Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

 

  000019.JPG

 

        Amsterdam, Wondelpark, janvier 2004, photo dr François-Marie Périer

 

 

 

      Fichier: Amsterdam Amsterdam

 

Amsterdam

 

 

 

Rembrandt, The night watch.

 

The night watch: on pourrait s’amuser à détourner, à retourner le titre du tableau de Trembrandt, à le traduire - et le trahir ? – ainsi : « le regard de la nuit ». Dans cette marche nocturne, le défilé des morts heureux. Satisfaction et accomplissement du simulacre, de l'illusion collective du respectable. C'est la lumière qui crée l'artiste, et la force qu'il jette - qu'il tire de sa sagesse - dans l’œuvre. Si l'amour, la vie, la mort, n'ont pas de réponses à leurs questions, ni de questions à nos réponses, à quoi, à qui bon? La ronde de nuit est comme le triomphe de la mort sur le sens. Et cette toile m’évoque une autre de Van Gogh : la ronde des prisonniers. Chez Van Gogh, les prisonniers connaissent leur condition et en souffrent lucidement. Chez Rembrandt ils l’ignorent. Dans son tableau, il y a comme deux anges dans l'ombre. Rembrandt, c'est la vanité de la plénitude dorée du siècle hollandais. Le temps qui passe, comme une éternité de décadence et d’abondance. Vermeer, c'est la perfection de l'instant prolongé immobile en lui-même et le temps. Tout y devient lumière. La laitière se fond en son geste comme le lait en le pot. Espace vivant. Non la dissolution, mais l'illumination. Non l'arrachement au charme du temps mais l'attachement à l'instant. Les spectres dans la nuit. Les veilleurs dans le jour. La rédemption héroïque ou la mort dés la vie. La grâce qui descend où l’œil ouvert et le silence ont fait la transparence, et comme un lit à sa venue.

L'ombre et l'or, le blanc, le pourpre. Le violet n'est pas là mais une jeu mystérieux de bruns qui ne se sont pas encore décidés entre les ténèbres et la lumière.

 

 

The jewish bride

 

Rembrandt a vu ce que nous avons vu mais il peint pourtant un autre monde, en quelque sorte celui du sens, des idées pures, dont nous ne voyons que la forme terne quand lui voit la forme éternelle. Arracher la vie de ce monde terni, l'attacher à l'étoile éternité. Qu'est-ce que le génie? « Je nie ». Une insatisfaction  de ce que je vois, sais et fais, gardée vive jusqu'à ce que le juste voir, savoir, faire ne puisse plus que s'offrir nu comme l'amante ne peut que se révéler à celui qui a tout refusé en cheminant pour elle. Ainsi ce rouge de l'épouse juive - Isaac et Rébecca. Voir la couleur avant, la voir couler dans le rouge et la nuit du rêve qui la fera être au matin ici-bas. Le génie est aussi négation de l'ennui, de l’habitude, de la fatalité. Et puis on entend en lui : «  j'hennis ». Un peu comme le chant du coq, le déchirement du silence dans le cri de l’animal de tous les voyages.

 

 

 

Van Gogh

 

Un météore de fer et de feu comme Mars qui fut son maître dans le Bélier qui fut son signe. Entré dans l'atmosphère, le bolide se désintègre non sans avoir illuminé le ciel et réalisé les vœux que les hommes lui firent, de leur ouvrir des portes. Mort en âge christique, mystique, Van Gogh n'a pas achevé l'Oeuvre, mais terminé la sienne. L'homme devra la poursuivre comme celle des prophètes. Affiner le trait, transformer le feu en lumière, et l'éblouissement en illumination. Van Gogh n'est pas diamant mais charbon brut, brutal et bon, comme le pointa sa mission en borinage. Voilà pourquoi il ne pouvait rester ici, reflétant à jamais les sept couleurs de l'arc en ciel. Il s’en fut et devint Vent Gogh dans le Mistral, secoué par l'Esprit, brisant les voiles, déchirant le voile, par endroit sur sa toile exposé au grand souffle. Rimbaud était lui aussi entre ciel et terre destiné à l'émerveillement puis l'évanouissement. Rainbow et ses voyelles irisées, arc en ciel d'un voyant brisé. Une saison en enfer et des illuminations ne suffirent pas non plus à faire du carbone brûlant de ses pupilles et de son encre le diamant parfait. mais sans doute ne devait-il pas l'être.

 

 

Barbare

 

Van Gogh, étranger, barbare appliquant la couleur comme dans l'urgence d'un accouchement, d'une union, d'un coup de foudre, d'un destin. Clandestin, seul et toujours solidaire de la condition humaine, à l'hymen inconditionnellement solaire.

 

 

Genèse

 

Hollande. Si prés, si loin de Holy land. Il n'est de terre qui, avant d'être sacrée, ne fut sacrifiée en l'homme.

Le sacré: offrir ce que l'on perd, que l'on veut, que l'on peut, doit posséder.

Qu'est-ce que le mirage? De l'eau qui s'évapore, de l'air qui tremble, là, désir qui semble ici.

Bâtie sur le sable, sous l'eau, sans l'eau, mais avant tout par elle, la Hollande est l'essence du mirage, l'espace du miroir. Là où il y avait l'eau, ils dirent: il y aura l'homme. Comme un écran qui tombe abdique et fait que son rêve devient la matrice du rêve du vainqueur, la mer qui se retire contre-nature laisse l'homme se voir un instant, se noyer pour toujours dans les larmes de fond de sa soif d'exister. Nature, culture. Qui saura voir au delà de la roue ce que les rayons cachent, boire au delà de la route où tous les moyeux cassent. Où les mois se brisent, les yeux se crèvent. La nature est contre culture, la culture est contre nature. L'homme? Il est le témoin et terrain de leurs amours, de leurs humeurs. Lorsque l'une se veut l'unique, elle pense nier l'autre, en tout basant sur elle. Ainsi la contre culture, exaltant une « nature »  conçue nulle part sinon dans l'esprit de l’homme, devient contre nature. Seul reste le concept, stérile. Et le contre nature s'oppose aussi à la culture sans toucher pour autant à l'humain.

Les Pays-Bas. Quel artifice plus complet que le leur? Quand les larmes s'assèchent avec les lames de la mer, quand les soupirs s'apaisent avec les vagues, les hommes restent, croyant que le sable et leur vie seront leur oeuvre, quand ils ne seront que celle qui fut, ici, de l'eau. Les Pays-Bas sont en elle. Ils sont les formes qu'elle prend en ceux qui pensèrent la nier. L'illusion de la civilisation déploie tous ses charmes, tous ses chemins. Qu'est Amsterdam vue du ciel ?  Une toile d'araignée et la figure géométrique dessinée par la pierre qui tombe dans l'eau sereine. La toile. Ou comment la soie peut-être miracle de lumière à qui la revêt et renvoie à l’œil la clarté qui caresse sa peau. La soie, où comment la toile d’araignée est mirage de transparence à qui rêve et se prend dans ses fils, et ne renvoie à l’œil que la cécité d'une croyance, de la croyance, que l'air autour n'est pas hanté, que l'on peut marcher seul.

Au commencement, l'Esprit de l'homme planait au-dessus des eaux. Il ne les féconda, préférant au sillage éphémère que l'écume bénit de blanc, le sillon - illusion - dans la terre que la poussière effleure à peine et puis fait sienne.

Amsterdam est le reflet, dans l'eau, d'en haut. Parèdre, ou simplement complice d'une même oeuvre: paraître. La création est une onde qui s'émeut de son cœur, et explose et l'expose. Ou est-elle une toile tissée depuis le centre noir aux rayons maléfiques qui offre sa soie à la lumière contre sa soif à l'ombre du sang des aveuglés? Est-ce que le soleil est devenue araignée dans le froid des années-lumières? Est-ce que cette toile redeviendra soleil, et ses fils des rayons, quand seuls la conscience et l'amour parcourront ses chemins?

Rien qui ne soit que son contraire n'appelle, qui ne soit son contraire. Et puis il y a l'appel qui n'est pas du désir. C'est celui du Grand Vide: espace, feu, grand large, désert: ce que l'élément est lorsque rien ne l'arrête, quand rien ne le raisonne. Or qu'est ce qu'Amsterdam sinon la cité des digues et des canaux, la "civilisation". On parcourt cette toile comme un grand labyrinthe où l'on a l'impression de ne jamais se perdre, parce qu’on ne cherche pas en sortir-. Peut-être, quand j'aurai tout écrit, mes yeux ne verront plus, aveuglés par mon encre, pour s'ouvrir au-delà, et j'aurai levé l'ancre. Peut-être cessons-nous de voir ce que nous avons compris tant il est vrai que la culture est ce qui reste quand on a tout oublié. Que sert l'engrais sinon à se dissoudre dans le sol qu'il féconde? Seuls les fruits disent qu'il vit encore rédempté en eux. Tout est sphère et tout tourne. Que faire? Suivre un chemin qui part, c'est revenir à soi. Suivre tous les chemins, ça l'est encore, au terme. On peut s'arrêter en chemin pour croire que l'on s'est évadé, enfin. Et après quelque temps, c'est une autre prison. On peut devenir fou pour oublier cela, mais on l'est si on le nie.

Et dans ce labyrinthe qu’est Amsterdam, le Minotaure est invisible, parce qu'on est dedans. Dans cette toile, on ne voit l'araignée, parce que tout est elle. Mais surtout: araignées en vitrines vidant leurs proies depuis leurs sexes, araignées au comptoir, pompant les hommes depuis leurs bouches. La toile doit donner, si elle désire prendre. Elle se tend, elle tente, elle attend. Seul s'y prend qui avance. Seul avance qui désire. Seul désire qui ignore. Seul ignore qui ne voit. Seul ne voit qui s'aveugle. Seul s'aveugle qui veut. Et la volonté, c’est le libre arbitre, pour tout connaître, car tout doit être pour que le Grand Espace soit aussi, parce que le Grand Espace est d'abord.

Quand on ne peut avancer sans revenir au même point parce que tout est sphère, si bien que l'on a reculé, quand on ne peut non plus se tenir immobile si on ne veut tout ignorer de tout, il faut être partout sans un geste sinon celui d'ouvrir les bras: pour se rendre, tout prendre, tout perdre, et puis l'envol. Combien de fois oublier que Dieu fit l'homme à son image, que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, que l'on marche sur un miroir, sur un mirage, sur un miracle, jamais que sur de la mémoire. A l’age des colonies, que l’on appelle toujours sans honte « âge d’or hollandais », quand il fut devenu vain de peindre des saints, un dieu, une vierge, des anges que l'on n'entendait plus, que l'Eglise avait depuis longtemps arrêté d'écouter, quand on eut découvert un nouveau monde pour le livrer au mal, à la torture, pour y chercher de l'or ailleurs qu'au souvenir qu'il avait encore chez ses peuples de l'humain et de son origine, pour y répandre non le sens qu'on pouvait y reprendre, mais le sang, mais le feu, une partie de l'humanité tourna le dos au cauchemar en oubliant aussi le rêve originel défiguré. La Réforme représenta des hommes ;, car la Bible disait : « tu ne te feras d'image taillée de Dieu ». Elle oublia la lettre, la ligne, que juifs et musulmans avaient portée aux nues, dont ils firent le doigt tendu vers le mystère, dans le mystère, et le mystère lui-même. La réponse? L'être dans lettre. L'Igné dans ligne et dans l'arbre de vie. Ou la grande ignorance quand la ligne s'arrête. Car l'ignorance poursuit sa ligne et la dépasse et sonne comme une oraison  ultime. Mais il n'y a d'ultime qu'intime.

Alors les hommes sont sur les toiles flamandes. Une trentaine sur « La ronde de nuit », de Rembrandt. Si célèbre parce que ironique célébration d’un monde, d'une ère, d'un néant si chargés. La réforme n'a pas compris - refus de la mystique et de l'éloignement et du monde et des hommes pour revenir à eux et faire qu'eux-mêmes y reviennent enfin, mais nouveaux - la Réforme n'a pas compris que toutes les réponses, que toutes les réformes sont en l'homme, que toutes les illusions sont dans les œuvres qu'on fait avant de s'être fait soi-même. Sur les toiles il demeure le respectable, la matière, l'ennui, l'argent, la pesanteur, l'opulence et la bonne conscience. Dans le clair-obscur de Rembrandt, tout cela bascule dans le soupçon. Trop d'aisance chez cet homme, trop de lucidité, trop d'ombres dans sa vie, trop de souffrance, trop de nuit tombée au zénith de son astre pour ne pas voir que chaque chose a une ombre, que la lumière touche et arrache les êtres à « eux-mêmes » sans qu'eux-mêmes n'en sachent souvent la raison ni le sens. Le monde de l'homme, c'est celui du doute ou de l'illusion. Pourtant ce monde en porte un autre, et il est connaissance. Mais croire que la prospérité contient l'espoir entier, que cet espoir s'hérite de père en fils, c'est ouvrir des routes impériales à l'absurde et la mort.

Les protestants prospères? Protester, c'est s'enchaîner, et dans la chaîne est écrite la haine. On ne cultive pas la différence sinon dans le champ même de la compréhension, de ce qui nous mine et domine. Il y a les peintres de l'ennui, ceux de l'illusion, ceux du doute et ceux de la lumière. Ces derniers seront les premiers. Ils savent que l'âme attend dans la matière que l’œil dissipe le sortilège, l'enflamme et l'illumine. Tel est l'Art: l'ennemi s'élimine ou s'Illumine.

 

 

Fruit défendu

 

Amsterdam se dit ici A'dam. « Eve » peut signifier evening, car le soir est le temps de sa tentation. Pas seulement dans le Jordaan, jardin où furent placés les ouvriers il y a quelques siècles par leurs démiurges de maîtres afin qu'ils croissent et se multiplient. Mais après le démiurge, le déluge. Amsterdam fut la première des terres émergées, ou plutôt bâtie sur une eau qui n'est plus. Au commencement, l'esprit des hommes plana au-dessus des eaux. Terre nouvelle pour une ère nouvelle où l'homme serait la mesure de toutes choses, parce que se sachant le temple de l'Esprit universel, et le vivant en lui. Descartes, Spinoza, qui suis-je? Comme Descartes fit table rase de tout pour n'être plus que la conscience se sachant être, et alors partit à la découverte de l'humain, les Pays-Bas partirent du degré zéro de la matière, refirent la Genèse: un rêve en vol sur une rive et puis toutes les formes: nuages, miracles, mirages, miroirs, que la lumière enfante par les larmes de l'amante - ici certes diamants et perles au goût de sel - et les vagues de son corps. Et parce qu'Amsterdam est la terre génésique, en fractale de la théogonie, en fracture des lois humaines, elle revit aujourd'hui le mythe de la tentation du serpent de la connaissance offrant le fruit, défendu par Elohim. Spinoza dit: "Nous savons, nous expérimentons que nous sommes éternels". Nous sommes éternels en notre âme et conscience et nous sommes ternis en notre amnésie et némesis. Les fruits défendus de l'amour et des psychédéliques tendus par les Eve en bikini et les tentateurs tenanciers des coffee-shops donnent la connaissance du Bien et du Mal avec la volupté dont Baudelaire disait qu'elle est la jouissance dans la conscience du mal en train de s'accomplir - avec la culpabilité. Amsterdam nous met face à cette double tension vers la connaissance et le sentiment de faute que distille l'accès au savoir. "Connaître", en des termes bibliques, c'est s'unir charnellement à l'aimée. Le fruit que l'on fume ici donne le savoir de sa nudité, dévoile les masques et les grimages, et les grimaces que portent les visages dans l'ignorance d'avant la chute. On se voit, on se sent, on se sait enfin un. Pur espace, terriblement fragile si la peur est saisie et ainsi nous saisit, hologramme, esprit, énergie, onde ayant la forme  de la vision en laquelle elle se croira être. Les hollandais ont fait le pari de ne rien croire qu'ils ne sachent. Cela suppose du temps, des errances et déshérences, mais une errance est un voyage et les deux en s'unissant accouchent de la voyance. Terre de la fin, Babylone, toile d'araignée où la veuve noire ou blonde porte jarretelle, où le porteur de lumière a haut pignon sur rue. Amsterdam, où l'âme se damne? Certes, mais où elle renonce enfin au dogme, pour les drogues, soit, mais aussi pour la gnose au delà, la connaissance salvatrice. Je suis ce que je sais et je sais que je suis bien au-delà du savoir, pur voir. Il faut continuer d'interpréter ce songe qu'est la ville et que le pays est aussi car l'eau est la terre des songes dont le sable est le pigment. L'orange en alchimie signale et demande instamment d'attendre - le rouge, rubedo - oeuvre ultime. Tant que l'orange domine, rien n'est achevé.  Cela peut aussi être la tentation: se saisir de ce qui demande à mûrir encore, ou encore à mourir. Adam et Eve chassés d'Eden par leur créateur parce qu'ayant ouvert les yeux, avant qu'ils ne les gardent éternellement ouverts grâce au fruit qui fait vivre à jamais. Cette scène tant de fois peinte peut être ici vivante. L'initiation par les plantes est périlleuse, mais sans peur il n'est d'initiation. Apprendre en ce lieu à se placer en la conscience où tout devient lumière.

 

 

Makom Alef

 

Amsterdam, la "première ville". Comme Venise fut le premier ghetto. Faut-il que les terres d'accueil et d'exil des juifs soient toujours le recommencement du fiat lux, depuis et puis les eaux et en elles puisant la force de rebâtir?

Amsterdam première ville dans l'absolu du mythe. parce que sortie, sertie des eaux depuis la mer comme une onde depuis l'impact du premier son qui la toucha, se diffusant en cercles concentriques, canal après canal, ou en cercle vicieux, excentrique, canaille après canaille. Amsterdam est une onde, demi-cercle, eau douce s'unissant à l'eau salée pour donner une eau d'oubli, de connaissance, d'amertume, dont celui qui la boit n'aura plus jamais soif ou n'aura plus jamais foi. Et ce centre premier d'Amsterdam est la yoni, la vulve primordiale, clairement dessinée par et autour du Dam comme autour de la dame. Master dam, femme maîtresse car tout ici s'est fait sur et par l'eau. Mad master parce qu'ici ou non loin d’ici avec Erasme on fait l'éloge de la folie, maîtresse de sagesse.

 

 

Diamants

 

Les diamants. Entends en eux âme et diamants. Ecoute, regarde. On se crève les yeux pour tailler la lumière. Seule la lumière agit sur la lumière. Au début le charbon. Le séjour au plus profond de la terre, la traversée du désert, la descente aux enfers. Plus la mort du charbon sera longue, plus le poids de la terre sera grand, plus pur sera le diamant. Trente-trois facettes car le Christ est lumière. Le triangle au centre, car la Trinité est sa source. Accepter de ne pas brûler un instant - charbon - pour briller éternel - diamant - à la lumière et dans les yeux de la beauté. Qui dit diamant dit amante. Qui dit diamants dit amants. Et dans les champs de pétrole, le diamant est la pointe du forage  qui trouvera l'or noir, qui trouvera le feu. Et la pointe qui libérait le son des anciens cycles- vinyles - qui tournaient en ... trente trois tours.

 


Artifice

 

Amsterdam et Venise. Il semble que l'on ne puisse bâtir sur l'eau sans que le reflet n'exige de l'homme qu'il se tourne vers l'art et vers l'Orient. Voilà ce que partagent Amsterdam et Venise: le voyage en Orient et le voyage en art. Même si la vague est immobile, elle parait porter encore le rêve vers l'origine de la lumière. On ne fait pas rentrer la mer dans sa ville et sa vie sans qu'elle continue à respirer toujours. Alors soit on étouffe, soit on souffle avec elle. De toutes les manières. Mais cette mer qui est, demeure et restera la voie vers les Ailleurs, respire désormais, gonfle les voiles, gonfle les cœurs des hommes qui ont choisi de déguiser leurs actes à travers mille formes. Le nomade se laisse aimanter par les formes qui palpitent partout. Le sédentaire - quand bien même il n'aura qu'un port pour demeure, et Amsterdam, Venise, sont beaucoup plus qu'un port - se désire séducteur, se dit centre lui-même. Séduire. Et de nouveau, la toile d'araignée d’Amsterdam apparaît. Séduire, c'est attirer à soi, parce qu’on est seul. C'est donner pour reprendre et faire que l'autre se donne pour s'éprendre, se méprendre. Se nourrir du sang, du sens de l'autre, donc d'illusion. Car il n'est de sang porteur de sens sinon le sien. Sitôt que ces peuples choisirent de fonder un refuge sur ces îles de la mer du Nord ou de l’Adriatique, ils se fondirent aussi, transfuges dans un grand rêve d’or, d’art, de courtisanes. On ne peut mettre un terme à une quête sans qu'une autre n'inquiète ce qui n'a pas de terme, en nous et se combat : la recherche de la sécurité et la recherche du nouveau. Ce qui n'a pas de terme n'a pas non plus de fin. Mot équivoque, le « terme »: ce qui finit et ce qui définit: la parole clôt, la parole ouvre: « dé-finir » n'est-ce pas mettre fin à la fin elle-même, ainsi recommencer? Ainsi aussi se condamner à ne jamais se taire? Le silence, lui, n'entend ni mettre à jour, ni éteindre le monde. Il entend tout pourtant.

 

 

Den Hague, Mauritius


Ver Mer peignait dans des atmosphères peu éclairées qui faisaient ressortir le grain de la lumière, ralentie, comme le fixerait le fils photographique sensible. Il ne semble pas viser au réalisme, toujours trompeur, mais laisse l’œuvre entre deux mondes : celui d’une vérité première et dernière : le point, l’atome, le grain, la lumière, et celui d’une vérité relative : la scène représentée. Comme s’il voulait dire à la fois la vie matérielle et la vie lumineuse. Entre deux mondes, c’est la position de l’artiste : passeur entre les berges dont les œuvres sont les nefs de fortune. Peut-être est-ce ce qui fascine chez Ver Meer : cette lumière qui se matérialise, cette matière qui s’illumine, et l’homme se réfléchissant dans l’une et l’autre, se réfutant sans l’une et l’autre.

 


Wondelpark


La mémoire dit : « je sais ». La présence murmure à peine dans le souffle qui la parcourt : « je sens ». Dans cette eau verte devant moi, le soleil dépose des pétales de lumière comme des baisers sur sa peau. Des fleurs, des fées, du feu, des voiles blanches, et c’est si merveilleux qu’il paraît impossible de se lasser de cette vision qui est l’essence intérieure de la vie, et l’origine. L’eau, le feu ou la lumière, le vent et le able ou la poussière ont ceci de commun qu’on ne peut fermer le poing sur eux sans les perdre et ne saisir que l’ombre. Chaque vague que la brise de cette fin d’après-midi suscite reflète un soleil. Il suffit d ces deux éléments pour donner la vision du voile de maya, celui de la mariée : le couple réuni. Rien qui ne trouble autant les nuits qu’on voudrait chastes, rien qui chasse autant le sommeil, qui n’appelle autant l’éveil, donc. Rien qui ne fasse autant paraître vaine la vie, et desséchée l’existence qui la nie. C’est comme un feu dont on nous a appris à ne pas nous approcher, comme celui qui brûle en nous. Tout à l’heure un pigeon a volé sur toute la longueur du couloir de lumière, rappelant le baptême et l’onction du Jourdain.

 

 

Rose et vert

 

Brise légère vers le petit canal. Fleurs rose tombées de l’arbre au-dessus dans l’herbe verte, jaunie par l’auréole du couchant. Ces lignes sur ce papier, comme un cliché noir et blanc échouant à évoquer les couleurs de la beauté, et peut-être le sachant. Ce rose, ce vert, cet or sont saturés de grâce, gorgés d’elle comme de lait, de miel mêlés. De l’autre côté, des iris jaune se reflètent dans l’encre du canal. Bientôt, c’est celle de la nuit qui aura tout noyé, obligeant ceux qui refusent l’ennui à lever les yeux vers les étoiles, vers l’infini. Et le froid qui tombera sur cette peau que le soleil a caressée susurrera à l’homme de se fondre dans l’astre toujours brûlant du cœur dedans.

 


Extases


Si la joie divine, l’extase ne sont pas capables de faire oublier et dépasser la jouissance physique, le sexe, les drogues, alors ce ne sont pas la joie divine, ni l’union mystique, mais les limites d’un homme face à lui-même et devant chercher plus loin.

 

 

Van Gogh, Orchards in blossom


Lorsque la contemplation de l’œuvre capte l’esprit, entre la matière, peinture sur sa toile et reflet de sa propre pensée, on peut comprendre la vision de l’artiste qui précède et suit la réalisation du tableau. Car il y a le monde : modèle, paysage, scène, et il y a l’œuvre. Mais on oublie presque toujours que l’œuvre est le reflet du reflet du monde dans l’esprit du peintre. C’est une « image du monde » sur laquelle est fixé l’œil intérieur du peintre, dont la main exécute en médium le rêve vivant. Ainsi l’œil est-il d’abord cela: oniroscopie, vision des songes de l’autre, puis oniromancie : art d’interpréter les songes de l’artiste qui sont ceux de l’humanité.

 

Herbe

 

L’herbe rend réelle la pensée : toute image émise en laquelle on croit croît en nous et est énormément exagérée et vue comme pouvant se réaliser instantanément, et la peur de ne pouvoir échapper à la chose la rend désespérante, au sens fort du terme, donc dangereuse, à cause de l’illusion d’impuissance que nous avons, comme un cauchemar dont nous ne pouvons nous réveiller, dont nous ignorons qu’il est un cauchemar. L’herbe donne physiquement des expériences fortes, mais fait perdre l’esprit d’analyse et de synthèse, et le contrôle sur ces pensées. Le corps est déconnecté du moi conscient de lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de François-Marie Périer
  • Le blog de François-Marie Périer
  • : Un espace présentant mes activités et celles de la galerie-café cultures du monde La Vina: expositions, concerts, rencontres, essais, traductions, poésie, articles et reportages, conférences, carnets de voyages; photographie, culture,; réflexions...
  • Contact

Recherche

Liens