongles." dit Siddhârta à une fille de Mara. C'est aussi le message silencieux de Buda à Pest.

Les bains. Sans doute L'Islam est une religion dont tout vient tant d'en Haut, du Miséricordieux, que l'appel du profond se fait aussi sentir avec autant de force, s'exprime avec autant d'autorité et fait l'objet d'autant de rites. Et la femme est si crainte, voilée, celée, scellée chez elle - chez lui - on s'y abandonne, on lui abandonne si peu, elle est l'objet de tant d'attention inconsciente, d tension refoulée, on voudrait tant qu'elle disparaisse de la pensée, qu'on ne pense qu'à l'oublier, qu'on se prend à rêver d'un monde où elle ne soit, en même temps qu'on veut un monde où il n'y ait qu'elle. Les bains. Turcs. Les hommes seuls. Sous une coupole à peine percée de lumière. Dans l'eau tiède. Apparente ataraxie. Non pas fin du désir, libération, mais inondation des sens faisant apparaître comme des quêtes de sources dérisoires les jouissances quotidiennes. Regrssio ab utero. Nicodème pensait devoir retourner au ventre maternel pour renaître à la Vie éternelle. Le Christ s'étonna devant lui de l'ignorance qu'il montrait. Il faut naître d'en haut, fils de l'homme soi-même, ou bien n'être qu'en bas. Se fondre en l'élément liquide, lit qui donne l'oubli, lit qui damne, subtil, qui s'adonne à confondre Vie Eternelle avec vie maternelle. La femme est l'enjeu, ange ou dangereuse, toujours miroir. Les matrices qui s'ouvrent à ceux qui souffrent offrent tout ce que matière a. Elles emportent ceux qui les veulent, ceux qui le veulent, ceux qui ne savent ni ce qu'elles sont, ni ce qu'ils sont, ceux qui savent aussi, et ne le désirent plus.

Tel est l'unique désir, tirant à lui des désirs sans nombre. Et ces matrices apportent à celui qui est sans désir et sans ombre toutes leurs illusions, toutes leurs armes. Des premières, il fait pleuvoir sur l'âme, des secondes, il fait pleurer de l'or. On fond les armes dans les ténèbres. Elles fondent en larmes dans la lumière. Il y a des vagues qui deviennent des flammes en touchant l'autre rive. Il y a une eau que nul feu ne dessèche, et il n'est rien que l'océan ne rende aux sept mers et au jour, après le profond séjour.

Et puis il y a l'épouse. Pour aller avec elle où on n'entre qu'à deux, car l'on est seul enfin, car l'on est soi, car chacun est unique, et tunique non plus de chair, mais de lumière, et tunique de l'autre. Cette eau est l'eau dont on rêvait, que l'on revêt, qui les révèle. La Hongrie n'a pas de façade sur la mer. Mais c'est toute la ville qui semble portée par le Danube vers elle Budapest est une des portes de l'Orient. Avant la grande, l'impérissable, Istanbul. Contrairement à Venise, sous les signes d'Hermès et de Vénus, mystique et commerçante, à la Beauté vouée, dans sa relation au Levant, contrairement à Vienne, sous le signe de Mars, porte imprenable où le croissant ottoman n'entra qu'en viennoiserie narquoise, Budapest fut turque deux siècles durant. Les bains disent encore au sens propre combien la Hongrie trempe en ce passé musulman. Si Budapest est le bassin dont le Danube est la vulve humide, la Mer noire est le cœur que tout sexe aspire à rejoindre et connaître. Vulve immense, mais pas seulement. Le Danube est si large qu'il semble pouvoir tout emporter. Toute la ville peut-être, non vers la fin, mais le début du grand voyage. Budapest sait ce qu'elle est: pupille noire baignée de larmes d'émotion, cœur gonflé par un rêve trop long à se lever, sexe humide avant l'amour. aujourd'hui, seul ce dernier domine. Est-ce un hasard si la femme hongroise - de l'est - trompe la solitude de l'Occident? Elle fut derrière le rideau de fer, des décennies durant. Il la découvre aujourd'hui, dans tous les sens du terme, quand il devrait comprendre ce qui est demeuré intouché. Le communisme qui croyait tuer et la femme et la foi dans sa glaciation les a plongés dans le sommeil qui paraît mort à ceux qui ne connaissent que la matière. Le mur est tombé, le rideau de fer a été enfoncé, le sortilège s'est dissipé, tel le serpent d'un cercle magique se dévorant lui-même par la queue, les peuples reprennent à se mouvoir, à s'émouvoir. Le pouvoir a confisqué l'erreur pendant un demi-siècle,  ne laissant que l'horreur, froide, à ceux d'en bas. Quand l'amour est absent, l'une et l'autre enseignent. Il est aussi en eux. Tout fait son jeu car sa loi est: je brûle, je fonds et je confonds le songe et le mensonge. Vue de la citadelle, Pest est comme la boue du Danube. Boue aurifère où émergent en pépites  la cathédrale Saint Stéphane, le Parlement, les ponts comme autant d'élans qui soulignent que notre âge est celui du fer.

Dans cette vile encore, les peuples sont fondus de façon incertaine, insaisissable d'abord, surprenante. Et puis à l'improviste, comme une inspiration, un surgissement de grâce. Mercredi soir. Il pleut depuis des jours, des jours encore en Europe centrale. Le vent possède Budapest comme une armée la terre qu'elle traverse, et c'est comme s'il allait très loin, et comme si tout sur sa voie n'existait pas. Jusqu'où? Qui le sait? Quoi faire? Le jour baisse. L'Esprit souffle où il veut. La terre se tourne peu à peu. Les nuages s'écartent. Au fond, une cité est dans une pluie d'or. Le ciel plombé regarde. Je sors d'une messe orthodoxe d'oraison, de plaintes et d'horizons lointains. Le rêve continue. La boue marron dans le fleuve s'illumine, il en a fait de l'or encore. Pour la première fois depuis le déluge, le dieu pose un oeil sans voile sur le monde. La mort, la nuit, la pluie pour laver l'ennemi: l'ennui. L'ennui est l'un nié: l'un est l'instant: unique de toute éternité et de toute éternité, l'espace. Telle est la voie sans voie: l'instant est le chas de l'aiguille du Christ, et l'aiguille est le temps: le point, la ligne. Qui ne passe par l'instant suit la ligne. Qui suit la ligne retourne d'où il vient, et vient d'où il retourne.

L'un est le soleil solaire, solitaire. L'autre est la lune qui mesure le temps, sablier satellite dont la ronde rappelle chaque nuit par un lent clignement de paupière - pleine lune, lune noire - que tout ici-bas n'est que phases et que phrases. Tout est rêve sous le soleil, mais tout est cauchemar sous la pluie qui ne féconde plus mais inonde. Ou plutôt: tout est pluie sous le cauchemar. Mais la lumière ne désire le rêve: le rêve la désire. Il est l'amante qui désire être dans son regard, derrière son regard, et danse, dans la distance, dans la pupille, dans sa clarté, pour qu'elle sache qu'elle ne peut être ni naître sans elle. La Danubienne est à la fois noire et promise. Parce que Nubienne, parce que nubile. La Hongroise est celle que l'on croise. Elle est à la fois Hune et Magyare, venue de l'est toujours. Sept tribus descendues de la Volga: les Magyars. L'impression d'une longue histoire parce que le visage semble être ce qu'il était il y a des siècles: il est donc le miroir qui ne change jamais, ne renvoyant que l'image du changement à lui-même. De la tendresse, de l'abandon, de la méfiance, de la colère. Profondeur des yeux, attente, lassitude, attente. De l'encre. Comme une plénitude dans la chair, la solitude dans la prunelle et l'horizon. Plaine et fleuve: s'épanouir en elle, s'évanouir en lui. Hongroise où se croisent les flux: creuset entre la croix et le croissant, alchimique athanor d'où s'élève parfois une merveille. Non parfaite: l' imparfait désigne l'infini: la vie. Le parfait est l'esprit qui parle de sa mort. La langueur. L'ennui est l'illusion des sens quand rien de vrai ne s'offre. Ne rien tenter parfois est refuser de se laisser tenter. Divine indifférence. Imperfection. Il y a aussi dans le mot un empire en train de se faire, un fleuve en train de couler.

 


Thermes

 

Budapest, ville de thermes. Le terme dit la fin. Celle qu’on cherche dans la plongée, qui avec la Renaissance, qui avec l’anéantissement, lequel rien ne trouvera. Les thermes offrent à ceux qui s’offrent à eux l’eau et le feu mariés. Double baptême. L’une baptise, l’autre attise, tous deux donnent à l’instant l’appel de l’infini océanique, du désert où la vue se perd pour que la vision se gagne. Le corps, le cœur l’esprit trouvent là leurs limites : seul le vide les renvoie, humiliés, illuminés, à eux-mêmes. Nul feu sans sacrifice. Nulle scarification en satisfaction à celui qui vient pour libérer ou retourne à la roue : la flamme : âme, amante, parèdre dansante sacrée du feu secret n’est depuis lui et pour lui apparence – et appât pour tout autre – qu’en vaste et dévastatrice incendiaire. Où vit, d’où vient le feu ? Qui le sait hors les flammes ? Elle veulent le tout de toi pour te donner à voir avant, pendant, après le saut et le bûcher.

Il y a dans les thermes l’appel de la matrice et le rappel de ce qui fut depuis le feu. Et la ressouvenance de l’au delà douloureux à venir à celui qui le craint, toujours présent en nous. Le feu et l’eau unis, le souffle se délivre et délivre le temple. La poussière se reconnaît poussière d’étoile dans le soupir brûlant, le brouillard qui imite – initie son témoin – les nébuleuses premières. Le corps qui sue sait ce qu’il sut un jour, qui le cherche à jamais car le temps ne coule pas. Dans les larmes qui jaillissent, appelant toutes eaux à l’océan, tu peux te refléter.

 

 

Arts décoratifs

 

 

Le musée des arts décoratifs de Budapest éblouit par ses voûtes, ses volutes envoûtantes, ses courbes, ses colonnes tendres, son verre, son fer forgé gorgé de feu, de cendre, d’attention, d’intention, ses globes retenus par un fil, idéaliste iris au plus haut de l ’envol, les marches tourbillonnantes de son grand escalier, ses cieux, les balcons de nues que franchit l’âme libre, vers la source de vie, de vue et d’éblouissement.  Mais surtout parce que tout y est blanc. Dehors toutes les couleurs sont émanées. Dedans, elles sont toutes immanentes, hormis la coupole multicolore, comme un iris au centre du blanc de l’oeil. Et toutes les lignes sont en quête de savoir qui elles sont, d’où ce point dont elles fusèrent fut lui-même d’abord.

Le temps tourne, coule dit-on, mais s’il est roue, s’il est semblable à l’eau, alors il reviendra. Notre tort est de croire que l’avenir est futur. Ce n’est vrai qu’ici-bas. Remonter à la source, au glacier, à l’orage, c’est voir venir la crue qui gonflera le fleuve. Aussi nos actes se chargent ou se changent en amont où nos rêves les fondent dans le brouillard des yeux de chair, dans la pleine conscience du désir.

Le blanc nous semble l’aube, la toile immaculée pour concevoir nos vies, rien n’est plus illusoire. Le blanc est somme et synthèse de toutes les couleurs du jour, lequel est déjà écoulé dans le noir de la nuit qui a tout dit, à celui qui sait lire les étoiles et se souvient de ses rêves. L’aube est première, mais la nuit la précède. Il en est ainsi à l’échelle des ères. Si le lait est la matière première des mondes, selon l’Inde qui a la mémoire des éléphants, des enfants et des sages, c’est que le grand rêve de Vishnou s’est achevé avant dans l’invisible qui se réalise depuis le blanc liquide vers l’âge noir. Comment sait-on à voir la page, la pièce, l’aube blanche, que tout est possible ? Parce que tout est en elle peut-être comme l’œuvre est dans le marbre.

Le mythe indien nous parle du barattage de l’océan de lait. Voie lactée. Un mythe qui exige qu’on le médite encore et encore, comme la Genèse l’exige aussi. Un même animal les relie d’ailleurs, que sa forme destine à relier les opposés: le serpent. C’est sur lui que tirèrent cinquante-quatre dieux contre cinquante-quatre démons, si l’on en croit Angkor. Cent-huit êtres surnaturels- qui étaient alors toute la nature – un reptile, du lait et rien qui n’en soit pas issu. La Genèse nous peint  une autre dualité, et un autre serpent entre l’homme et la femme, et le début de l’histoire qui sort du temps immobile de l’Eden. Comme si la complicité de tous était indispensable pour que tout se manifeste. Voilà ce que nous sommes à en croire les récits originels. Au commencement, l’esprit de Dieu et de Brahmâ  planait au-dessus de l’eau. Au commencement, il n’y avait qu’un océan de lait. Mais quand la mer s’agite, que le vent souffle, alors naissent les vagues et l’écume de lait de ce barattage. L’air donne corps et âme et ailes à ce que la gravité soumettait pleinement. Le lait danse, les apsaras apparaissent, paresseuses sans les gandharvas musiciens qui les émeuvent. Des origines aux gynécées, par la génisse initiatrice, le lait est la boisson des premiers jours et son blanc témoigne encore qu’il contient tout ce que porte la mère dont le sein pleine lune veille sur la nuit de l’amour endormi.

 

 

 

Maison de la terreur

 

Art socialiste. Les modèles des citoyens socialistes comme des damnés de l’Enfer : marteau à la main comme un énorme Sisyphe rouge condamné jour après jour à soulever le poids de l’absurde officiel. Il suffit souvent de quelques « pourquoi ? » de plus, de trop, d’un regard qui soutient les mythes historiques, le passage de l’histoire et la mémoire qui se souvient, pour dévoiler toutes les dictatures.

La division de la Hongrie à Trianon en 1919 l’empêcha de devenir un grand pays et permit à l’URSS de l’annexer avec la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Diviser pour régner. Les pays européens le savaient-ils ?

 

 

Bergen Belsen, camps

 

 « Elle t’aimera », « le maître », « il trimera », « ta mère », « amère » et beaucoup d’autres mots peuvent être lus,  écrits dans « la matière » Notre matière, celle de nos corps, de nos vies,  est ce que nous voudrons en faire, mais elle est d’abord faite d’étoiles et de beaucoup d’espace, et d’un grand océan primordial, dont nos larmes témoignent. Les corps décharnés des détenus de Bergen Belsen ne cachant plus leur squelette, mais leur squelette continue de cacher son origine. Les têtes des morts semblent toujours sourire : parce que  la mort triomphe, ou parce qu’elle n’existe pas ? Combien pèse un soupir ? Une vie. Qu’est-ce qui soutient le corps ? Le souffle. Qu’est-ce qui soutient le souffle ? L’esprit épris de lui.

 

 

Hitler

 

J’écoute la voix d’Hitler, il y a comme un démon fou à l’intérieur de lui, qui serait l’incarnation de la rage. Pourquoi les gens ne le voyaient, ne l’entendaient-ils pas ? C’était la rage offerte du Führer contre le mirage du peuple. Mirage des grands soirs,  des lendemain qui chantent alors qu’aujourd’hui hurle et prépare des gorges aphones.

 

 

Depuis la citadelle

 

Le Danube a laissé dans ses limons aurifères des paillettes et des pépites qu’on contemple sur ses berges depuis la citadelle. Il y a le Mont Gellert, mot dont la racine signifie « vieux », et il y a la plaine magyare, dont l’étymologie évoque « ma », la mère. Ainsi Budapest est-elle comme au berceau des hanches maternelles, veillée par la montagne du père.

 

 

 

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Statues KO

 

Gisant dans le parc des statues, la scène de la rencontre entre soldats soviétiques et peuple hongrois. La fresque s’est brisée et reste étendue sur l’herbe verte de ce 28 avril. Après-demain, premier mai, ancienne fête celte de la nature et fête du travail, son antithèse. Les mains du soldat et du citoyen sont séparée par la rupture du temps, et l’herbe pousse entre elles. Comme une cicatrisation, une réconciliation outre-tombe. L’âpre vie ici-bas, puis l’après vie dont la paix de la pierre claire et du vert sous ce ciel bleu où un vent vaste et serein fait passer des nuages très blancs. Il a plu dans la nuit et l’eau fait comme des bénitiers entre les reliefs au fond desquels sont des graviers. Et cela signifie que tout ce monde rouge et minéral, abominable de métal, était un rêve auquel certains voulurent croire et que presque tous durent vivre. Etrange certitude que cette servitude des peuples en larmes soumis par des peuples en armes, tous deux finalement victimes d’eux-mêmes, s’est affranchie comme s’est brisée cette dalle devant moi. Toutes les statues du parc sont debout hormis celle-ci. Celle des humbles, humiliés au plein sens du terme car rendus aujourd’hui à l’humus qui panse leurs plaies par des herbes couleur d’espoir, des pissenlits, des fleurs blanches, des fleurs mauves comme les saintes femmes firent du corps du Christ, d’abord exposé puis porté au tombeau. Le sourire des visages de ces bas-reliefs était terrible, il y  a vingt ans encore,  car il disait l’illusion de la libération magyare par les soviétiques, à laquelle il fallait que le monde crût. Ce sourire dit aujourd’hui que tout cela est fini, que ne peut durer longtemps un esprit qui ne tend vers la vie. L’homme est un rêve de poussière entre deux vertes éternités terrestres, songe de lumière dans l’espace infini.

 

 

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         Eglise Saint Nicolas, Prague, 2003, photo dr François-Marie Périer

 

 


 

Prague Prague

 

 

Vienne

 

 Le Baroque atteint quelque chose à Vienne. La pierre se pare de tant de blanc, se sépare de tant d'elle-même, que les demeures, les palais, les églises paraissent s'offrir là sous la cascade d'un voile de mariée qui les sacre et leur donne la distance et la grâce, le don lui-même de son éclat à tous ceux qui reçoivent la vision de l'épouse.

Pas d'illusion: la promise n'est que promesse: celle de la matière que seul le Ciel tiendra. ainsi est la beauté. Vienne séduit, attire, entraîne, repousse, épuise. Vienne tourne, dit tout et étourdit: et valse et grande roue, elle enseigne le cycle: Vienne pour que l'on se souvienne. Pourtant elle offre tout ce qui rend doux l'oubli: Vienne prépare, affine, sert comme elle sert ses cafés, ses douceurs et ses vins, ses valses et ses façades, mille filtres d'oubli qui sont en même temps autant de mains tendues, de clin d’œil, d'ouvertures.

Parce que Vienne fut figure de proue de Rome face aux barbares antiques, face aux turcs du croissant, puis face à la faucille russe, elle croit, en elle-même, à la valeur des mœurs et mythes qui la soutiennent. L'ivresse est belle, subtile, gaie. Tout est parfait en ce monde où l'homme s'accorde à l'homme. ais la Vienne des cours ignore le véritable vol de l'âme, l'élan salvateur, le grand vent.

 

 

MAK

 

Se crever les yeux sur la transparence. Se prendre, se perdre au jeu des formes. Ou bien laisser sa vue et sa vie au profane pour entrer, les yeux crevés, les yeux ouverts, dans le grand rêve?

 

 

Art nouveau, Baiser

 

Fin des empires. Le Beau éclate en coucher de soleil, dit le sens: l'amour, la mort, le mystère des formes mêlées, l'espoir, l'innocence salvatrice, l'émerveillement enfant. Rien n'apparaît quand on s'éloigne. Tout disparaît quand on s'approche. Tout est illusion entre eux deux. Qu'est-ce que la vie et qu'est-ce que l'art? Klimt dit la femme pour la forme. Comprendre la seconde par la première, c'est tout comprendre. Lorsque la terre quitte les rois comme la chair les os, damnation ou délivrance. Klimt a gardé le sens de l'or: des siècles où le rêve de quelques uns suffisait à commander les éléments, à métamorphoses les ténèbres de la terre en coupes de lumière, les forêts en caprices de mobiliers, les roches et le sol en éblouissement de chromes inouïs, la fibre des plantes en manteaux de gloire.

Bien sur, rien n'est plus vain que ça. Mais rien non plus ne laisse deviner autant ce que peut-être un art qui va bien au-delà, né, non pas du désir et de la vanité, mais de l'infusion du vrai souffle en l'esprit et les formes.

 

 

 

Œdipe et Bouddha

 

Dans cette ville de Freud, Vienne où vécut ma mère, je décide d’aller à l’opéra et j’assiste, depuis les places à deux sous qu’elle fréquentait il y a quarante ans, à une œuvre en français, ma langue : Œdipe ! Son destin a des similitudes avec celui de Bouddha : fils de roi, on voulut les empêcher d’accomplir leur destin, ils s’opposèrent au père, ils trouvèrent la réponse au mal pour sauver les hommes, l’un se creva les yeux, l’autre les ouvrit à jamais. Œdipe fut attaché à un arbre, Bouddha connut l’Eveil sous un figuier. Œdipe eut les pieds gonflés, ceux du Bouddhas étaient sacrés.

Dans cet opéra français, Œdipe est indécis, tourmenté, errant, coupable. Ainsi peut-on reconnaître les signes de ceux qui ont durement ce complexe. Quelques phrases du spectacle : « J’étais déjà coupable avant de voir le jour. » dit Œdipe. Ainsi sont ceux qu’attendent des parents névrosés. « Tout est soumis au destin » dit la sphinge, sauf l’homme dit Œdipe. Illusion de l’omnipuissance de l’enfant ? vérité première ensuite oubliée ? La sphinge rit et disparaît, vaincue ou satisfaite de l’aveuglement d’Œdipe qui sera en tous cas rattrapé par son destin ?

 


Harpes


Deux arbres à gauche de l’orchestre à l’opéra. Beauté absolue de ces instruments. Miracle que leur forme et leur son soit venu jusqu’à nous, présence intacte de l’antiquité ici et maintenant, voyage dans le temple pour qui se fond dans leur musique.

 

 

Opéra

L’homme se donne à voir à lui-même. Comme le rêve. Comme disait Jung dans cette ville : le rêveur est l’écrivain, le metteur en scène, l’acteur, le spectateur de son rêve. Il se donne à voir à lui-même et se doit de s’interpréter après s’être prêté au rêve. Curieuse ruse de la déraison pour passer outre la raison : le symbole est ce simple d’esprit ou cette colombe voyageuse qui passe les barrages que le moi met à l’océan de l’inconscient collectif, pour remettre le message de l’autre côté, sur les terres fermes de l’acceptable. Dans l’écriture, l’homme ne sait pas forcément ce qu’il écrit, ce que son inconscient ou celui de l’espèce veut qu’il mette à jour. Une fois son œuvre écrite, il lui donnera un sens, mais un autre, beaucoup d’autres sens lui échappent.

 

 

Leopold Museum. Klimt, étang tranquille

 

Reflet de quelques arbres et de ciel à la surface de l’étang. Il suffit d’un fil d’eau pour donner l’illusion de la profondeur infinie des mers… si le fondsous l’onde est sombre. Il en est ainsi de nous qui croyons à l’espace du monde alors qu’il n’est qu’un film à deux dimensions. Seule la projection de notre pensée sur cette mince pellicule fait exister cette « réalité tridimensionnelle. » Comme l’image qui a impressionné la pellicule ne prend de réalité que par la lumière du projecteur.

Autre tableau : « Attersee ». Où Klimt va-t-il chercher la tendresse, l’espace, la clarté de ses œuvres ? Aucun corps, aucune œuvre ne résiste à la plongée de l’œil dans la structure de sa matière. Mais l’œil n’y résiste pas non plus. Et l’esprit qui a plongé ne réssite pas plus à l’abstraction où il se connaît ultime et premier, mais ne connaît que lui et donc ne connaît rien et ne connaît personne. C’est pourquoi – c’est pour toi, c’est pour moi – il se quitte un instant et se quête éternellement. Encore le reflet : l’homme qui plonge brise son image avec le sortilège, connaît le fond mais ignore sa propre forme.

Dans « La vie et la mort », les vivants ont les yeux fermés, la mort les yeux crevés. Seuls ceux qui les contemplent – nous, public – ont les yeux ouverts… et une jeune fille du tableau aussi qui regarde le squelette avec un douceur, une compassion sans limite, comme est sans limite le bleu de ses iris, lyriques. On dirait que du ciel en coule sur la terre de ses pommettes, et que ses lèvres saignent un peu. Et son visage s’incline en symétrie à celui de la mort. Quand on s’approche on voit de la peinture brute, épaisse, étalée à grand traits. La matière. Nous sommes aussi ainsi : chair, sang, lymphe, humeurs, excréments. Mais il y a autant d’illusion à ne pas le voir qu’à ne voir que ça. Qui prend de la distance peut savoir que tout danse. Dans les astres et les atomes. La tristesse n’est jamais longtemps amour si elle n’est révolte appelée par un rêve qui veut être réalisé.

Dans le tableau de Klimt, la partie de « la vie » est une cascade de grâce. Très peu de rouge. Le rouge est accompli, absolu, il ne laisse pas de marge de progression ici-bas. Après, c’est le métaphysique. L’art Sécession a pu être parce qu’il a refusé l’art concession. La matière épaisse, celle qui se tend et met la chair à nue, est celle qui offre le plus : nos yeux, nos sexes. Si on les regarde profondément, on peut s’en effrayer, car ce sont des portes et on sait qu’elles ouvrent sur bien des inconnus et sur beaucoup de choses que nous supposons. Le sexe, l’amour physique, point de rencontre où nous sommes propulsés par l’amour métaphysique, l‘émotion, le plaisir, comme si la pluie en touchant terre se transformait en flammes. Sentiment qui prend corps, à proprement parler, et corps qui prend plaisir, et voyage de l’âme de la contemplation esthétique à la dépossession extatique. Ce n’est qu’en me donnant complètement à l’autre que j’ai une chance de m’appartenir. Il y a dans « la vie » et souvent ailleurs chez Klimt, quelque chose, la présence d’un paon. Parce que les œuvres de Klimt se veulent totales comme la roue du paon, elles sont aussi létales. Et la mort à gauche est peinte de noir, de violet et de bleu outre-mer. Tons du départ, du deuil et de l’ailleurs. L’ultraviolet habite la lumière et le trou noir l’aspire - pupille. Ici, pas de femme fatale parce qu’appelant l’homme par la mort à la régression fœtale.  Mais la grâce que mendie l’homme est la grâce du choix car elle lui donne tout : que sera-t-il prêt à faire pour qu’elle ne le quitte plus, qu’il ne la quête plus ? On demande grâce quand on veut «échapper à la mort ou à la vie trop dure. Le coup de grâce, qu’on implore, c’est la fin. Comment sait-on que les morts ne souffrent plus ? Qui est revenu nous le dire ? L’immobilité des cadavres signifie-t-elle la fin de la douleur ? Ou savons-nous depuis toujours que ce corps est le lieu de la souffrance… de l’esprit puisque celui-ci libéré ne souffrira plus sans cesser d’être pour autant. Cela pourrait suffire à prouver l’immortalité de la conscience en nous.

La glace fond et c’est la grâce. Hiver, printemps. La matière n’est que symbole, mais elle est symbole, donc sacrée par ce qu’elle peut désigner et qui n’est plus matière.

 

 

Femmes fatales

 

Les femmes fatales de Klimt ont influencé les images des femmes autrichiennes de la publicité : sensualité, dangerosité, elles semblent coupantes comme du verre ou au contraire issues d’un rêve comme d’une brume du matin.

 

 

Central, Vienne

 

Le café. On oublie la métonymie - dire la partie pour l’ensemble - qui témoigne de la monotonie brisée par le breuvage. On entre dans le café, espace parallèle – on s’abstrait du monde qui coule au dehors, comme le café entre en nous. Il est à la fois le lieu et la boisson, mais le lieu se veut à l’image des rêves que promet la boisson, que l’homme se promet à travers lui : chaleur, effervescence, «élan, fièvre, espérance. Les rêves et les révolutions ont souvent commencé et fini dans les cafés, engendrés, enterrés par les mêmes hommes. Le café Central de Vienne est soutenu par de nombreux piliers de pierre. Peut-être quelques piliers de chair et d’os aussi… La colonne fascine l’homme. Elle est de ces formes qui fond le charme et l’âme des lieux.  Comme la cheminée ou la tapis. Archétype de l’axe du monde, immobile à plus forte raison quand tout tourbillonne, et les corps et les cris et les paroles et ce qu’on voit et boit. Le pilier accueille tout, antithèse de l’écueil qui se cache t déchire, il se montre et protège. Les piliers du Central ont la couleur des cafés crème qui sont servis ici, sertis dans la transparence du verre. Comme eux ils montent et se diffusent avec quelques couleurs. Vienne fait mousser la crème du lait et valser celle du beau monde  - et du moins beau aussi. Le baroque a des émulsions de schlague sur les façades des palais et des églises, et les cafés sont ici des sanctuaires où cette boisson est un peu la conjuration perpétuée du péril turc. Les ottomans dans leur retraite laissèrent des sacs de grains qu’un viennois reconnut. Le succès du café, des cafés, fut immédiat. Curieuse ironie de voir tant de travailleurs turcs dans cette cité qu’ils convoitèrent tant et où certains n’entrèrent que comme serviteurs aujourd’hui. Nietzsche disait : « A force de combattre le dragon, on devient dragon soit-même. » C’est un peu ce qu’a fait Vienne avec les turcs et le café, puis avec les nazis. Dernière terre de l’empire romain, marche de l’est de Charlemagne, rempart de la Chrétienté contre l’Islam, la ville incarne et pétrifie un peu l’Occident bien pensant. Mais le « ça », les pulsions de la nature aveugle,  pense malgré tout en elle. On est poste avancé d’une civilisation comme on est son surmoi dont l’ennemi, le barbare, l’infidèle, l’ombre sont l’inconscient. Où d’autre Freud pouvait-il professer et prophétiser en vain les démons de l’homme blanc qui frappaient à sa porte. Ce juif savait le poids du père, d’autant plus lorsque ce père est éternel, il devient dur le tuer, que ce soit Jéhovah ou le père de chair. Et quand la Mère est Vierge, il devient dur de l’épouser pour les chrétiens qui prirent le relais du culte et de la coulpe. Et quand le Fils est mort pour nos pêchés, alors à la faute originelle d’avoir désobéi au Père inique s’ajoute celle historique d’avoir tué son fils unique. Et le poids de ce Père-là sur un peuple ou un homme est si grand que la tentation l’est aussi de rester adorateur enfant obéissant ou adolescent rebelle retardé face à lui. S’il est un Dieu, il ne peut l’être en désirant cela et nous nous trouvons  face aux projections de quelques hommes auxquelles assistent quelques peuples. Vienne rejeta par trois fois les barbares de l’est et accueillit sans réfléchir ceux de l’ouest, s’unissant aux pires qui pouvaient la courtiser corps et âme, parce que les loups avait la peau blanche sous leur chemise brune. L’Anschluss résonne comme l’alliance d’une femme qui éconduit ses prétendants les uns après les autres pour s’abandonner à la bête qu’elle a nourrie dedans, jusqu’au moment où elle est prête à accueillir celle du dehors. Et bien sur Hitler naquit ici et y revint en vainqueur par les armes, conquérant ce qu’il avait échoué à séduire par les arts. Vénus - Vienne contient un peu cette déesse dans son nom et pas seulement dans son nom -  s’unit souvent à Mars. Ainsi Vienne et Berlin. Hitler était lui-même du signe du Taureau, régi par Vénus. L’équilibre entre les corps qui se désirent ou se déchirent est ténu à l’intérieur de l’homme.

 


Kabul

 

En me rendant à l’opéra de Vienne, je passe devant le magasin « Kaboul ». Art oriental. Emotion. Qu’est-ce qui fait le mystère qui rend fou de cet art et ces terres ? Un silence, une musique, une promesse de tout révéler ce dont sont fait l’homme et ce monde. Argent, encens, pierres, Bouddhas inaccessibles offerts à tous. On dépense sans compter depuis des siècles pour ces symboles comme pour l’opium ou la soie, sans penser qu’il faut les oublier aussitôt ou méditer une vie entière sur eux pour garder vivant leur rêve qui nous garde vivants. Toutes les contrées du monde seront toujours des enfants s’émerveillant auprès de l’Inde et l’Inde sera toujours une mère auprès d’eux, veillante et merveilleuse.

 

 

Reflets

Beaucoup de toiles sont ici recouvertes d’une vitre. Le visiteur s’y reflète au lieu de laisser la toile se refléter en lui. C’est ce qu’il advient dans la vie tout entière où on ne voit que soi quand on croit regarder l’autre ou l’ailleurs.

 

Sphinges

 

Sphinges devant le palais du Belvédère et Vienne au-delà, comme devant Thèbes. Et le visiteur comme Œdipe devant elles dans la cité de Freud Fut-il inconsciemment influencé par ces images?

 

 

Baiser

 

Sécession. Délier les liens de l’académisme. Se relier au grand rêve d’un art total, non seulement incluant tous les arts, mais incluant tout l’art à l’intérieur de lui-même. Contre les gardiens du temple et les grands prêtres. Les personnages de Klimt ont les yeux fermés ou baissés parce qu’ils vivent un rêve, que l’artiste a vu ou vécu avec eux. Si nous – le public – le voyons les yeux ouverts, ils en vivent le frémissement dans leur corps de rêve, les yeux fermés. Klimt revient au Beau et dit qu’il n’est rien de trop beau pour ce qui doit dire le Bien, le Vrai, comme on brûle tout pour entretenir le feu qui entretient la vie qui entretient la quête d’une autre vie qui n’ait plus besoin de ce feu-là.

 

 

Espéranto

 

Le bruit de la mer, le goût de tes lèvres, les tableaux de Klimt ne se traduisent pas, pas plus qu’ils ne se trahissent. Parce qu’ils parlent depuis l’universel et vers l’universel à tous les hommes.

 


Fureur pour (A)ryens

 

L’illusion nietzschéenne et l’illusion aryenne c’est croire que la force ou la forme physique, l’énergie vitale peuvent être la solution à la question du sens, par le beau, le bien, le vrai. Cette solution qui amène à la « solution finale du problème juif ». Sur cette place de Salzbourg, devant l’église Saint-André, passe une femme jeune et belle, nos regards se croisent, elle baisse la tête. Soumission ? Peur ? Ressentiment ? Non. Dans les valeurs chrétiennes d’humilité, de pardon, il y a l’intuition de cette énergie et vérité en nous qui est nous-mêmes et autre que nous-mêmes, et qui sait et qui peut beaucoup plus que toute notre fierté et énergie physique. Et il y a son attente dans l’abandon de ce qui nous occupe et nous leurre. C ‘est ce qu’ont tant de mal à comprendre ces peuples qui sont attachés à l’âge d’or où l’homme était le fils de la nature lui offrant vigueur et certitude. Et c’est du mal à devenir adulte et à se relier à l’esprit dont la face est semblable au soleil qui rend inutile tous les feux que nous pouvons allumer.

 

Vienne et ses peuples

Peuples soumis de l’empire austro-hongrois, qui voulurent tuer le père autrichien, François-Joseph. Freud et Œdipe : tuer le père et épouser la mère. Sainte Mère Russie soviétique, épousée malgré eux. Et le pouvoir impérial autrichien tenta de gouverner jusqu’au bout, exacerbant la crise qui couvait en Bohème, Hongrie, Serbie… Comme Don Giovanni tua le père – j’entends en cet instant l’air de Donna Anna – sans pouvoir assouvir son désir de toutes les femmes, c’est à dire celui de la seule qu’il n’aura plus : sa mère. La Sécession de l’art précéda la sécession des peuples, car les choses adviennent, à Vienne comme ailleurs, d’abord en rêve. Le pouvoir patriarcal avait joué son rôle jusqu’au bout, les peuples jouèrent aussi le leur et dans cette tension entre les opposés passait la créativité, l’effervescence électrique de Vienne au tournant des siècles. L’art et l’esprit faisaient leur creuset là où l’Empire creusait sa tombe. La bonne bedaine blanche qu’évoque le beau Danube bleu ne suscitait que le ressentiment du ventre creux de Vienne la rouge, miséreuse et mi-heureuse. 

 

 

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