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        Clonmacnoise, Irlande, 2000, photo dr François-Marie Périer

 

 

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Irlande

 

 

 

         Mardi 15 août, Galway.

 

 

         Sommet-beauté-ciel.

 

         Assomption, Ascension. Les cygnes sont partout - blanc pur dans l'or du soir. Eau brune aux rides calmes. Ciel ouvert, mer ouverte. Les signes sont partout, sacrés dans la lumière. Il n'est d'acte échappant aux ailes de la Loi quand la porte est poussée, d'en haut, d'en bas. Au cœur du Connemara, nous avons gravi cet après-midi un sommet: Diamond Hill? Peu importe.

Très vite, nous prenons de la hauteur. Une terrasse verte. Une pierre levée, droite, élevée ou debout? Fière.  La plaine apparaît, s'offre, se révèle et aime à s'étendre au regard. Verte, brune, sertie de lacs généreux. c'est la terre. Sous le ciel. Sous les pieds, avec l'eau. Connemara. Où est le feu? Est ce-que tout s'éteint ici? Est ce que tout s'est teint ici du vert? Celui des origines, celui des fins de monde. Le feu a brûlé ici. Plus qu'en de nombreux lieux. cette lande fut celle des brasiers sans limite allumés par les hommes s'aliénant à la terre. Mais elle n'est plus qu'eau et vent. l'un et l'autre mêlés, ils n'ont cessé d'éteindre toute illusion de feu. Pourtant voilà la tourbe: bois, terre, eau. Avec elle le feu de tout un peuple, dans les âtres, et la lumière aussi. Pourtant, quand on y marche, c'est un cœur qui ne peut plus se gonfler de larmes de voir le ciel passer peut-être vers sa mission sans fin. Diamond hill. Nous montons, ou est-ce Golgotha? Assomption. Marie ou bien Myriam? Nous avons passé Ma'am cross? Nous repasserons Ma'am cross. Il faut comprendre. Nous comprendrons. Croix de Marie. Voilà le Christ suant et montant vers les cieux. Il n’est terre plus noire, il n'est boue plus profonde, que l’œil ne sonde, s'il est du monde.

Voilà. La terre du Connemara n'est pas terre mais taire. Silence, des larmes qui saturent le cœur de la Mère. Connemara, cœur de Marie; Un cœur vert que la chair ne couvre  plus, comme le bois. Un cœur à ciel ouvert pour que l'homme y contemple la compassion suprême face à la Passion de l'Homme. Un cœur lavé à tout jamais dans le fleuve d'amour qui roule des sanglots et ne peut qu'emporter, tout, vers l'océan ultime. Un cœur où s'est éteint tout désir ici-bas. Un cœur qui s'est brisé, un cœur qui s'est fait braise et flamme dans les flots, les larmes. Un cœur qui s'est fait femme, plus qu'aucune autre femme. Un cœur qui brûle et chauffe tout un peuple dont les yeux sont de ciel, la peau une aube aux étoiles encore là, chaque tête un soleil. Nous montons. Il n'est terre plus noire et brillant sans soleil. Les fleurs violette ont des tiges courtes et fortes que notre pas n'altère, que le vent ne veut prendre. Vers le sommet, trois pierres. Mon oeil se fige. Parfaitement alignées et comme plantées là par un druide inspiré. Sous elle, vide et souffle. Tout l'Occident jusqu'à l'Orient. Calavaire, encore? Au sud, des monts encore,. Mythe et lointain.

J'avais perdu le sens, la sensation du sommet. Et qu'est-il sinon quête, du Ciel. Monter, lever les bras, être croix, n'être plus qu'un homme dans le ciel, mais n'être plus qu'Homme et Ciel. Souffle, encore, car Il n'est que cela.

Assomption. Beauté. Le soir tombe à Galway. Je descends la rue où des notes s'allument sous les doigts musiciens comme des feux du soir. Ma'am cross. Croisement. Une rue vers la mer, l'Océan, l'autre vers la lumière d'une place trop quelconque.  Les gens se tournent. Elle est là. Le reste tombe; regard au loin. Sourire. Elle se sait belle. Au cœur du triskèle de rues, elle est, et semble attendre. Ce qui est attendu chez les autres est lumière, silence, paix. La rue descend vers la lumière encore. Un soleil glorieux regarde le monde lui tourner le dos dans la nuit qui commence. L'eau semble un métal en fusion. Des cygnes entre deux infinis, posés. Entre les Eaux, et puis les Cieux. des signes entre deux mondes, toujours.

Telle était cette femme. Madonne, descendue entre deux rues, entre deux vies. L'après-midi m'avait offert une statue couleur colombe de la mère de Dieu. La mère de Dieu. La mère de Dieu. Toute femme est la mère de Dieu. Le soir m'offre, aprés la pierre, la chair qui n'est pas chair de cette femme. Ma'am cross. Marie et la croix.  Marie à la croix. Cygnes et signes. La croix est en nous. Crucifixion, Ascension, Assomption. Cygnes, femmes, Madonne, sous le vent et les Anges, et l'océan des larmes fait le tour de la terre, qu'il scelle dans le sel.

 

 

 

Galway

 

Go away. Au terme de la route partie de l'Orient, portée sur une voie d'or, et portée sur la voie depuis l'Inde à l'Europe jusqu' à l'océan, go away. Va t'en avec le vent dans l'esprit et les vagues dans l'âme, puis laisse-les tous deux et ton corps sur la grève avec, pour n'être rien au monde, pour naître, riant au monde, Nouveau, au-delà d'Occident, vers une autre Inde, rouge.

Dans les rues de Galway, la vie. Il faut qu'elle jouisse d'elle-même et d'abord par le son d'une corde qui semble tendue là et toujours prête à rendre fou celle ou celui, celtes, qui s'ouvrent au souffle incessant qui possède la ville et la vie, que possèdent et la vie et la ville et ceux-là.

Perles aux doigts, aux cheveux, dans les yeux, partout chants, lèvres et pupilles redressés vers les cieux, arrachés à la mort, sourires, embrasements, espoirs comme des mers à l'infini ouvertes dans les cœurs qui se gonflent et qui lèvent le voile et puis lèvent la voile. Le crépuscule tombe comme une main descend, t'appelant à monter, comme une fièvre brûle le mal de l'âme froide, comme une larme bleue de l'encre de la nuit pour noyer à jamais tout l'ennui de ton ancre, ton ancre d'amarrage, d'amertume et de rage. L'amour, la liberté, la joie, la pauvreté, ouverts aux quatre vents, c'est l'île de ton cœur, écarlate et brûlante, ici, pourtant ailleurs, ailleurs land, Ire land, terre d'ire où aller, de colère jamais, contre la terre verte.

L'Irlande contient l'Inde, celle-ci la  pénètre, de la terre des Rishis à l'Irish land, c'est le même drapeau et c'est le même souffle qui l'anime et l'emmène au devant de ses hommes et c'est du même joug que tous deux s'affranchirent. L'orange du soleil à l'aube de l'Indus, s'abolissant là-bas dans l'océan enfin, vert. Le blanc du ciel de l’œil s'éblouissant soudain de l'éveil de l'iris, fils inouï de pupille, fille elle-même unique, ou épouse de l'étincelle unique ou ultime, leur étreinte les scelle. Des bûchers sur le fleuve à la tourbe des monts, le même feu te dit de regarder le ciel dans la fumée des choses, de regarder la terre dans les cendres des choses.

 

 


Dublin, jeudi 17 août 2000

                                              

Symboles.

 

         L'Irlande a paraît-il été le seul pays à n'avoir pas mené de guerre coloniale. Pas plus qu'elle ne fut conquise de Rome, pas plus qu'elle ne fit de martyr chrétien. A l’image de la tourbe, l'Irlande fait son sol et puis son feu de tout ce qui la foule, y prend racine, y vit et puis y meurt. A l'image du ciel confiant en son vent, elle laisse l'espace et tous les horizons à ceux qui la traversent. Gange, Indus, Shannon, Mississipi. Du premier monde à l'ancien et au nouveau, l'Irlande est l'île verte de tous les espoirs, ivre de tous les départs, où l'on plonge en la bière avec le mort joyeuse des lendemains qui chantent. L'Irlande ne semble pas avoir soif de pouvoir. Rome n'a pas ici posé ses serres, étourdi son néant dans des orgies tristes, diverti sa vanité dans des jeux inutiles. Prêtons-y attention: l'Irlande est le pays des morts et des naissances. Des saumons qui remontent les courants sans faiblesse, sinon en la mort même. Des cerfs dont les couronnes tombent et montent plus haut. Des phénix que le feu consume, les rendant immortels. Et l'eau, la terre, l'air, le feu, vivants dans les galops des chevaux et des harpes. Pas de clichés ici, des symboles vivants. Les trèfles et les triskèles rappellent les trois forces que les druides enseignaient: création, maintien, destruction, dans le vert toujours neuf de la vie éternelle.

   L'Irlande n'est pas née prédatrice, ne l'est pas devenue. Saumon sacré porteur de connaissance, Cernunnos enseignant la cervoise magique, Phénix mythe vivant témoin d'éternité, les trois mondes s'allient et se rallient en l'homme, lui parlant sans un mot des puissances invisibles, de la voie vers l'Ailleurs qui l'appelle par un seul nom: la paix avec la création.

Pas de dragon, de monstre des abysses ou de serpent, pas de lion ou d'aigle portés au bout des lances par des fous et des fièvres, mais le grand sacrifice silencieux pour les morts, l'agonie du saumon, la mort du cerf, le phénix qui s'embrase, le cheval qui se charge, pour que l'homme comprenne. La voie de la beauté. Il n'y a pas eu d'oubli, ici. Les mythes vivent encore malgré l'histoire, les orages d'eau ou de sang. Mythes celtiques, foi chrétienne. La lutte était celle de la mémoire: l'Irlande devait, l'Irlande voulait, garder son rêve, porte du vrai. Ce peuple qui l'affama, lui coupa la langue et lui brisa les doigts, n'a jamais réussi à lui crever les yeux, lui arracher le cœur. L'Irlande qui n'avait connu l'aigle romain se soumettait à l'agneau qui l'avait fait tomber, quand l'Angleterre depuis longtemps vaincue et soumise au premier, reniait le second. S'en remettre aux anglais, c'était la fin de la mission, le cœur cessant de battre.

De quels yeux les envahisseurs pouvaient-ils voir ces femmes aux cascades blondes ou rousses ou noires comme la tourbe, la lande ou l'or, aux yeux de ciel, aux sourires d'écume entre leurs lèvres vagues, et leurs corps ruisselants, insolents et solaires, dans la caresse puissante du vent, la bénédiction généreuse du ciel, l'hommage des arcs en ciel, le silence des montagnes, le soutien de la terre et le souffle immense de l'océan qui veille? Et pouvaient-ils entendre la prière des saints, la méditation des ages, le verbe des poètes? Tout cela était bien trop proche d'un age d'or qu'ils avaient perdu, qu'ils voulaient oublier quand il était encore vivant dans l'île verte. Harpe d'or sur fond noir. Des notes dans la nuit, des étoiles et un fond plus profond que la tombe. Bière et tourbière unis par le feu de la terre qui crépite et qui coule.

  J'apprends aujourd'hui que la Guinness est brassée au Niger. Il en partage la couleur, noire. Les grands destins sont marqués par les rayons, où que ceux qui les portent les emmènent et cherchent sans le vouloir toujours à les perdre à jamais... Et l'Irlande est vécue de noir, d'or et de sang comme il sied aux prophètes, aux rois et aux prêtresses, comme il sied aux poètes de les chanter aussi. Ainsi en remontant hier une rue de Galway, en était-il d'une harpiste... Parfaitement moulée de noir, sur des appels, sur des appeaux, éclairs ou chairs, éblouissants, de blanc. Et toujours la blondeur des reines et des sirènes, toujours le bleu des mers, des cieux, des pierres. L'Irlande, ailleurs land, lyre land. Dans l'archétype, il y a la harpe. Que l'homme comprenne dans son être ce que les mots comprennent dans leurs lettres. Et dans la harpe il y a le phare. Ainsi en était-il de cette muse musicienne, de cette reine et harpiste. Nulle sirène, nulle harpie et nul récif où s'abîmer... La harpe et la femme... Le mythe de la prison dorée, de l'enchantement pur, de l'appel impossible. des doigts qui savent la magie des sons, une âme plus loin que nos yeux ne vont, un corps plus beau que nos mots ne peuvent, des notes comme une pluie d'étoiles, comme des vagues irrésistibles auxquelles on se refuse pourtant pour le moment, et du miel brun sorti de fleurs que l'on ignore. Le vent est dans les cordes de la harpe. Dans celles aussi des gorges magiciennes aux sortilèges anciens. Les cordes de la harpe, barreaux d'une prison où elle est, où nous sommes? Où nous sommes tous deux? Où nous ne sommes pas? D'où nous devons la prendre, d'où nous devons partir? Voile qui tremble et vibre sans jamais se lever, portes du ciel ouvertes pour la nostalgie folle dont on ne peut guérir qu'en les poussant enfin, arc en ciel par les notes, la lumière et la forme, par l'air qui retient son souffle, par les larmes qui perlent sous nos yeux, dans nos yeux,  instrument de délice, instrument de torture pour le cœur qu'il étanche, et sature de langueur, de sanglots, de mélange de baume et d'amertume, pour lui qui se souvient que l'océan n'est rien à côté de ses vagues, de ses abîmes, de sa paix.

 

Ladies' view


La vue plonge doucement dans un envol calme et sans retour vers le lac au fond. Comme partout ici, la terre est entre ciel et eau. Ils n’ont de cesse de l'arracher à toute illusion de durée, comme un cœur tout entier voué au sang qui le parcourt, un poumon au souffle qui le traverse. Telle est la beauté de ce monde, le dernier que le soleil éclaire à l'Occident, avant le Nouveau, outre-mer, outre-tombe. Alors la terre est noire et promise à la flamme, alors le bois sera pour l'ailleurs des bateaux. Et tout se fond et glisse vers la vie plus profonde. Et la terre en allée dans les feux ou les flots embrase les poitrines et les visages blancs, meut des vagues nouvelles.

 


Connemara

 

Miroir de mort dans les sanglots du ciel. Les repères abolis abandonnent à la lande l'espace avec le temps des questions éternelles et la réponse du silence. Il semble que rien ici ne puisse apaiser les larmes et les soupirs de l'âme qui est sur le pays comme un visage sans repos.

En bas les hommes fuient la folie ou l'ennui, dans les pubs, ces pubis chauds, obscurs et humides où l'ivresse et le chant font oublier le temps qui passe et qui demeure le même à tout jamais. Ou bien, les yeux fixés sur les nues, sous la pluie et le vent, comme un autre soleil, ils laissent les tempêtes bouleverser le ciel, les couvrir d'eau et de ténèbres, les arc-en-ciel bénir de couleur leur pupille, l'aube monter dans la rosée glacée. Avec l'immensité, la profondeur gagne ceux-là. Evoquant irrésistiblement les druides et les saints, les poètes et les fées qui sacrèrent cette île, ils savent le silence et la parole d'or, élaborée dans l'ombre de leurs cœurs qui veillaient. On les croise parfois, porteurs d'un mystère qu’ils ne font eux-mêmes qu'entrevoir, comme un rêve revient par moments au réveil, une vague au rivage. Le visage sculpté par le temps qu'ils ont pris de scruter son errance sans jamais refuser tout leur être au grand jeu des illusions d'en haut.

 


Clonmacnoïs


 

La cité des morts celtes s'étend comme un grand corps dans le repos du vert posé comme un onguent sur la peau d'une femme. Terre sur laquelle ne pousse que le sacré dans la pierre et le vent. Comme les ruines, la mort est belle à qui lui laisse prendre ce qui lui appartient, à qui laisse partir la poussière des âges. Ni de toit, ni de porte, de reflet, de vitrail. Le ciel et les nuages à travers le portail. Parabole de pierre et quelques chapiteaux tenant sur des colonnes. Arc plein cintre, arc-en-ciel dont les couleurs n'ignorent que l'extinction suprême les appelle à la paix.

Le temps avec l'esprit ont soufflé sur les oeuvres des hommes, ont libéré l'essence de ce qu'ils élevèrent, et sur leurs lèvres, la parole, pour sa dissolution dans l'océan ou dans les cieux. La beauté qui étreint et ouvre ici toute âme est celle de l'envol et des cendres qui restent. Le bois, le verre, le feu et l'or, les chants, l'encens, et puis les hommes avec leurs livres sont retombés contre la terre. Eteints leurs feux, closes leurs paupières avec leurs pages. Avec l'espace qui là demeure, avec le temps qui là repose, il ne reste qu'un cœur qui bat en silence, qu'un poumon qui respire peut-être encore, qu'à comprendre en son sein la sublime défaite de l'illusion des hommes. Ouverte à tous les vents, la nef trouve le souffle, soumise à tous les temps, elle connaît le vain, les étoiles et l'extase.

Seule la croix est là, inaltérée. Comme un arbre inconnu surgi du fond des âges, rené du sacrifice. L'homme est enfin au centre de ce qui tourne et meurt, au cœur de l'âme même du monde.

 


Dublin, yeux

 


Un double-decker passe entre deux fleuves: Liffey et Guiness.

Des yeux de tourbe, des yeux qui coulent et qui troublent la vue, qui parlent du vent des landes et du feu dans les pierres. Comme un sanglot salé de l'océan touchant la grève, gonflant le cœur, abreuvant l'homme et appelant ses lèvres sur les siennes. Comme une encre laissée libre de révéler par ses traces obscures tout ce qui est écrit, ailleurs que dans les livres, par d'autres que les hommes -au delà des prunelles des femmes.

Comme la cendre témoigne du feu qui fut et pénètre la terre afin qu'elle respire et connaisse la sagesse du noir, le message de l'ombre féconde.

Tel est le sens, telle est l'épreuve, la preuve aussi, que la beauté approuve. Le mirage qui passe suscite des envols et des voyages qu'ignorent ceux qui ne savent jouir immobiles des chants qui montent du fond des eaux.

 


Ile des saints et des poètes.

 


L'île est ce lieu qui ne s'éloigne des autres terres que pour se faire plus proche des eaux, du vent et du soleil. Tels sont aussi les hommes qui se détachent de leurs semblables qui ne se veulent leurs semblables, de leurs prochains qui ne se veulent leurs prochains. Si l'Irlande est cette île des saints et des poètes, c'est qu' ils savent avec elle l'abandon aux grands vents, aux eaux d'en haut  qui écrasent et qui sacrent ceux qui ne les refusent, qui éprouvent et abreuvent la soif que rien ici-bas ne saurait étancher, qui laissent corps et âme comme après la tempête épuisés mais empreints d'un mystère nouveau qui brille dans leurs yeux qui ne se tournent plus.

 La nudité des landes aux forêts sacrifiées autrefois pour le bois des navires en quête de l'ailleurs, pour la terre des serfs en quête de survie, la nudité des landes est le dépouillement des âmes agenouillées qui attendent le coup avec la grâce, l'humiliation des certitudes avec l'extase de la vision. Rien ne doit demeurer qui s'oppose au contact avec la terre, avec le ciel.  L'Esprit souffle où il vente, où les voiles l'attendent. L'eau baptise où il pleut, là où les mains se tendent. La terre qu'ils élisent est si mêlée à eux qu'on y marche sur l'eau plutôt que sur le sol, que s'envoler parfois y semble plus aisé qu'avancer. Qui saurait allumer un feu où règnent vent et eaux? Pourtant, cette terre gorgée d'orages et de tempêtes est gardienne des flammes et chauffe tout un peuple. La tourbe est l’œuvre au noir, matrice du grand oeuvre, qui accueille le Verbe et attend de brûler. Le saint et le poète ont ceci de commun qu'ils refusent les chaînes d'or pour des liens invisibles qui les relient enfin à l'au-delà du sens, ou à l'absurde aussi. Quand ils ont transformé leur vie en un bûcher des illusions, éteint toutes les braises dans le déluge de leurs doutes, et dispersé les cendres encore humides dans le souffle qui monte des montagnes écroulées, il leur reste une terre désolée, solitaire et aride, digne d'une malédiction, traversée par des vents comme des esprits fous ne pouvant se poser, tant rien n'est demeuré. C'est alors que leur âme, cette  plaine promise aux larmes et à la mort comme une femme stérile, se découvre soudain terre promise à une vie plus grande et enceinte d'un feu qui doit illuminer et chauffer tous les hommes.

 


Famine


 

Les vents qui parcourent les landes évoquent parfois les âmes qui ne furent jamais rassasiées ni de pain, ni de justice lors de la grande famine. Les peuples qui souffrent en silence attirent. Est-ce par leur martyre, est-ce pour leur silence? On aurait tort de n'y voir qu'un beau geste facile de voyageur magnanime. Le souffle et la parole ne vivent que d'espace. Les terres que l'on brûle, les ventres que l'on creuse tendent leurs bras et leurs branches plus haut, se nourrissent des cendres et des doutes qu'on leur laisse et y puisent une vie plus vaste.

 


Saumon


 

Connaissance: naître avec. Le saumon est un des symboles du savoir absolu. Finnen faisait cuire un pour son maître lorsqu'il se brûla. il porta son doigt à sa bouche et reçut l'illumination. il lui suffisait par la suite de toucher une de ses dents pour avoir la réponse voulue.

Alors pourquoi le saumon? Le monde est le grand rêve que l'absolu fait de lui-même, dont chaque corps, de la galaxie à l'atome est une poussière d'or sous le plomb de nos paupières tristes. Cette poussière vole ou demeure en repos, mais toujours cèle en elle une clef du miracle sans fin en ses métamorphoses de l'univers. Telle la goutte qui fut une étincelle, tel l'océan qui fut un ciel qui fut soleil.

En la source le terme d'où tout fut. Où est l'espace dans le point? Où est le temps dans l'instant où ne s'étend encore la main qui révèle en sa paume trois fleuves qui disent tout ce qui est, sera et a été: vie, cœur, chance. Pourtant ces fleuves dans le poing de ténèbres telle la Parole dans le rouleau, ont déjà jailli, traversé le roc et les gorges, inondé les plaines, connu l'extase dans le delta de la déesse. Tout fut rêvé dans cette nuit que les doigts et les dieux nous cachent et puis nous semblent effacer dans le jour qui l'écrit de lumière.

Le saumon est le rêve de l'âme à la recherche d'elle-même. Il naquit à la source douce, claire, bouillonnante où chaque goutte est un diamant, où le son n'a de cesse de terrifier et de bercer en la même voix ce qui sort de son sein. Il partit vers la mer en se laissant descendre le long de la rivière, ce rayon de lumière, comme on suit une enfance portée par un élan vital qui jamais ne s'épuise. Il vécut là quelques années. Et puis un jour l'appel de la source, la nostalgie des origines. Les poissons: dernier signe du zodiaque, fin du cycle. Le saumon est dans le mythe celte le dernier voyage de la métempsycose. Alors il faut remonter le courant qui tout emporte par des élans sans cesse vers le ciel pour que la force qui éloigne du mystère de l'origine n'ait de prise sur le corps. Le saumon jeûne et vole, ne comptant que sur ses réserves pour accomplir le grand voyage, brûle jour après jour sa graisse dans l'extase folle de ses sauts, comme en sacrifice à un dieu génésique. Il reconquiert les chutes par lesquelles ils s'en fut vers la mer au printemps de sa vie, le long desquelles veillent des prédateurs aux griffes et aux yeux sans pitié qui attendent qu'il soit impuissant à franchir le torrent pour se nourrir de son rêve avorté par sa chair apporté. Tout au long de l'épreuve, cette chair est guidée par un parfum: celui de la route qui mène au lieu premier: le souffle: filet d'air et fil d'Ariane guidant la voie. Et cette chair se teinte chaque jour davantage de rouge, comme la peau s'en va avec l'eau qui la brûle. Les saumons qui parviennent à sauter les abîmes, résister à la glace des flots, à la griffe des monstres, et ceux qui ne meurent pas contre les murs que l'homme a mis sur son chemin dans l'épuisement de qui préfère la mort à l'exil de soi-même, parviennent au soir sublime de l'orient de leur être de la couleur de l'astre qui descend vers la nuit. Dans l'eau si peu profonde, si transparente qu'on ignore comment elle peut engendrer ses torrents et ses fleuves, le saumon s'abandonne à l'amour dans la dernière union d'ou la vie à nouveau partira en quête d'elle-même.

 

 

 


  Bretagnes Bretagnes

 

 

 

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         Le Holy Thorn, acacia né selon la légende du baton de Josephe d'Arimathie à Glastonbury, Somerset, Angleterre.

         photo dr François-Marie Périer 2010

 

 

 

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Occident, Pointe du Raz


 

Il faut bien que tout casse et tout lasse et tout cesse et que finisse la terre. La route semble ici un geste dérisoire et sublime, une parole aimant leur propre abîme et leur propre silence là vers l'ailleurs, et les portant au terme.

Rien ne s'élève plus dans l'illusion de l'être, aux rives du voyage poursuivi sans désir vers le feu de la fin.

L'or vivant est brûlant, toujours et qui l'aime et le suit l'est, ailé à jamais et à jamais brûlé, dans les feux de l'âme en, les flammes de l'amante.

C'est l'étincelle immense, essence de lui, seule, de l'hymen au linceul, le lin seul l'y mène. Le mystère immanent que voile, dévoile, révèle, l'ombre même en ton cœur, sous ta peau, sous ta chair, sous tes os, écarlate, éclate, éclaboussante, la vie.

Consciente, pupille, île, déserte d'or ou d'elle, prunelle, il illumine l’œil de ceux qui le soutiennent comme il soutient la terre.

Sous le bleu délavé de larmes de bonheur et de soupirs d'amour, du ciel, la terre cède. Seuls quelques buissons verts comme des feux s'éteignent, froids, avant la nuit. Nous avançons dans la lumière. Vers la mer qui est en, vers la mort qui attend, l'âme hors du corps s'étend. Si loin de l'Orient, si près de l'or riant, du méridien premier, de l'heure ultime, l'oint.

Depuis longtemps déjà le temps n'est plus ici, d'ailleurs. Vers l'horizon désert, comme oraison du soir, le ciel, le feu, la terre, et l'homme aime la nuit, et l'eau même bientôt, au tombeau de l'ombre il y va la tête droite et les étoiles aux yeux.

Pointe du Raz ou pointe où Ra, dieu, l’œil ouvert rappelle l'homme à lui-même, à l'eau, à l'eau delà, à la femme et au Seul sur sa peau et ses vagues, et au sel dans ses vagues, sa sœur dans sa sueur, son âme, femme et flamme, dans ses larmes se pâme, se donne et s'abandonne.

Arrivant à la crête, le voyageur devient de vent puis devant l'océan comme statue dans un encens de sel émanant de l'immense.

Ici la mer est mort, la Baie des Trépassés comme un baiser d'espace et d'espérance de caresse ou de mort s'avance et mord la grève.

La mer est plomb et horreur, or et grâce fondus. La masse et la puissance ignorent la limite. L'île de Sein enseigne dans l'écume et dans l'aube la présence déesse-mère.

C'est l'enfer ou l'envers ouvert du ciel. L'ici-bas de là-haut, désert de sel, d'eau, d'ondes où les dunes sont d'ondes et d'écumes fécondes.

Tout roc est en suspens sans un soupir il laisse l'amertume enlacer en sa danse sa dense inutilité, sous ses dents sous ses langues.

Excédés, et cédant soudain il sait de toute éternité que Kali mère noire ne roule que l'amour de l'oracle dans ses flots, que son souffle inouï n'est nuit ni ne nie rien de lui et n'est autre que lui.

Alors que tous les ors rient et glissent, étincellent sur sa peau qui se tend, sur son corps qu'il étreint, tous les Orients s'unissent et sa chair nue n'y sent qu'une félicité, telle qu'en ses yeux pleines lunes lui nulle peine aux yeux ne sait.

 

 


Lannion

 


L’architecture austère et monastique des couvents se mêle en même temps à une grande douceur. Austérité, loi et justice d’un côté, amour, douceur et compassion de l’autre. Mystère, paradoxe ? Non : la justice et la loi donnent la paix qui donne la douceur et l’amour. Comme la maîtrise parfaite des gammes, de la ligne, des pas, donne à l’artiste sa liberté, permettent  d’explorer, sans se perdre, le monde.

 


Centre

 


Escaliers de Brelevenez, vers l’Eglise. De cette hauteur, le centre de Lannion se révèle, murs de granit, toits d’ardoise dans les gouttes du crachin, le ciel changeant. Force et mystère, appel doux de l’harmonie sobre et profonde des demeures. Le cœur s’ouvre comme une allée quand les nues se déchirent, souffre un peu comme la chair dont se retire l’épine, se rappelle…Le site sacré d’abord, puis la cité qui épouse ses lignes et que l’homme pare – déesse – de ce que les arts savent le mieux. Blanc et gris, marron clair du granit, vert des arbres, rouge, rose des fleurs éclatantes parfois. On sent la puissance et la tendresse unies, les tons disent la paix d’un autre temps, celui des légendes. Et ce centre de la cité est vivant, vrai, beau et bon. C’est un lac, une mer calme qui respire et laisse entrer le monde, lui offre le meilleur sans jamais, lui, le perdre ni l’épuiser. Tao dont le chapeau d’ici porte haut les couleurs. Dés qu’on quitte le centre du regard, la magie s’efface peu à peu, et dés qu’on s’en approche, elle reprend vie.                                      

Que devait être cette Terre, ce monde des hommes,  sinon la métamorphose à l’infini de la loi unique de l’Amour, par celles infinis de nos arts, de nos œuvres ?  En montant par cet escalier, le long des maisons dont on sent l’attention posée en chaque pierre, je me souviens des voiles qu’il faut lever un à un, des stations soufies à dépasser,  comment les accomplissements et les joyaux d’un jour perdent leur éclat face ç ceux du lendemain et apparaissent illusoires. Pourtant, ils étaient tous beaux et nécessaires, mais sans être le but. Il faut une patience sans fin et un amour de l’instant sans faille car seul l’horizon est vrai mais seul l’ici et maintenant est ferme. En entrevoyant la nef de l’eglise de Brelevenez, le « Mont de la Joie », en voyant une photo, du livret qui la présente, je pense aussitôt à l’église des Sainte-Marie de la Mer. Son histoire me confirme leurs points communs : chapelle dédiée à Sainte-Marie Madeleine, crypte dotée d’une mise au tombeau avec la même Sainte – qui pourrait être aussi Marie-Salomé, présence templière, des trinitaires ou de l’ordre de Montjoie, ou des trois, présence de Saint-Gilles…                                                     

  Un peu de Terre Sainte est là, j’ai l’impression de la sentir. Ce n’est pas pour rien qu’un trégorois alla à pieds jusqu’à Jérusalem et vécut et mourut en ermite sur le mont des Oliviers.                                                La présence de la mort et de la résurrection est là aussi : je pense en montant à l’arcane 22, le Mat, arcane sans nombre d’ailleurs, après avoir déjeuné dans le café, le XXIIème… En bas de l’escalier, croix de Saint-Mathurin, ou monument aux morts de la première guerre : Le Mat Francis. Dans l’église, panneau de la confrérie des Trépassés, avec maintes têtes de morts et larmes d’argent.

Prés de cet arbre au vert profond qui m’abrite, je regarde se perdre la mesure sage et géométrique du centre de la ville dans les constructions modernes, pressées, négligentes autour comme des cercles dans l’eau brisée par un obstacle et j’y vois nos vies labyrinthiques qui ont renoncé à accomplir le rêve qui les soutient encore et pourtant malgré elles. Ce rêve qu’il faut suivre comme une musique que couvrent les cris du monde partout. Il y a le mont et il y a la crypte. On n’habite pas les sommets, sinon pour en descendre vers les pentes, les vallées ou en laisser couler paroles et silences, apprendre à les gravir. Et guider vers la crypte qui mène sur la voie du joyau le don de l’espace et du ciel.          La mise au tombeau de l’église de Brelevenez montre le Christ sur un suaire dont les coins relevés font penser à une barque. Au dessus,  la Sainte Trinité a les traits du soleil, de la lune et d’une colombe, l’oiseau de l’amour, soit Vénus, troisième astre des trilogies anciennes. Six disciples forment un arc de cercle autour du supplicié. La chaire dans la nef est surmontée de l’archange Saint-Michel : trompette et couronne, comme les arcane 20, leJugement, et 21 : le Monde.

 


Duo

 


Flutes. Un seul souffle auquel tes doigts et tes choix feront révéler des sons infinis

 

 

Berges du Léguer. Vers l’unique

 


Lorsque l’homme s’accorde – j’entends par là ne se refuse plus mais reste à l’unisson – à tous les vents du monde, ne s’attache à aucun en les connaissant tous, et les sent et les voit en lui devenir souffles puis à peine soupirs avant de s’absorber au-delà, ses paroles comprennent en un mot, quelques uns, des lois et des chemins croisés comme les entrelacs de pierre des rosaces au devant des cathédrales. L’amour est l’espace ouvert à ce qui cherche, erre, veut ou doute, et permet à sa parabole ou sa fuite de se voir, s’achever, trouver sa place, sa route, sa tombe. La lumière libre, ce qui s’opposait vibre comme deux cordes, une seule que le musicien fond en une unique onde non duelle, un son où existent tous les autres, parfaits mais en retrait comme le cerce autour d’un danseur qui cèdera bientôt l’honneur à un autre. Dans le palais, le temple de l’amour, il n’y a pas de mur, mais chaque être est une colonne et si c’est l’océan qui l’entoure, voire l’océan lui-même, tu es déjà une de ses vagues. Au centre, chaque parole danse, tourne sur elle-même et étincelle. Toutes les formes naissent de ces astres. En eux évoluent toutes voies. Le maître ouvre plusieurs mondes à chacune de ses phrases, sa corde relie les sphères comme le fil les perles, et pierre aiguise à chaque tour les deux faces de ta lame, ouvre tous tes orients.

 


Heart, earth and art.

 


Le cœur ouvert résonne de mots ancestraux et futurs dont le monde ignore les chemins.

 


Plage de Beg Leguer

 


Les vagues comptent et content les âges, les contiennent et les abolissent avec les quelques grains de sable qui glissent quand elles se retirent.                        

La marée du Kali-Yuga n’est pas noire. Seules nos œuvres et nos ors le sont, leçons pour les dieux même des peuples qui s’abiment. L’océan et le ciel et les temps de la fin ne chevauchent pas une unique et soudaine vague. Regarde la marée qui monte, ou la nuit : les ondes poussent les hommes vers le haut avec des douceurs de mère, tantôt grondant et tantôt demandant le silence. Elles alternent leur amplitude, glissent les unes sur les autres, et ce temps qui est le nôtre, l’amnésique en fait celui de  l’insouciance. Mais la dissolution de nos songes de sable est en cours. Toutes les civilisations sont égales à ces vagues aussi qui occupent un instant la scène du rivage. Puis elles la quittent à reculons alors qu’une autre la recouvre et laisse l’écume de ses actes. Les strates ont ceci de différent sur la terre que les vagues s’y figent avec les traces de ceux qui la firent. On peut creuser le sol et sonder l’océan mais son souffle interdit à nos cycles ses ailes et sa crinière.


Toujours vive

 


Bretagne perpétuellement régénérée par le vent, els marais, la pluie, c’est sa grande beauté, vive, profonde, grave, légère, nostalgique, romantique, simple, modeste, exigeante, mystique, douce, impitoyable, royale, humble, merveilleuse, martyre, espérante.

 


Manties

 


   Rêves, révélations ou songes, mensonges ? Tout est écrit par nous  pour le meilleurs  en cette vie nous devons retrouver la mémoire et vivre en fin cette œuvre commune, contemplée et voulue avant de nous incarner.  Dans le ciel, observer ce qui brille et se lie. Pas de chaos ni de hasard. Tout est lisible parce que l’Univers est un rouleau, et tout ce que nous lisons nous parle. D’une tasse de café renversée à la paume de la main qui la tient, l’œil qui la fixe et les astres… tout s’éclaire et s’appelle, et s’appelle de son nom, s’explique dans le sens ancien de ce mot : se déplie, se déploie, comme la courbe première de la spirale dont les lois sont jusqu’à ses voyages les plus lointains. Tes doigts pliés entraînent ta main, ta main entraine ton bras et tout ton corps tourne en spirale. Phi est le nom de ce nombre – d’or – et c’est l’agaponomie -  loi et nom de l’amour divin. Deviens, devin, agapologue.

 


Bagad

 


La voie des cornemuses semble le destin des peuples voulus par les dieux qu’ils choisirent,  et  le pas des tambours, la  marche des hommes qui le suivent. Son, plus que musique, hymne sans parole qui réveille la vie renouvelée, comme un premier amour dans un cœur jeune, et lui donne non plus peur mais envie d’aimer, des mers, des guerres et de la mort quand elles doivent être, non pas aimées peut-être, mais traversées vers leurs au-delà. Je pense aux celtes qui assaillaient sur les plages les romains en se jetant sur eux comme dans la mer, sûrs de leurs paradis et de renaître ensuite. Il y a de l’inconscience aussi dans cette musique qui donne autant le souvenir que l’oubli des enjeux de cette vie et invite sans refus ni refuge possible hormis la tristesse, aux espaces du monde ou de l’âme.

 

 

 

Côte de granit rose

 


Côte d’Armor, côte d’amour, d’Adam retirée parce qu’il n’est pas bon pour l’homme d’être seul avaient dit ses créateurs. Eve au rivage océanique. L’œil tendre et chaud du soleil te caresse. Ta chair brille autrement, calmement, reposée, sortie du sommeil, sertie de rubis rose. Des oiseaux crient, acclament la lumière, rient et moi je pleure de grâce. Il y a du vert jusqu’au bord de la mer comme de l’amour jusqu’au dernier sourire d’un ancien promis à des îles outre-mort. Un escrgot reflète les émulsions des nébuleuses qui se sont retirées, depuis la nuit spiralée du temps de sa coquille. Le granit est le signe des flamands à venir du sud après cette terre qui s’ouvre. Je sens, je sais que les rochers ont les yeux fixés comme moi vers le soleil. C’est l’aube qui me le dit. Tout se tient en silence, tout se tient.

 


Bretagne


Engels savait-il qu’il poursuivait le dessein des Angles et des Saxons, quand il souhaitait la fin de la race des Bretons, comme celle des Basques ?Les révolutionnaires et les monarques, les démocraties et les clergés jaloux  veulent depuis toujours une chose : la fin des témoins de l’ancien mystère qui les renvoient à leur futilité et la gravité de leurs actes, à la fatalité de leur épuisement. Et témoin se dit en grec martyr. Les modernes adorent le veau d’or en sacrifiant la vache, et histoire en sacrifiant le mythe, parce qu’ils croient la faire, parce qu’ils la réécrivent. Mais les anciens, les premiers peuples ont l’éternité d’avance, ils vénèrent la vache, ils transmettent le mythe, ils connaissent la source. On hallucine des conquêtes, un espace vital lorsqu’on oublie le rêve de vie, d’art, de connaissance, amour.                                            

  Où se forgea, et comment, l’esprit des hordes, sinon dans la fuite de ce devoir sacré, aussi violente qu’est belle et puissante sa quête. Régner sur la Terre pour oublier le Ciel, et servir des dieux tribaux, leur verser le tribut de son sang, de celui d’innocents, pour échapper à soi-même. La guerre économique a presque remplacé la militaire, par le pouvoir de la force de dissuasion, qui dissuade l’opprimer de se révolter comme des lois illégitimes, mais le mobile est le même. Sur la terre martyre de Bretagne, il y a toujours les foyers de granit clair aux grands toits gris, fenêtres et volets peints en bleu, décorées de fleurs rouges et mauves, dans les beaux verts des chênes, des hêtres, de l’herbe, l’or des blés aussi parfois. Puissance taurine du granit, légèreté des fleurs, bonté des arbres… La pierre compte les ères        , les pétales comptent les jours, les couleurs et les arbres, les années. Maisons qui disent des traditions et des temps légendaires, la force des hommes et du roc, au cœur toujours changeant de toute création, où le vent, le ciel, la mer accomplissent leur œuvre de machinistes sans répit et l’homme doit devenir un et tout, sans perdre pied, devenir fou. Fleurs qui célèbrent le changement, la vie toujours renouvelée, comme le ciel au dessus, espace semblable à l’esprit d’un saint ou d’un poète qui fixe et libère des mondes par l’œil jamais connu de la Conscience et le vent de son désir sans désir, son Espérance de Savoir. Le granit, ces maisons, c’est la beauté de la vie même, de ceux qui aiment ce monde et l’autre, c’est s’habiter soi-même, profondément, inébranlablement quand rien ne dure et les hommes sont aveugles, c’est s’offrir par des fleurs de douceur.

 


Harpe, Rennes

 


Le triskèle, emblème du monde celte, est la création déployant ses trois spirales de terre, d’eau et de feu. La triade est le signe des peuples indo-européens, de bien d’autres aussi. La harpe est son éblouissante apparition, l’archétype même, cette « ancienne image » en grec – depuis des âges vers lesquels la mémoire a beau ciller du regard, rider son front, son fleuve s’assèche dans les steppes et les landes, entrevoyant des tribus nomades et des révélations. La présence aujourd’hui de ce don à l’humanité, de cet éclat du ciel signe cette double vérité de la survivance des peuples enfants des dieux et de l’enchantement, fil d’Ariane nous jetant en même temps – mendiants aveugles aux yeux grands ouverts sur nos errances faites monde – déchirants, l’espoir d’autre chose, le désespoir du doute de l’impuissance ; et cette autre vérité de l’échec de l’humain aujourd’hui. La harpe « est » l’univers, le corps de la descente des cieux sur la terre. Elle est l’onde-même se déversant de l’espace jusqu’au sables de nos rives les plus anciennes. Le long de ce fleuve de bois verni, qui part du sommet de son triangle, qui a la douceur d’une vague, chaque trou percé voit s’élever une corde comme un rayon, une colonne, un fut de lumière reliant le ciel des dieux et le sol des hommes. Les doigts de l’enchanteresse disent tout par elle. Tout conquérant perd son âme en gagnant des terres illégitimes, et son art et la vie intime, océans inimaginables et pourtant seuls réels, disparaissent. Mais ceux qu’ils humilièrent sentent toujours la lumière. Toute vie, toute civilisation est un rêve, mais il y a des rêves où l’Univers descend et se révèle aux rêveurs.

Les mains qui effleurent le voile qui émet les mondes se transforment en ailes du Hamsa, l’oiseau symbole du son primordial en Inde, le cygne, de Sarasvatî, parèdre de Brahma, encore appelée Sri, la resplendissante ou Vac, la parole. La noblesse véritable est descendue, invoquée par deux jeunes femmes ouvrant dans l’espace de la pièce un miracle, une scène au merveilleux que l’homme a oublié, ne signant autre chose que sa mort. Le breton résonne, langue incantatoire qui parcourt dans le même souffle les terres, la mer, le ciel, les braises et fait tressaillir les flammes. La vérité est là, tel est le sens de la vie : beauté, paix, noblesse, puissance, vision, et ce sont les vaincus qui la possèdent tandis que les vainqueurs festoient sur leurs âmes enterrées.

La harpiste porte un bindu entre les yeux. Elle ressemble à une antique grecque, brune, cheveux ondulés, yeux foncés. Un bijou sur le nez, très jeune. Elle est la terre. La chanteuse est très celte, blonde comme les herbes légères et fortes des rivages, visage de plage et de mer mêlées à l’écume et aux embruns. Yeux bleu clairs. Elle est la mer, le ciel et le soleil. A elle deux elles sont gwen a du : blanc et noir, comme le drapeau breton. Tel est ce duo. Si l’hermine est l’animal de l’armor et de l’armen, qui préfère mourir plutôt que de souiller sa robe, c’est parce qu’elle annonçait la tragédie de la Bretagne, la trahison du coq français qui lui, chante sur le fumier. Une partie des Bretons se rendirent, se vendirent au royaume de France, avec leurs terres exploitées, empoisonnées, leur langue arrachées, et s’enrichirent, et se perdirent et les deux à la fois, souvent. L’autre cessa de sourire, mais jamais de souffrir, comme outre-mer les Indiens, les Natives, du détroit de Behring au Cap Horn. Le dessin de l’Hermine noire sur le fond blanc du drapeau breton, allie la croix à la flèche, la crucifixion et la danse, la passion et la vision, et ressemble, renversée, à une épée de flammes. C’est aussi la fleu de lys à l’envers. La manichéisme duel du blanc et du noir, renforcé par les bandes du drapeau, est celui de la vie et la mort toujours si proches prés de la mer ou sur elle, qui se dit en breton : « Armor » et peut encore s’entendre « maure » ou « mort », c'est-à-dire noire ou mort. Les Bretons vivent au bord de l’abîme, ce terme, dans tous les sens du mot terme, qui désigne le vide, l’enfer, la folie, les gouffres marins ou terrestres ? Derrière eux, c’est toute l’Europe, l’Asie, l’Océanie même. Devant, c’est uniquement la mer, et le soleil couchant quand  on le voit. L’issue n’est donc, vers le nouveau, face aux vagues, si on veut suivre la lumière, Ra dans sa barque au-delà, que dans le grand voyage au-delà de l’horizon. Mais d’abord l’inconnu. La Bretagne respecte l’Ankou, la mort, et adore le Soleil, Heol. Ce n’est pas pour rien que les anciens romains faisaient souffler le vent depuis le phallus du Soleil. C’est à la Bretagne, aux dernières loges pour la lumière, que le Soleil lègue son dernier regard. Les derniers seront les premiers. C’est elle qui a les jours les plus longs, l’été. Comme on pose une empreinte de cendres sur le front au pays des Rishis, dans la leur du feu sacré de l’arathi, le soir, le Soleil, ici est jusqu’au bout entre les yeux des celtes. La Bretagne recueille les dernières poussières de l’astre déposées sur son sable et sa peau, sur sa chair fine, tendre et douce qui couvre à peine le granit de ses os et ses mythes. Elles sont le témoignage rendu au plomb de l’alchimie des buches. Sa gravité granitique, ses cieux mercuriels aux nues toujours changeantes que ses peuples voudraient chasser en faisant couler en eux l’or régulier du cidre et de la bière, et leurs chants. Les vents répètent les chaos des abysses, des origines, des ordonnées qui auront toujours le premier verbe, le dernier mot pour recueillir les paraboles du temps. Les éclaircies, les arc en ciel, laissent les hommes qui lèvent les yeux, éblouis, imaginer, le reste. Chacune de ces visions est un livre à écrire, un chant à composer. L’hermine noire, l’Ankou donnent avec les mégalithes et le Soleil, la clef : celle de la Vie, l’Ankh de l’Egypte vers laquelle Carnac est l’écho. Le Livre des Morts est écrit par ces terres sacrées, sur les sables et le roc qui ont ceci de commun que rien ne les entaille.

 


Aqua et aquila, Rennes, prairies Saint-Martin

 


Les bouleaux ont déposé leur or sur al robe émeraude de la terre. Le ciel libère les eaux pour se mêler à son corps. Il devient noir d’abord, ce que nous nommons mort grandit par milliers d’astres sur sa peau qui frissonne devant le grand voyage. Les Celtes sur leurs terres ouvertes à tous les vents, toutes les pluies et à chaque rayon, devaient savoir cela, qu’avait de renaître or, depuis le plomb, déjà, la matière l’avait été, allaitée par le sein blanc des neiges solsticiales, porté par le sol noir des nuits saturniennes et par l’espoir fidèles des connaisseurs des cycles.

Terre noire se traduit Al-khemia en arabe. Mais qui traduit en regard sur le monde le titre de ce livre muet à qui n’écoute seul ?

Terre noire. C’est celle de l’automne, de la carapace du scorpion qui signe le pénultième mois avant que l’homme découvre que le Soleil est invaincu. Cœur noir, ciel gris, hanté de vents errants qui ne trouvent à se poser : ce sont nos estivales certitudes en débâcle de flammes, en quête d’un autre feu, un foyer éternel jamais déchu. Le scorpion, le dard noir des nues crues de venin au dessus, se sait condamné et se pique. Non pas lâche suicide pour échapper à la vie, mais mort avant la mort, donc résurrection avant la Résurrection. « Sache que tant que tu n’as pas vu le noir plus noir que le noir, tu as failli dans l’œuvre », disent depuis des siècles hors du siècle les alchimistes. L’armure nocturne du scorpion cache l’aube de sa chair tendre et l’écarlate amour du cœur qu’il sait la seule issue sans oser même y croire tant elle est royale mais étroite. Ses natifs qui ricanent, attaquent, espèrent, servent aiment en naufragés et rescapés de chaque jour qui passe, ne se courbent en définitive que face à la charité vraie, comme disait Rimbaud, dans leur saison en enfer. L’enfant qui voit le jour dans ces lunes qui déclinent le voit toujours plus sombre, les arbres toujours plus nus, les hommes toujours plus pâles. Il doute : y-aura-il autre chose, ailleurs ? Vois ces jours comme un enfant, comme un séjour infernal dont le sol est l’antichambre et le ciel le toit qui ne te protégera pas de toi-même. S’incliner quand tout décline, c’est s’inclure à la vague, au fleuve et à la foi.

Larmes, soupirs, stases et horizons éteints, telle est la poésie aussi amère au goût que baume à l’âme exsangue de nos désirs à genoux. Cette saison des pluies est si dure à comprendre pour l’homme que les astrologues lui ont donné trois symboles, trois noms dont chacun touche à un monde comme le font les partes ? parques ? le scorpion et l’aigle. Le serpent, c’est la terre, la mort par le venin, la morsure, l’étouffement, l’avalement : c’est le ciel des déluges, la terre qui pourrit, les nues, les nuits qui referment leurs anneaux sur nous, inéluctables et sures. Le scorpion, c’est encore le poison, la mort qui vient du ciel, il rampe mais une partie de lui s’élève déjà. L’aigle, c’est le réel pour de bon qui descend pour sa proie, mais il regarde le Soleil en face, celui qui point déjà pour lui avant les autres, car il habite les cimes. Et si comme le serpent, il décrit des cercles, c’est au plus haut, et on voit un sourire dans la tête de l’aigle, et un serpent dans ses serres : la matière sublimée, la libido passée par l’épreuve de la pure albedo,

prête  à l’amour : encore une lune, et c’est Noël. Le sexe est la partie du corps régie par le signe, que le serpent peut incarner pour les hommes par sa forme, et le scorpion pour les femmes par sa couleur. Et là encore c’est l’aigle de Saint-Jean, l’apôtre de l’amour, qui allie bec et ongles pour servir le ciel, les ailes déployées pour élever l’instinct, transmuter la matière. « Tu m’a donné ta boue et j’en ai fait de l’or », disait Baudelaire. « Tu m’a donné ton or et j’en ai fait ma boue », dit l’automne à l’été, et l’hiver la fera plomb, terre grise, ciel gris, nuit noire.

La matière grise, mais l’esprit enivre. Elle est le cerveau gorgé de pesants, pensifs nuages, éponge saturée de nos crues intempestives, nos dépressions, nos précipitations. Labyrinthique, il raisonne dans son dédale dépourvu de centre. Le cœur résonne et rayonne, il est ce centre. Mais l’enseignement de l’automne, c’est la dissolution, loi de l’univers, le « solve » du Grand Œuvre dont le gris est la porte, où en entend aussi « salve » : le salut. Si les druides faisaient commencer leur année à l’équinoxe d’automne, c’est que tout chemin débute par une rupture d’équilibre, l’acceptation d’une descente, d’un désert que l’on croit régressifs. Trois lunes pour mourir, mordre la poussière, baiser le sol et au bout du tunnel embrasser le solstice dans la nuit la plus noire.

Le gris est la matrice tournée vers le soleil, mai

s nous ne voyons en lui que la tombe de nos couleurs et nos douleurs caduques, compost d’encre, oubliant que l’encre attend la plume et l’aile d’une page blanche à venir, que le compost terrestre mène au stellaire - Compostelle - si le pèlerinage alchimique est mené à son terme. Car le gris est le creuset, le lieu où se croisent les opposés, noir et blanc, les temps, les vies, la croix qu’il faut contempler, porter, en laquelle il faut croire toujours, comme les mages suivant l’étoile.

 


Poésie, Rennes, prairies Saint-Martin

 


Le poète parcourt le corps de la parole, étend son regard sur ses lignes, plaine, reliefs, courbes, ruptures, jusqu’au frémissement qui lui intime l’entrée dans la vie émue secrète où tout parle à ton âme, calame. La poésie, c’est l’instant à l’intérieur du temps où il se révèle ligne reliant toute chose, éternité intérieure, profondeur. C’est la révélation simple de la nature des êtres, de l’Univers, à la fois vacuité et existence, nuage de matière, aquarelle aux formes provisoires, au corps de rêve qui n’existe que si l’on veut qu’il continue à exister et peut prendre une autre forme. La poésie habite l’espace intérieur des choses, des mots, dont l’architecture calme  est la fille du souffle comme le fruit d’un arbre, des mondes dans le ciel cosmique. Elle voyage, non duelle, entre eux, elle a tous leurs laissez-passer.  C’est l’acte d’amour qu’est l’acte de connaissance qui ouvre ses portes à l’intérieur des murs et les pas que tu fais au-delà te demandent un respect toujours plus grand, sachant que respecter s’entend ici refléter, regarder et garder ses distances là où la distance n’est plus celle d’en-deça.  La vision que toute chose est sacrée et le seul désir de connaître le sacré par l’amour est la loi de la Création, mot qui désigne la Nature et l’Art et se traduit en grec : « poiesis ». Aussi, pose tes pas, apaisé, sur des tapis d’atomes, de gemmes devinées  dans l’air nouveau pour toi qui baigne ta conscience océane.

Prés d’une eau olivâtre éclaboussée de soleils et de feuilles précieuses, j’ai demandé au peuple des roseaux de me dire leur secret, eux que le Créateur voulut le lit de son souffle et son encre, si légers, fragiles, habités d’air, renaissants depuis les eaux douces de leurs peaux desséchées pacifiques et doux, serpents sans fruits ni désir autre qu’être là dans les éléments.

Et leur secret peut-être est l’espace de leurs tiges où mènent les lignes de sève d leurs feuilles, ailes vertes. La voix des roseaux évoque une coupure, ou est-ce la finesse de leur ramure, nulle armure? Parce qu’ils appellent l’homme pour pouvoir le servir en s’offrant ainsi à Dieu, par l’inspiration des arts, et lui montre le chemin.

La poésie est le souffleur de verre, de vérité, d’une matière qui peut être sable, roc, lave ou cristal, libre ou prise dans ses mirages et brisée tôt ou tard. Dieu, c'est-à-dire la Lumière, le Verbe, la Chair et l’Amour entre tous. Aie foi en cette Genèse et demande à la matière ce qui la compose. Et dans ta question entend résonner ce qui la compose. Verbe musicien. Tu trouveras : « Aime l’art », « le maître a », « l’âme attire », « l’âme altière », « le mal attire » … Il t’appartient d’en faire ce que l’amour attend de toi, de ce lieu de toutes les dualités l’espace polychrome, royaume de la paix et de tous les possibles.

   


Abbaye, Paimpont

 

Cœur de bois. Humilité des stations et des chapelles. Le bois, comme le cœur, est destiné à brûler et à chauffer les hommes. La foi, dans cette fin novembre de pluie, prés du grand étang vert, est dans l’église du XIIème siècle, naïve et profonde avec la clairvoyance de ceux qui ne savent rien mais sentent tout.

Les pauvres en esprit, riches en amour. Comme le bois des arbres dont l’écorce puissante est aussi écorchée, vive, si tu sais regarder les pores et les portes ouvertes dans celle semblable à la terrestre, de leurs mondes. Galeries menant vers le fleuve autochtone, rivière Sarasvatî enfouie sous le désert du grain et des fibres ligneuses qui l’écrivent pourtant : la sève où on entend lasse, Eve, mère de tous les vivants, à l’arbre liée par la connaissance duelle, par l’arbre libérée par l’amour universel.

 

Avalon

 


Seul le merveilleux est vrai, dit l’homme en face de moi, qui commence à vieillir, aux yeux clairs. Matière noire de l’Univers, notre pupille indique toujours sa porte à nos indignes mémoires, toujours ouverte.

 


Cordon des druides

 


L’un. Les arbres tracent le premier chiffre et la première lettre de nos alphabets depuis l’encre secrète du grand calligraphe, leur sève. Et cette ligne est partout répétée pour nous rappeler que tout est un dans l’Univers, « ce qui est tourné pour former un tout, le un ». Dans l’alef de l’arbre, je lis « a leaf » : la feuille et je la lie et la dis au tronc droit de l’alif arabe aussi. Tout m’apparaît alors un : chaque pierre, chaque plante, chaque goutte, chaque feuille que je vois, chaque cellule, chaque atome que je sais, m’apparait alors un, inaliénable et pourtant lié à tout, dans le libre arbitre de Pélasge l’hérétique aimé des rivages celtique. Le cordon des druides, ligne de soixante-douze rochers, est peut-être,  sans doute un calendrier car le quartz mesure le temps, compte les rythmes, instant après instant.

Les druides adorent, c'est-à-dire se souviennent du sacré incarné dans, la roche, qui est le point, l’arbre qui est la ligne, et l’eau qui est le cycle.


Grande mère du Christ, Rennes, église Sainte-Anne


Ce vaisseau de pierre traversé par la mer a traversé les âges. Vaissel est un des noms du Saint-Graal. Cette cathédrale Sacré Graal, est une coupe renversée par ses hanses, contreforts sur la façade. Vase saint à remettre sur pieds comme l’épée à retirer. La cathédrale et le lieu de la chaire, où l’esprit doit descendre, le verbe se faire chair.


Epée de souveraineté.


Retirer l’épée de la pierre, c’est aussi retirer l’épine de sa chair pour la montrer au monde : la fin de la souffrance, de l’asservissement à la douleur, dague laissée par un ancien conspirateur. Retrait des clous du Christ pour la Résurrection, retrait de la flèche du Bouddha pour la Libération. Quelle est cette pointe, sinon la mémoire, inoculée dans l’innocence immaculée de l’âme comme un vaccin mauvais à nos enfances innocentes, ensoleillées, écarquillées.

Le roi guérit et guerroie et son épée qui tourne montre le Ciel et la Terre selon que la lame ou le pommeau sont vers le haut ou le bas.

 

   

Portsmouth, Damnation de lumière, Souffle d’espoir

 

Qui n’a pas touché le fond ne peut mettre racine.

Le Ney – la flute de roseau soufie - le Zen – la Connaissance lumineuse japonaise – le nez – porte de la vie : la clef est le souffle amoureux, qu’il faudra oublier sans les perdre en voyage : spiritus sanctus, pneuma. Te relier au souffle, c’est la verticalité immédiate. Le souffle est l’échelle de corde jetée des cieux, la main ailée de l’ange dans notre monde éteint.  Celui qui ouvre les yeux et le cœur sur ce monde et pleure, et saigne, comprend que ce qui est devenu la morale était un baume et une loi donnés aux hommes dans la guerre et le désert, la tempête et les sables mouvants, par les envoyés, les éveillés.

Le mal, c’est la ville, lorsqu’elle n’est plus le joyau des arts et des savoirs, mais l’usine où tous travaillent ou pas mais souffrent dans le silence et le chaos pour quelques uns. Le souffle te fait comprendre le sommeil qui l’oublie, la vie qui s’y relie, l’amour et la conscience qui s’établissent en son cœur. Le vide absolu fait entre deux hémisphères les rend inséparablesment unis. Ainsi en est-il de l’esprit et du corps fusionnés par la vacuité amoureuse de l’attention au souffle et à l’expir prolongé : l’apana, apnée qui touche aux profondeurs.

 

Salisbury


   Le cloître te ferme la danse des formes du monde en t’en laissant seulement fixer les archétypiques formes géométriques sur ses voûtes et ses piliers.                                                                                   

  Carré de l’enceinte, lignes des colonnes, cercles, croix quadrilobées, arcs brisés, croisées d’ogives ornées de couronnes aux motifs végétaux : voyage au cœur de la matière pour les moines et visiteurs. Mais l’homme n’habite l’AUM et l’atome, un temps, que comme le soleil s’habite, pour offrir sa chair, puis lumière, à tous. Le cloître, c’est le lit, la terre sous tes pieds, et c’est un ciel toujours sur ta tête, ouverts comme une mer, un océan, pour le fleuve de ta foi, une écorce qui protège ta sève.

 

Oppression


Les peuples vaincus boivent pour oublier le reste de leur histoire, leurs vainqueurs boivent un soir pour célébrer. Plus la pression est forte, plus la prison est noire, plus le séjour est long, profond, plus les chaînes sont lourdes et la peine sans appel et le désert aride, plus le diamant est pur et la liberté nôtre.

 

 

Grace Town Bury

 


Glastonbury. L’espérance ouvre les portes du possible. Ici affluent ceux qui, appelés par le mythe, par le souvenir, par la prescience ancienne de l’éternel retour, appellent un nouvel âge. L’or est déjà là, Lorelei pour certains, mais l’âge tarde encore, ne darde que des lueurs chez son peuple patient.                             Le puis du Calice où le Graal avait été placé par Joseph d’Arimathie, Pomparles Bridge où Excalibur aurait été jetée par un des chevaliers de la Table Ronde.                                                                                        L’abbaye de Glastonbury, un des berceaux du Christianisme celtique, foyer de connaissance, de charité, d’action, dernier vaisseau d’Arthur, peut-être et de Guenièvre, ne subsiste que par pans magnifiques, sur le vert de l’herbe tendre, et rien ne fait obstacle au ciel et à nos rêves. Tel est le mythe qui se donne par éclipses, ellipses, énigmes  et paraboles, canevas de notes et traces pour notre quête qu’il n’offense par sa réponse, sur lesquels nous composons nos voies.  La colline du Thor et son unique tour dédiée à Saint-Michel l’Archange, après l’avoir été à Bel et Apollon, les vainqueurs du Dragon, du Serpent dont le labyrinthe hypothétique autour, où paissent des brebis en paix, est la trace dans ses terrasses. Glastonbury, l’antique Avallon – lieu des pommes – enseigne à plonger, scruter les profondeurs, sise qu’elle est dans le fond d’un ancien marécage, à s’élever, et c’est la Terre qui le permet. Il faut entendre par là que c’est ce que nous faisons ici-bas, que c’est le sol sous nos pieds qui nous ouvre ce qui est plus profond ou plus haut.          Plusieurs arbres sacrés se tiennent en divers points ici. Leurs branches et leurs racines disent aussi cela. L’air et l’eau, une colline de terre et un soleil qui passe son temps à glisser en nos nuages. On célèbre aujourd’hui en Orient, 31juillet, la fête de Saint-Joseph d’Arimathie qui aurait planté ici son bâton d’acacia sur la colline du Thorn, Wearyall Hill. Un petit arbre beau comme un cheval de vent, décoré de mille vœux colorés semblables aux dargah indiens - tombes soufies –  se  tient à son  sommet, au sud, rappel au voyageur que l’oncle de Jésus faisait la route de l’étain  entre le Proche Orient et l’Extrême Occident, que son neveu sans doute connut les Indes, que sa tombe est peut-être dans la plus musulmane de ses cités mythiques, Srinagar la Cachemirie.  En posant mes pieds à Glastonbury, ma première impression est d’être à Bénarès, ou à Jérusalem, dans quelque chose dans l’air, d’ouvert,  joyeux, léger, tendre et possible de grand et d’évident aussi. Les gens s’y habillent et comportent comme bon leur semble, comme leurs rêves le leur proposent. Ici fut peut-être édifiée la première église de Bretagne en 37 après Jésus Christ, comme la première communion eut lieu en Gaule aux Sainte-Marie de la Mer.

 

Démembrement

 


Détruite sur l’ordre d’Henry VIII, sa bibliothèque dispersée, ses livres utilisés comme papier d’emballage, ses pierres pour construire des maisons, l’abbaye de Glastonbury nous enseigne l’usage que nous faisons du soleil de notre cœur, de son trésor et comment sa lumière devient le labyrinthe de nos vies.


Légende

 


Legenda : « Ce qui doit être lu ». Ce n’est parce qu’on perd l’exaltation ou l’orgueil de l’identification à une légende, comme la Terre qui tourne le dos au Soleil, que celle-ci cesse d’exister en elle-même. Elle demeure là, forte, libre, belle comme un rêve, une rivière souterraine d’eau et de diamants, une mémoire qu’on ne peut détruire, altérer, mais seulement oublier,  se rappeler par fragments, ou mal transmettre. Le rôle est là, la partition est prête, attendant d’être joués.


Au service de la lumière

 


Cathédrale de Wells. bâtie sur un courant d’eau, merveille claire à la paix du Roman, et la mumière du Gothique. La maison du Chapitre, Chapter house,  octogonale, a trente-deux nervures centrales, soixante-douze latérales. Il faut lire ce chapitre. Pas de trace de gloire ni de vanité humaine, ni de pesanteur. Sur un mur entre pierre et vitrail, un blason porte un lin et une licorne. Il a la couleur de la pierre, elle de la lumière. Il porte écrit : « Dieu et mon droit ». Harpes, lions, fleurs de lys sur fond bleu nuit et rouge sang.      La force solaire du lion protège  la pureté non dualiste de la licorne : « unicorn », dont la spirale frontale douce monte vers le ciel. Pierreries des vitraux : saphir, émeraude, rubis. « Our father which  art in Heaven » :  « Notre Père qui es aux Cieux ». Ici, l’art est celui des cieux. Pas de mystère, juste une pure lumière. Beauté de l’octogone, qui fait comprendre la stabilité de la Terre : la quatre, le carré, avec la grandeur du Ciel, le cercle. Equilibre qui nous appelle – le Grand Art, c’est savoir suivre les lignes, les lignes, les lois, les voies éternelles qui soutiennent ta vie et font de toi, et fondent en toi, depuis l’enfant, l’homme que tu deviens par leur sève saine et juste, comme l’élève apprend les gammes, piliers et veines de tout art, et puis bascule le vol vers des géométries nouvelles, inouïes, imprévisibles, sous le regard de ses maîtres. Bouddha, le Christ, avaient connu, suivi toute la loi, ils purent nous parler d’autre chose, d’autres mondes pour hâter la moisson.  Le huit, c’est l’infini, signe étonnant qui orne, en la soutenant, la cathédrale au niveau du transept ; le Christ est comme en vol, derrière, dans la perspective du cercle supérieur.

Dans la salle du chapitre, depuis al densité de la base octogonale du pilier central, seize colonnes entre verte et marron jaillissent vers le haut et perpétuent la symétrie des nombres.  La force de la loi, racine, et tronc où existent et montent , nervures nerveuses et belles, déjà en puissance toutes les vies et voies,  permet le déploiement des formes infinies dans leurs libertés respectives, respectées. Le génie de Rimbaud venait de son assimilation fulgurante des acquis du passé, son annihilation vint de l’oubli des racines, de ses errances. L’arc en ciel qu’il était – rainbow – se coupa de la source de soleil et de pluie qui le faisait tant admirer aux hommes. Dans l’estampe, dans le geste du maître, sa parole, tu entends, tu peux voir tous les chemins parcourus, tous les fleuves suivis, bien qu’il soit la montagne, et l’océan. Et ce qu’ils portent écrits sur eux : traces, rides, échos, silences sont pour toi, pour l’instant, portes closes et labyrinthe, mais bientôt voûte étoilé, toile, parchemin infini. Huit, seize, trente-deux, soixante-douze, c’est la loi de l’octave, soit celle de la musique, de l’harmonie, mot dont l’étymologie signifie « relier ».  Savoir suivre, servir et savoir s’affranchir. Les textes sacrés, les vrais libérateurs, ne parlent que de ça : sers ton prochain, aime-le, mais suis toujours et le Maître et le Ciel. Toute l’Angleterre est aussi dans cela : des règles extrêmement strictes, des traditions de fer, une aristocratie toujours en possession de la Terre et de la morale, des classes imperméables et pourtant un libre échange sans concession ni compassion, une liberté individuelle, « Free will », libre arbitre,  presque sacrée, déjà clamée par l’hérésiarque breton Pélage en des temps arthuriens de résistance, une indifférence – feinte –, une tolérance réelle, générales aux choix de tous. Mais ces règles écrites ou non écrites qui légitiment la main mise sur la Terre-mère et l’Or solaire par leurs fils anglo-saxons ou jutes, continentaux les plus récents, violents et fourbes, leurs privilèges face à l’immense majorité bruyante et buvante des Celtes, ont aussi permis aux mythes, au Moyen-âge d’or, au contact à la nature de traverser des siècles, d’or aussi bien que noirs, de rester vivants, tangibles parce que méprisés et laissés aux vaincus, ou récupérés par les normands Plantagenets croyant assurer leur règne. C’est là la différence avec les Etats-Unis dont l’histoire se réclame uniquement construite par des maçons qui s’autoproclament « francs »… peut-être parce qu’ils descendent des envahisseurs adoubés jadis par Rome.                                                                 Dans cette pierre philosophale de « Wells », ville des puits, de lumière, christienne ou je me tiens, à chaque fois qu’un rayon du pilier  croise une ligne de l’octogone, une couronne, un nœud d’amour végétal orne – ou naît de – leur rencontre. Chacun est différent, tel les joyaux du filet d’Indra où chaque gemme reflétait toutes les autres - comme chaque « j’aime » que tu oses, que tu poses en ta vie est un baiser qui ouvre une voie à tous les autres j’aime et les relie, et à l’amour universel - bien qu’étant différente d’elles : tels sont les arts, quand ils le sont vraiment, et les amants, quand ils s’aiment vraiment. C’est quand les uns comme les autres sèment.


Wiltshire, white sir

 


Les chevaux ont-ils été placés ici pour appeler l’arrivée du Cavalier Blanc salvateur ou du Pale Rider de l’Apocalypse, avec les anges qui lancent leur faucille et moissonnent tout autour ?  Dans l’Angleterre toujours féodale, les Aristocrates sont assis sur des chevaux ou des Jaguars et dorment sur leurs terres quand les autres ne peuvent faire autrement que de les leur louer. Les anglais du peuple savent qu’ils sont toujours les serfs d’une classe inaccessible qui n’a de cesse de rappeler sa distinction à l’heure du thé, du toast ou des comptes, et ce n’est pas le même doigt que les deux partis ont en l’air lorsqu’ils veulent  faire connaître de quel bord ils se sentent. Race et classe à l’accent, au parler, aux manières aussi raffinés que leur or noir, plus blanche, plus blonde, aux yeux plus bleus mais au regard plus sombre, trop polie pour être honnête et au rire trop aigu pour ne pas être grave. Les quelques tribus, leurs descendants, qui tiennent ce monde, condescendants, avec l’aide des maîtres des autres qu’ils soumettent, ce sont les métayers mauvais des Evangiles qui rencontreront le Metteya – en Pali bouddhsite,  Maitreya en Sanskrit, celui qui aime et qui viendra rétablir le Dharma, la roue de la loi sur la Terre, qui détrônera les lois arrêtées des puissants.               Ici, dans les blés que Zoroastre demandait à tous de cultiver, céréales du pain si présent dans les paraboles christiques, dans les moissons, les « messi » en italien, dans la langue de Rome    , des figures géométriques apparaissent depuis vingt ans en masse, depuis des siècles en prémisses, autour des chevaux blancs de craie aux flancs verts des collines, parmi des vaches noires parfois. Sauf celui d’Uffington, vieux de trois-mille ans peut-être, ils datent tous de ce que notre histoire appelle les « Temps modernes, soit la Renaissance et l’époque des Lumières. La convergence des chevaux blancs et des cercles dans les moissons tient soit du signe eschatologique soit de la « conspiration », ou de la plaisanterie. Seul l’avenir tranchera, mais les temps que nous vivons appellent leur propre fin et la justice. Si le cheval blanc d’Uffington date de l’âge de fer, alors c’est bien le signe de notre âge noir, notre Kali Yuga, puis qu’Hésiode avec les anciens Grecs parlait d’âge d’or, d’argent, d’étain ou de bronze, et de fer avant l’anéantissement à nouveau, avec le Nouvel Age. Si Joseph d’Arimathie était négociant en étain, lui l’oncle de Jésus, qui l’accompagna parait-il dans ses pérégrinations celtiques,  alors la mise à mort de son neveu pourrait représenter la fin cet âge et le début de celui, ultime à notre échelle et pour ce cycle, du fer.

 


Cheval blanc, Uffington

 


Mon ami australien en route vers Oxford me dépose non loi du site. Dans le hameau, une chaumière de type camarguais « Tamaris Cottage », en face dans le pré, des chevaux blancs. J’arrive au pied de la colline, traverse les restes adoucis du fort néolithique, la forme suggérée comme un temple dont le relief témoigne à peine de son ancienne vie, monte dans l’ébriété de l’émeraude fraîche de la terre et du gris généreux du ciel, l’eau promise encore retenue. Le temps s’est aboli dans mon geste amoureux. Affranchis, anoblis, adoubés à nouveau par la Terre, nous lui tendrons encore la main pour un autre témoignage, un autre âge et lignage.

 

Races et peuples

 


L’identification des peuples à leur race, leur orgueil et la violence belliqueuse qui en vient sont une des clefs de la compréhension des rivalités et affaires de pouvoir dans ce monde, derrière les diplomaties, les organisations planétaires, les contrats et accords commerciaux qui les voilent et les atténuent au profit de puissants qui appartiennent à tous les pays. La force de certaines, génétique, est due à leur volonté éprouvée puisque la vie menée par l’homme modifie son génome. Mais cette programmation et ses effets restent inférieurs à la puissance illimitée de l’esprit qui est au cœur de la matière et peut la reprogrammer.


Omniconscience

 


         Voir la forme de la conscience partout transforme tout en conscience et rend sa liberté d’onde à la matière. Tu peux alors sentir la sagesse et l’amour enlacés, cœur intime de chaque sphère.


Crop Circles

 


Les blés savent, ils ont vu.


Avebury

 

 

         Bras ouverts pour accueillir ce qui vient.  Cercle du cœur qui contient  les deux cercles tournants sur eux-mêmes dans la dualité. Longs bras, courants du monde, qui viennent à l’homme, deviennent les cercles de nos pensées sans fin. Pierres ouvertes, atomes ouverts de l’être en conscience.                                     Lumière au bout du tunnel de l’acceptation de ce qui est. L’homme est la mesure de toutes choses parce que celles de sont corps sont celles de l’univers, parce que les lois de la conscience et de l’évolution sont celles du plan physique, parce que chaque partie du ciel correspond à un organe.

 

 


The Champion


Nottting Hill gate, the Champion. Ce soir est soir de Wesak. Un Bouddha ivre, les yeux fermés, danse sur sa chaise, ouvre les yeux, nous salue, les referme, sourit, plongé dans la béatitude. Il y a un moment de grâce dans ce pub spacieux. Tous sont heureux, légers. Transparence. L’alcool a vingt siècles de mauvaise humeur cléricale contre lui et pourtant la Dernière scène pour lui et par lui. Le Christ a communié par l’alcool avec ses disciples. Chaque mot de cette vérité compte. L’ébriété ouvre les yeux, fait tomber le voile de l’habitude, de la pesanteur, des servitudes et dans cet état les hommes se disent la vérité, la liberté et l’amour tisse des liens fraternels qui se veulent éternels. « Quiconque mange ma chair et boit mon sang ne mourra pas. » Qui pense à la dernière scène dans la griserie d’une soirée où tout s’accélère ? Dans l’ivresse qui monte, les yeux se fixent plus profonds, les langues se délient et la joie s’autorise et les lendemain doivent chanter. De même qu’Adam et Eve ouvrirent leurs yeux sur la connaissance de ce qui est bon ou mauvais par un fruit du jardin d’Eden que le serpent leur tendit, de même le Christ offrit la communion à ses disciples par un autre fruit, ou peut-être le même fruit, qui sait : celui de la vigne. La Dernière Cène ne peut se comprendre si l’on ne comprend pas que Jésus donna un peu, beaucoup, d’ivresse à ses disciples. Il les attendrit quand il leur tendit la coupe et la tendresse physique et émotionnelle que l’alcool instaure laisse entrer des paroles qui apparaissent folles à ceux qui sont pris dans les glaces de la raison. « Je transformerai votre cœur de pierre en cœur de chair. » Il faut prendre ces paroles d’Evangile à la lettre, prendre ces mots au mot, pour que le corps les prenne à cœur, les prenne au corps. « Vous ferez ceci en mémoire de moi. » dit-il en donnant l’ivresse à ceux qui l’entouraient, à celui qui le trahirait. « En mémoire… » Comme on se souvient d’un rêve au matin, rêve du jour qui suivra si nous suivons ce rêve.

Chant


Pub The load of hay. Uxbridge, banlieue de Londres. Une femme chante. Voix superbe, puissante et douce comme la mer qui vient bercer le rivage de ses vagues depuis l’infini du large. Le chant est connaissance pure des lois et voix de la création, de l’espace, des galaxies si tu l’écoutes. Réfléchis : tous sentiments, toutes émotions sont là en toi : larmes, joie, espérance, désespoir, joie, doute, crainte, mépris, amour. Ils sont comme les touches de ton âme qu’il suffit que tu effleures pour t’envahir de leur fleuve. Il n’y a pas de dualité : tout est expérience. Ni bien ni mal : cela n’est que lorsque se densifie la croyance, que le désir construit des murs de choix, de refus, de « je veux » entre les plaines et les vallées, les pentes et les cimes, les océans et les abysses de ton être. Ta conscience voyage dans des mondes divers à la vitesse de ses croyances, plonge, vole, rampe, bondit, marche puis prend les dimensions du cosmique.

 

 

Cher à Cannon

 


La City. Cet endroit me fascine. Je me promène, pressé par un autre rendez-vous, dans cet endroit où l’on apprend aux hommes qui sont faits pour marcher, courir, sauter, nager, voler, à se tenir dignement immobiles, à ramper et à faire le beau. Le cauchemar de quelques-uns, les « décideurs », et leur peur de la vie, ils l’ont pris pour le rêve du progrès et de la puissance, et ils ont convaincu les autres de ramper avec eux. On peut ramper très vite dans l’échelle sociale. Les réserves en or des banques ou des pays font l’équilibre des sociétés… On peut chercher l’or des étoiles avec le tamis de ses yeux dans le fleuve voie lactée de la nuit et dans nos paupières qui se ferment et le demi-sommeil, et s’émerveiller des rêves qui s’offrent. Ou bien, pour l’or et par le mercure des orpailleurs, donner la mort aux rivières d’ici et à ceux qui s’y abreuvent pour en extraire le sang doré de la terre Mère et le vendre aux plus souffrants, à ceux qui s’en emparent pour que leurs femmes s’en parent.

 

 

Hotel Russel


Ere victorienne. Architecture reflet d’un esprit qui vit dans l’austère optimisme des victoires coloniales, de l’expansion économique : profusion des formes, triomphe de l’opulence et du détail. Comme une densité, un surgissement qu’une puissante énergie transporte vers le haut, depuis la terre. Peut-être le feu du charbon, moteur de la révolution industrielle, qui fit se dresser en éruption les villes infernales de cette fin des siècles, 1898. Tourelles vertes, balcons noirs, façades alternées de brique et rose pâle, cheminées hautes, rideaux blancs. Pas besoin d’être médium pour sentir les temps que furent ces années où le doute de l’homme sur lui-même et le progrès n’existait plus. Comme une adolescence aveuglée par les voiles que sa turbulence déchire. Nul besoin d’être médecin pour savoir que l’ivresse qui n’est pas née de l’Esprit n’a pas de lendemains qui chantent, sinon pour ceux qui la chercheront dedans. Il y a du mystère dans et entre ces briques, ces colonnes et ces arches, ces statues, comme un ordre caché. La richesse et le pouvoir colossaux des aristocrates britanniques intouchables, et comme l’intuition, le soupçon de recoins plus secrets accueillant des sociétés qui le sont plus encore, pour régner non seulement sur les terres, mais aussi sur les âmes des hommes qu’ils entreprirent il y a déjà bien longtemps de soumettre. « God save the queen ». Comment Dieu pourrait-il protéger la reine et ses sujets quand elle paie une armée pour le faire, quand il veille sur l’arène de ses martyrs en larmes désarmés ?

 

 


Houses of parliament

 

Architecture répétée comme indéfiniment, comme un cristal en fractale. D’où l’impression de vertige provoquée car, le petit égalant le grand, le microcosme touchant le macrocosme, l’esprit ne sait plus de repères. L’espace et le temps sont fractales, ce qui signifie que tout est accompli sur un déroulement, rayonnement immobile, que seule l’exploration humaine, qu’organise la mémoire, nomme durée et distance. Quand il a tout exploré, l’homme s’implore et touche à ce point de la source où seul l’instant demeure. Les Maisons du Parlement sont bâties entre deux grands symboles du temps : la roue de l’horloge de Big Ben, qui sonne comme j’écris ces lignes, et le fleuve Tamise, comme les ans aussi sont ce tamis qui laisse la poussière s’échapper, ne retenant que l’or. Sur l’autre rive, l’ « œil de Londres », gigantesque roue blanche, symbole immémorial du temps, termine la trilogie.

Peut-être est-ce de la superposition de la Tamise et de Big Ben dans la vision des Maisons du Parlement que vient cette puissante sensation de la présence physique du temps. Les structures de la façade évoquent des yantras, des mandalas. Peut-être l’âme résonne-t-elle face à ces archétypes, ne laissant à la raison que le goût du mystère, douce inquiétude de Westminster. Le vertige du rationnel – ce qui rationne la vie – se déclare face au vide, au blanc et à la profusion. Ils sont les signes du sans-limite.

 


Sovereign entrance


        Palais édifié pour édifier le peuple. Angles et pointes partout. Fenêtres meurtrières voilées. Géométrie, architecture du secret, non du sacré. La Terre et les terres leur appartiennent. Les peuples sont dans l’arène, mais la reine n’est pas pour eux. Du vin et des jeux, puisqu’il ne faut pas que tous vivent. « Dieu sauve la reine ». « En Dieu notre confiance » disent les slogans anglo-saxons, mais l’œil de la pyramide dit que les sommets gouvernent et celui de la roue qu’on nous amuse et qu’on nous fait tourner en rond. Seul le billet est vert car en lui est leur espoir et les livres sont Sterling car on n’apprend plus que pour gagner et régner. Angleterre de mystère, de misère des sobres qui se taisent trop pour être sages, des fidèles des pubs  qui jurent trop pour ne pas croire. « I’m a believer » me disait ce simple et solide artiste londonien habitant d’une péniche, souriant plus buveur que bavard et au cœur plein de rêves et d’espérance.                                 D’Avebury à la City, on passe du Néolithique au Néolibéralisme, la jungle et le désert se sont urbanisés mais ce sont toujours les tribus de Babel  qui s’affrontent, se divisent ou s’allient pour conquérir territoires et devises. Conserver la pureté du sang angle ou saxon, franc ou normand et son rang. Les Celtes sont dans les pubs et boivent, sont dans les discothèques et dansent comme outre-mer les Mayas et les Natives qui n’ont gardé la mémoire que des jours où ils perdirent la guerre. A Westminster, la grande porte est réservée à la reine et aux souverains à venir. Des jeunes du monde entier, fascinés par la facilité à travailler ici, viennent apprendre la vie chez ceux qui ont gagné la guerre et n n’ont plus été conquis depuis mille ans, protégés par des tempêtes de vent, d’eau ou de feu, et leur propre fierté. Mais ils viennent servir ceux qui ont la main-mise sur ce monde, les blancs, les jaunes, les autres, pour quelques jours encore avant ce que tous ceux qui voient ou boivent espèrent : un nouveau ciel, sans prêtres complices, une nouvelle terre, sans mauvais maîtres. Ils ne veulent pas une révolution, ces faibles forts d’une chose : leurs illusions perdues, mais une révélation, rêve réalisé, effaçant le cauchemar des dragons qui gardent la City des cravates, des bravaches et des cravaches, et un vrai lion, une vraie licorne sans besoin de blason hors le cœur et la seule course des chevaux sauvages sur les terres et les plages.                     

  A Yalta, trois visages pâles s’étaient partagé le monde, d’un rivage du détroit de Behring à l’autre. La Chine et l’Inde aussitôt furent dotées d’autres maîtres, d’abord farouches, puis dociles à l’Occident auquel ils font désormais mine de montrer les crocs tout en régnant avec les siens. Aujourd’hui, les blocs de fausse glace de la guerre froide, le rideau de fer blanc tombé sur la scène du monde est levé, et les glaçons ont fondu dans la coupe où tous les puissants boivent à côté du puis sans fond de larmes et de sueur des pauvres. Faiseurs de lois et hors la loi se tendent, se serrent et se frottent les mains dans les bas-fonds ou au grand jour sur la place des marchés boursiers. Immunité en haut, impunité en bas, toujours plus de lois pour ceux qui sont pris entre les deux. Les Caucasiens ont saisi l’occasion des cousins d’Occident  et les princes d’Orient et d’Asie croient en un nouvel âge d’or, noir. Mais peu importe ce qu’on exporte. L’eau de la Tamise passe par le tamis immobilier des orpailleurs et doit entrevoir sur ses rives leurs orgueilleux, désespérés efforts pour s’étaler au monde, se refléter sur elle. Le monde est débridé, pourtant il n’est pas libre, il a le mors aux dents, la mort aux trousses. Ici et là, il y a des anges de pierre, de chair qui ont perdu la moitié de la face sur les bancs ou les façades. L’Angleterre et le monde sont sous-contrôle, chacun s’observe, veut être vu et doit être filmé, ou face, faute du télécran d’Orwell, à des écrans où les les messes et les messagers, les presses, les prêches et les chaînes sont désormais cathodiques où un même câble, un même filet ont pris l’humanité et nous font avancer au doigt et à l’œil, nous télécommande et nous ordonne par nos propres claviers d’ordinateurs. Londres ou London, lieu où l’on donne les ordres au monde et ses désordres murement réfléchis, où l’onde partie de la liberté statufiée outre-Atlantique, de son flambeau qui ne sait pas danser, trouve son relais et son propre écho depuis le mur de Wall Street, par la City et ses aboyeurs gardiens des courbes monétaires pour leurs maîtres généreux en oboles et menaces, des paraboles financières. La chute du mur de Berlin a fortifié celui de Manhattan et nous allons tous dans son mur. La City, comme Wall Street, Saint des Saints  a des hiérophantes vêtus de noir et blanc.                  

    Entre ses silences et ses chants, sa feinte indifférence et ses fusions, effusions, apparentes parenthèses dans son deuil, sa fuite sans fin du souvenir de la Grande déesse, l’Angleterre s’enivre sans y croire de sport, boissons, de drogues, ou de puissance, calfeutre ses foyers éclairés et éteints, garde vive la flamme du Moyen-âge, veut croire au Nouvel âge ou au Nouvel Ordre Mondial. Apollon à Stonehenge, la Lune et Vénus à Avebury dans des cercles de pierres et de prières aujourd’hui dans les blés, cette chair de la Terre et de l’Epoux. La lumière, c’était l’or du Soleil et l’argent pour la Lune, le cuivre de Vénus, l’étain de Jupiter que Joseph d’Arimathie portait d’une terre sainte à l’autre. Mais notre âge de fer met les étoiles au fond des stades, sur les toiles ou les scènes  des salles obscures et elles n’annoncent rien de bon dans notre nuit, notre rêve. Arthur dort lui aussi dans l’île d’Avalon, l’île des pommiers. Il a goûté au fruit amer de la défaite de son peuple, supporté sur sa tombe les fêtes des vainqueurs, leur semence empoisonnée dans le sol emprisonné que des lords et des dynasties se partagent, archontes qui le donnèrent à cultiver à la sueur de leur front aux indigènes enchaînés, serfs en leur ancien Eden, puis les chassèrent, après avoir enclos les terres pour l’appât  du profit, vers les tentaculaires villes dans les seules révolutions que ce losange ait connue : celle, industrielle, noire, du charbon, grise, de l’acier, douloureuses comme il est dicté dans la Genèse, de la démographie.         Marx et Engels, issus d’un peuple élu et d’un peuple vainqueur, ne voulaient pas la liberté, mais bien la dictature, du prolétariat, mais ils en étaient eux-mêmes les dictateurs et scribes depuis leur ouvrage, cet outrage à la Terre et au Ciel, au corps et à l’âme sacrés de l’homme. Marx pourtant aimait la Nature mais sans voir en elle la conscience comme chez l’homme.  Le Capital rêvait de conquérir les capitales et la fin de la lutte des classes devait être aussi celle, dixit Engels, de races tels les Bretons, les Basques et quelques autres. Sur ce point, pas de lutte des classes avec celles qui régnaient déjà. L’Angleterre fut le berceau – d’illusions - du libéralisme et du marxisme, et ses enfants, comme ceux du monde,  ne profitèrent ni de l’un ni de l’autre dont les horizons dorés étaient  pourtant scientifiquement, logiquement  prouvés.               

   Les Saxons qui voulurent envahir l’Angleterre lors de la « dernière guerre », après la « der des ders » et toutes celles qui suivirent, mais qui ne semblèrent pas concerner ceux qui les financèrent et les armèrent pourtant, refusaient ces deux mirages pour un troisième tout aussi destructeur et totalitaire. Ces Teutons se heurtèrent aux descendants de leurs propres ancêtres et échouèrent à usurper leur trône.

     Mais les peuples s’éveilleront-ils, se lèveront-ils en reversant leurs chaises,  un jour pour élever avec leur roi sur le bouclier de leur rêve vivant, pour un soleil éternel et des nuits étoilées sur lesquelles la Lune baissera doucement sa paupière veillante et bienveillante ?

 

 

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