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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 10:06

 

 

Lien espace photographie François-Marie Périer:

 

 

www.flickr.com/photos/fmp

 

 

_________________________________________________________

 

 

Le recueil de textes de voyages sur l'Inde ( 1992 - 2007 )

 

Maha Maya Mudra ( Le Sceau de la Grande Magie )   

Carnets Indiens    

 

246

   

 vient de sortir aux éditions Brumerge

 

http://les-editions-brumerge.wifeo.com/maha-maya-mudra.php

 

vous pouvez l'acquérir pour 15 euros ( frais de port inclus)

en m'écrivant directement ou en contactant les éditions Brumerge

( conseillé cet été )

 

fmperier@yahoo.fr  ou  contact.brumerge@gmail.com

 

 

 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 13:42

 

Lien Photographie:

 

www.flickr.com/photos/fmp/collections

 

 

 

 

Blason anglais

 

 

                                                              Cathédrale de canterbury                                 dr F-M Périer

 

 

 

Finance et démocratie:

 

l'étude de l'Histoire révèle la manipulation des peuples par quelques élites touchant les banques, la politique, les lobbyes, les fondations, les grandes écoles...  Guerres et crises financées, confiscation des décisions et étouffement des alternatives. Conférence donnée à la Maison des Associations de Grenoble le vendredi 8 février 2013:

première partie dispoinible.

 

http://www.youtube.com/watch?v=6_dwfaiZd2E

http://www.youtube.com/watch?v=7fBIY_9qOFDs

 

 

Le Contact extraterrestre dans l'Histoire

 

 

Mythes, bon sens, réflexion, contacts modernes, traces iconographiques...  semblent démontrer la présence de différents peuples extraterrestres sur la Terre depuis trés longtemps et un rôle déterminant dans l'Histoire/les Histoires de l'Humanité.

 

 Conférence au repas de Grenoble du 4 avril 2013 OVNI, en voici le PDF.

 

Arche de Noé léger

 

Florence, Portes du Paradis de Ghiberti, L'Arche de Noé, ( 15ème siècle )        dr FM Périer

 

 

www.mediafire.com/view/?nw20yaajrf7j29j

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 15:56

 

Galeries photos sur:

 

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 23:04

Affiche L'Âme - soufisme indien Affiche L'Âme - soufisme indien

 

       233b

 

 L’Âme  :   لنَفسأ

 

          Atelier L’Œil et la Main

             Photographies et textes:

             François-Marie Périer

 

 

 

            du 23 novembre au 22 décembre 2012

           vernissage et musique persane

          le 13 décembre à partir de 18h30 et 20h.

            14 rue docteur Mazet, Grenoble

 

 


 

L’Âme et le vent se disent An Nafs en arabe littéraire, de  la même racine que Nafas, soupir, et que les mots désignant le souffle…

 C’est Psyché, Âme et souffle de Vie chez les Grecs, cette jeune fille dont la beauté dépassait celle - physique - de Vénus, qui en fut jalouse, et tenta de la perdre en la faisant séduire par son fils Eros, Amour ; mais ils tombèrent amoureux l’un de l’autre et se marièrent après de longues épreuves, si bien que l’Âme d’abord mortelle, unie à l’Amour, devint elle aussi immortelle.

Les noces de l’âme et de Dieu sont nommées Urs chez, les soufis, et elles adviennent lors de la mort, comme un fleuve se jette dans la mer.

Mais l’image et la sensation physique, intime, du souffle, c’est aussi celles qui peuvent venir en visitant les lieux soufis et leur grâce ; le souffle unit l’âme au corps et nous porte. La géométrie des tombeaux, de l’architecture, des arabesques, des jali, les moucharabiehs,  et des calligraphies est si épurée qu’elle en semble sculptée par le souffle lui-même. Et lorsque la mise au point de l’objectif fait apparaître la poussière du marbre comme inscrite dans un soupir en voyage, c’est encore le  secret du souffle qui soutient la Création, comme un pont d’étoiles, le Prana indien, qui est glissé à notre oreille.

 

Le Soufisme est une voie de la synthèse et de la réconciliation qui dément tous les fanatismes religieux et toutes les divisions intellectuelles, comme l’exprime ce célèbre poème d’Ibn Arabi, né en Andalousie, appelé « Le Maître des Maîtres. »2

Aussi qu’on ne s’étonne pas dans cette exposition de voir se côtoyer des termes de multiples religions et philosophies, car la théologie de toutes, au-delà de leur génie propre, est syncrétique.

 

 

Mon cœur est devenu capable

d’accueillir toute forme.

Il est pâturage pour gazelles

et abbaye pour moines.

Il est temple pour idoles

et la Kaaba pour qui en fait le tour.

Il est les tables de la Torah

et aussi les feuillets du Coran.

Je crois en la religion de l’amour,

où que se dirigent ses caravanes

car l’amour est ma religion et ma foi.

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:28

 

 

 

S  a  m  e  s  h  o  r  e  s

 

 

016.jpg

 

        Mahabalipuram, juillet 2003, photo dr François-Marie Périer


 

PHOTOGRAPHIES:  

www.flickr.com/photos/fmp/collections

 

link

 

 

Sameshores, en anglais, c'est  "Mêmes rivages".  

  Mais on entend aussi : "Sama' - shores", c'est à dire Les rivages du Sama',

  expression inspirée d'un poème de Rumî qui, avec de nombreux autres grands êtres,

décrit la création comme un concert universel, dont l'homme est souvent l'auditeur sourd ou distrait et l'interprête tatonnant. Mêmes rivages d'un concert universel, tel m'est apparu le monde au cours de mes voyages, dans sa diversité et son unité. Chaque lieu reflète les hommes et l'Esprit.

  Ce site comporte des textes et des articles, des liens vers des écrits et des publications, quelques photos.


 

 

 


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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:34

Le Saint Graal.

Interview de Jean Markale par François-Marie Périer,

Paris, salon du livre,

mercredi 21 mars 2001

 


 

 

Jean Markale est aujourd'hui la mémoire vivante du Graal. Ecrivain, homme de radio et de télévision, ancien professeur de lettres, voilà plus de trente années qu'il explore et fait connaître la mythologie celtique par une oeuvre de plusieurs dizaines de volumes. Dans cette interview, nous partons à la découverte du vase sacré, entre mythe et histoire, en même temps que des grands archétypes de l'âme humaine, à travers vingt siècles de quête initiatique.

 

 

 

 


"Je suis tombé dans le Graal et je n'ai pas pu en sortir." 

 

         FMP: Jean Markale, vous souvenez-vous quand, pour la première fois, vous avez entendu parler du Graal, et ce que cela a évoqué en vous?

         JM: La première fois que j'ai entendu parler du Saint Graal, c'était à Paris, en classe de troisième, par un jeune professeur qui était passionné par le moyen-âge, plus particulièrement par les romans de la Table Ronde. C'est là que pour la première fois j'ai entendu prononcé le mot. Et ça m'a rappelé les souvenirs de légende concernant les fées de Brocéliande, car j'ai passé toutes mes vacances d'enfance dans cette forêt de Brocéliande et j'ai entendu des histoires fantastiques et je me suis dit que c'étaient des histoires de bonnes femmes, des petits contes qui n'étaient pas connus en dehors de la région, et voilà que dans le programme scolaire, je retrouvais ces héros fantastiques, cette histoire mystérieuse du Saint Graal, et pour moi ça a déclanché un intérêt accru pour ces légendes et pour l'origine surtout de ces légendes en essayant d'aller le plus loin possible dans le temps pour découvrir d'où ça venait. En somme je suis tombé dans le Graal comme Obélix est tombé dans le chaudron et depuis je n'ai pas pu en sortir.

 

         FMP: Quel a été votre itinéraire, l'évolution de votre quête de la vérité du Graal?

         JM: La première étape, ça a été de lire le plus possible tout ce qui concernait ces fameux romans arthuriens, ces romans de chevalerie. Dans un premier temps, donc, ça a été l'étude de textes littéraires du Moyen-Age. Et comme je disais, j'ai eu la curiosité d'aller voir plus loin, je considérais que c'était d'origine celtique. Mais je ne doutais pas que c'était trés discuté. Il y a avait toute une école universitaire qui prétendait que Chrétien de Troyes, par exemple, était le créateur de tout ce cycle, que c'était purement quelque chose de clérical et de médiéval.

 

 

Les origines du Graal. 

 

 

         FMP: Vous voulez dire que certains avaient récupéré le mythe pour le christianniser?

         JM: Même pas: que le mythe était créé par les poètes du Moyen-Age. Pour certaines écoles. D'autres, que j'ai retrouvé en Sorbonne, comme Jean Frappier, étaient partisans, eux, de l'origine celtique de tous les romans. Et c'est cette école là qui, maintenant, est considérée comme valable. C'est à dire que plus personne ne pense que ça a été inventé au moyen-Age, parce qu'on a retrouvé des quantités de textes qui sont bien antérieurs aux romans du douxième et du treizième siècles. Alors, donc, à l'époque, je me suis acharné à vouloir démontrer l'origine celtique de tous ces récits. Pourquoi? Parce-que je suis breton aux trois-quarts, et un quart irlandais, et par conséquent je suis même allé voir dans les textes irlandais. J'avis trouvé sur les quais à paris un exemplaire défraichi il est vrai, mais précieux,  qui s'intitulait l' épopée irlandaise qui était due à un certain Georges Taupin, qui était professeur à l' Université de Rennes, et ça a été l'un des premiers à traduire du gaëlique des fragments d'épopées irlandaises. Bien entendu, j'ai rien compris. C'était en quarate-trois, pendant l'ocupation. Bien entendu je n'ai rien compris au texte irlandais parce que ça me sortait trop de la Bretagne, j'étais trop habitué à la Bretagne médiévale. Mais si, sur le moment, je n'ai rien compris, c'est quand même ça qui m'a permis ensuite d'aller vois beaucoup plus loin dans ces textes beaucoup pluds archaïques. Et je me suis mis à aller voir da,s les textes du pays de Galles, le pays de Galles étant du point de vue linguistique un pays trés voisin de la Bretagne: les bretons et les gallois, sur le vocabulaire essentiel, se comprennent. Ce sont deux langues soeurs. J'ai connu d'autres spécialistes de linguistique qui m'ont dit que, jusqu'au onzième siécle, le Gallois, le Cornic et le Breton étaient une seule langue avec des particularités dialectales. Alors il a fallu quand-même aller voir  du côté de la linguistique, et du côté aussi de l'archéologie, pour mettre en rapport les récits eux-mêmes avec le contexte culturel, si l'on peut dire, qui nous vient des découvertes archéologiques. Et plus tard d'ailleurs, je me suis interressé aux monnaies gauloises, qui sont assez extraordinaires parce qu'elles représentent trés souvent des scènes mythologiques sur leur revers, et des spécialistes des médailles, comme des mythologues, ont mis en évidence que parfois, les représentations de ces monnaies gauloises sont l'illustration de certains récits que nous retrouvons en Irlande. En irlande, les récits sont bien antérieurs. Ils datent à peu prés du septième siècle, ils ont été révisés au neuvième, et au onzième siécle.

 

 

Les symboles du Graal.

 

         FMP: Les récits du Graal?

         JM: Les récits de la mythologie celtique, où l'on retouve les symboles de la quête du Graal.

         FMP: C'est à dire? Il y a une coupe?

         JM: Il y a une chaudron, le chaudron d'abondance, mais on trouve également l'épée d'Arthur. Par exemple, dans un récit qu'on peut faire   remonter au septième siècle, il y a une épée magique qui s'appelle Kalad Bolg. Et c'est ce mot là qui est devenu Kaled Fourch, en gallois et en breton, Excalibur en français et en anglais. Le mot kalad boldges trés net: kalad, ça veut dire dur, fort, violent, et bolg, la foudre: "foudre violente", c'est le nom de l'épée d'Arthur. Mais elle se trouve dans des récits bien antéroieurs. Parmi ces objets, il y a également une lance qui a la particularité d'être toujours violente et qu'on ne peut calmer qu'en la trempant dans un sang contenant du sang humain. C'est la lance du Graal. Et puis il y a le chaudron d'abondance...

 

         FMP: Cette lance, est-ce celle du légionnaire qui l'a plantée dans le flanc du Christ?

         JM: Alors non, l'épée qui vient des îles du nord du monde, ça n'a rien à voir avec l'histoire du centurion longin. Ca, c'est une rencontre, quand les récits du Graal ont été récupéré par les chrétiens, pour différentes raisons, pour justifier le culte du précieux sang. Il y a également un autre objet, que les celtes primitifs ont ramené des îles du Nord du Monde, c'est l'épée Kalad Bolg, la lance, le chaudron. Lechaudron de Gundestrup est une représentation physique pais, dans le mythe, le chaudron fournit une nourriture en abondance. Il y a un quatrième objet: c'est un pierre. Une pierre qu'on appelle la pierre de Fal, la pierre du destin.

 

         FMP: Fal signifie destin?

         JM: Non, ça veut dire phallus. Mais cette pierre cri chaque fois qu'un futur roi va s'asseoir dessus. C'est un rituel d'intronisation magique du roi chez les irlandais d'avant le christiannisme. Ces objets, on les retrouve dans le mythe du Graal, avec la lance, le chaudron, avec l'épée d'Arthur, avec la pierre dont il faut retirer l'épée, et c'est comme ça qu'on a l'épée de souveraineté. Dans la version allemande de Wolfram Von Eischenbach, le Graal n'est plus un vase, il est un vase, une pierre tombée du ciel. Il y a quand même des coïncidences...

 

De l'émeraude de Lucifer à Pilate et plus loin encore.

 

 

         FMP: A propos, je ne me rappelle plus selon quelle source, mais j'ai entendu que le Graal aurait été taillé sur l'émeraude que mortait sur le front Lucifer lors de sa chute...

         JM: C'est une des versions. Ell est gnostique, elle provient du Moyen-Orient. On en trouve des traces dans deux évangiles dits apocryphes: l'évangile de Nicodème et les actes de Pilate.

         FMP: Dans les textes qui ont été retrouvés en 1945 à Nag-Hammadi, en Egypte?

         JM: C'est cela. D'aprés cete tradition, efectivement, la pierre ombe du front de Lucifer lorsqu'il est précipité dans l'abîme. Parce que c'est une pierre de lumière. Et elle tombe aux pieds d'Adam et Eve au paradis? Et quand ils sont chassés, ils ont le droit de l'emporter, et elle se transmet de génération en génération... Et elle arrive aux mains de Ponce-Pilate...

         FMP: Pierre-Ponce Pilate...

         JM:  (Rires) Le langage des oiseaux encore. Ce qui est important, c'est que Ponce Pilate fait tailler ça en forme de coupe et la remet à Joseph d'Arymathie, qui était son ami, quelqu'un de trés influent, eyt d'aprés cette légende, c'est Joseph d'Arymathie qui recueilli le sang du Christ à la descente de Croix, qui met à l'abri l précieux dépot, qui va ensuite chercher un lieu sur et qu'il va trouver, dit la légende anglaise, à Glastonbury.

 

         FMP: En passant par Oppidum Ra, qui est devenu Les Saintes Marie de la mer, avec Marie Madeleine... Alors là, par rapport au symbole de l'épée qu'il faut retirer du roc... vous avez entendu parler de la philosophie tantrique où, ce qu'il faut arriver à faire, c'est se retirer avant de perdre cette énergie. Et j'ai l'impression qu'arriver à retirer cette épée de la pierre, quelque part, c'est  arriver à se contenir, à se vaincre soi-même et par là devnir roi par une sublimation de cette énergie. Il ne faut jamais renverser le vase...

         JM: Je suis tout à fait d'accord sur cette interprétation. Entièrement. Et curieusement, je ne sais plus à quel endroit de l'Italie, du côté de Florence, il y  aune petite abbaye où se trouve une épée fichée dans un rocher. Et on nous dit que c'est un chevalier qui en avait marre des croisades et des guerres et, en signe de paix, a planté son épée dans le roc, et aujourd'hui l'épée s'y trouve toujours. C'est comme si il avait replacé l'énergie dans la pierre maternelle, dans le ventre de la terre. C'est cete même idée, bien qu'on ne parle pas là du Graal. Mais peu importe... cela reste trés curieux.

 

 

Marie-Madeleine, le Christ solaire et l'alchimie.

 

         FMP: Pour en revenir aux Gnostiques, c'est aussi dans les textes de Nag Hammadi qu'on trouve une allusion au fait que Marie-Madeleine aurait été l'épouse du Christ. Par la suite, des chercheurs ont émis l'hypothèse que ce Saint Graal qu'elle portait était en fait la descendance du Christ en elle: le Sang Royal: elle portait le sang du Christ en elle.

         JM: dans les manuscrit du Moyen-Age, Saint Graal,c'est Sangréal, en un seul mot. Cela peut être décomposé en Sang royal aussi bien que Saint Gréal.

 

         FMP: Une autre chose étonnante est que Marie-Madeleine, Marie-Salomé, Marie-Jacobé, Sara, leur servante, Lazare et Joseph d'Arymathie ont été mis sur une barque sans rame ni voile. Et c'est donc aussi "sans grément"...

         JM: Bien sûr. Mais l'idée de la navigation sans pilote, on la retrouve dans tous les récits mythologiques celtiques. Absolument partout. Et, dans l'histoire de Tristan, quand il est blesé à mort, il se fait mettre sur une barque et puis, à la gràce de Dieu! Et il aboutit en Irlande où il se fait guérir par la reine Yseult. Et combien de saints irlandais sont venus comme ça sur des barques sans pilotes... Et dans les récits mythologiques pré-chrétiens, il est toujours question d'un bateau qui conduit le héros quelque part, et il n' a jamis de pilote.

         FMP: Oui, ils sont poussé par le vent de l'Esprit.

         JM: Voilà. Tout cela est symbolique, bien sur.

         FMP: Par rapport aux faits, il y a deux versions: départ d'Egypte ou de Terre Sainte, mais toutes tes terres sont saintes... mais l'arrivée du groupe de disciple se fit donac à Oppidum Ra. Et cela évoque de façon nette la traversée de la nuit, des ténèbres, la mort symbolique du dieu Egyptien Ra, le dieu soleil, sur sa barque. Ra est le fils d'Isis, la Vierge noire. N'oublions pas en outre que Jésus est le héros solaire par excellence: il nait le 24 décembre, jour où le soleil reprend sa remontée vers le solstice du 21 juin. C'est donc la renaissance aprés la traversée des eaux de la mer et la mort.

 

         JM: Il y a une chose qu'on peut dire à propos du symbole, c'est que tous les récits nous décrivent des batailles épouvantables: les chevaliers se battent contre des monstres, contre des adversaires gigantesques, horibles... Ce sont des combats intérieurs, symboliques: ils combattent leurs terreurs, leur noirceur, tous leurs interdits pour aller plus loin. Ce sont des initiations successives, c'est lutter contre soi-même. il ne faut pas prendre ça à la lettre et se dire... Non, non, non.

         FMP: Il ne faut pas devenir comme des joueurs de jeux de rôle qui finissent par se jeter du haut d'un gratte ciel... Je vous pose la question de manière nette: pour vous, qu'est-ce que le Graal?

         JM: C'est la découverte de quelque chose qui est en soi, que toute le monde peut avoir: a reéalisation de l'être. Le tout est de le découvrir au terme d'une quête, c'est à dire d'une série d'initiations. II y en a qui y arrivent, il y en a qui n'y arrivent pas. Come quand on joue au jeu de l'oie, on avance de case n case, des fois on rest eprisonnier, des fois on revient en arrière, et puis il arrive qu'on aille trop loin et qu'on retoourne en arrière. Pour moi, la quête du Graal, c'est le jeu de l'oie.

 

         FMP: Oui, d'ailleurs, le jeu de l'oie, il me semble que c'est un jeu alchimiste, dans la mesure où les pélerins de Saint-Jacques, patron des alchimistes, avaient le symbole de la patte d'oie, la coquille

 Saint-Jacques. C'est le pélerinage vers la révélation, la guérison spirituelle.

         JM: D'ailleurs, c'est dans le sud-ouest, la région toulousaine que l'oie devient un animal symbolique et sacré, comme à Rome. Dans le nord, ça pourrait être le jeu du cygne, le cygne étant un animal sacré lui aussi, un animal hyperboréen par excellence, qui se retrouve également, lui, dans tous les récits mythologiques.

         FMP: Il nous faut donc suivre les cygnes et l'oie! Encore une fois, et plus que jamais, nous sommes en pleine langue des oiseaux.

         JM: Encore une fois!

         FMP: Alors, le Graal est un réceptacle...

         JM: C'est uniquement un récipient. Chrétien de Troyes qui en parle donc le premier dans son conte du raal nous dit que Perceval voit une trés belle jeune fille qui porte un Graal d'où émane une liumière étonnant. Mais il ne nous dit pas ce qu'il y a dedans. ce sont les continuateurs de Chrétien de Troyes qui ont placé dedans le sang du Christ. Il y a une synthèse des différents mythes qui a été faite, pour différentes raisons.  Mais à l'origine, on ne sait pas ce qu'il y a dedans. On peut y mettre tout ce qu'on veut. D'ailleurs, le mot Graal provient de l'ancien occitan Gradal, en occitan moderne Grasal, latin cratalem à l'accusatif. Détail curieux, je faisais une conférence à Toulouse et une personne m'a dit: "savez-vous qu'à oulouse, pour faire le cassoulet, on se sert d'un gradal", un récipient en terre.

         FMP: Et quelle est la viande que l'on met?

         JM: De l'oie!

         FMP: Eh bien voilà!

         JM: Et je maintiens que le véritable cassoulet se fait à l'oie. Il y aurait à dire sur tout symbolisme, évidemment. La gastronomie n'est pas profane, elle est sacrée.

         FMP: Puisque l'on évoque l'homme dans sa chair et les organes humains, le Graal est-il pour vous le crâne, le coeur, ou le sexe?

         JM: Je crois que c'est les trois. Ils sont absolument indissociables.

         FMP: Mais cette énergie, à la base, est sexuelle?

         JM: Evidemment. Il faut faire remonter la kundalini... Cela se retrouve dans des techniques qui n'ont jamais été comprises. Par exemple, ce qu'on a reproché aux Templiers, le fameux baiser obscène.

         FMP: Ce serait aussi une étymologie humoristique des cathares, de l'anglais cat.

         JM: Oui, qu'est-ce que ça veut dire, embraser le derruère d'un chat, sinon réveiller l'énergie qui se trouve exactement entre l'anus et le sexe et la faire remonter jusqu'au cerveau. C'est cela au départ. Alors, peut-être que les Templiers ne comprenaient plus. Mais on leur a reproché ça et ils n'ont pas su l'expliquer. Parce qu'on prête aux Templiers des connaissances qu'ils avaient perdu. Il ne faut pas oublier que acques de Molay était illettré, il ne savait pas lire. Cela, on ne le dit jamais.

         FMP: Mais il y avait une mémoire orale extraordinaire.

         JM: Bien sûr.    

 

Le Graal aujourd'hui.

 

 

         FMP: Alors, où en est le Graal aujourd'hui? Où en sont ceux qui en parlent, ceux qui prétendent l'avoir trouvé ou savoir ce que c'est?

         JM: Cela dépend des personnes. Ceux qui ont réussi à intégrer en eux toute la force du Graal ont trouvé le Graal. Il y a un exemple trés populaire, c'est dans le fameux film "La dernière croisade". Le héros, Indiana Johnes, cherche le Graal. Pourquoi le cherche-t-il? Pour le mettre dans une vitrine dans un musée...

Les nazis, parce que c'est la puissance. Et le père, qui est magnifiqement joué par Sean Connery...

         FMP: Qui est celte d'ailleurs.

         JM: Oui, un bon écossais...Alors, il cherche le Graal intérieurement. Eyt on va se rendre compte que le véritable découvreur du Graal dans cette histoire, c'est le père: il revient rasséréné: il réalisé en lui sa quête du Graal et il est heureux. Cette quête du Graal, nous sommes tous capables de la réussir, mais c'est intérieur, et on se trouve bien aprés. Evidemment, c'est symbolisé par la coupe, la pierre qui devient la pierre  la Pierre philosophale dans l'alchimie. L'alchimiste qui a réalisé son Grand oeuvre ne peut pas faire sa pierre sans se transformer lui-même.

         FMP: Sinon, ce n'était qu'un "souffleur".

         JM: Voilà.

         FMP: Par rapport à ce vase de Joseph D'Arymathie qui aurait recueilli le sang du Christ, est-ce que vous pensez que cet objet existe?

         JM: Non, il n'existe pas. Il est impossible qu'il existe. Mais on l'a représenté sous forme de calice, ous forme de chaudron, sous forme de coeur... Il n'y a pas de Graal, bien que certaines personnes puissent prétendre qu'il de trouve à Glastonbury, dans le Calice well: Il y a sur le flanc de la colline de Glastonbury...

         FMP: Une source...

         JM: Oui, mais c'est une fausse étymmologie, une étymologie poulaire. En réalité, Glastonbury vient de "tombeau de Glasten", qui était un saxon. Mais on en a fait la cité de verre, dans lesanciens textes Inishviller, c'est à dire l'île de verre. On l'a appelé Avallon. Quand on va à Glastonbury, on vous dit bien en arravnt: vous êtes en Avallon. Les vaux d'Avarron. Avallon est un endroit mythique, mais les gens de Glastonbury croient fermement que le Graal se trouve dans cette source, parce que l'eau est ferrugineuse, elle coule rouge. Il rest e que cet endroit est trés symbolique et trés sacré.

         FMP: A partir du momenbt où autant de personnes sont allés sur ce lieu, il est aussi tout imprégné de ferveur et de spiritualité.

         JM: Bien sûr. C'est là qu'on aurait trouvé les tombeaux d'Arthur et de Guenièvre.

         FMP: Arthur a-t-il vécu en Bretagne?

         JM: Jamais. La légende s'est implantée au onzième siècle parce que, lors de la conquête de l'Angleterre par les normands, des bretons y ayant participé, ils ont ramené chez eux les légendes et les traditions, qu'ils ont implanté chez eux, tout simplement.

         FMP: Arthur doit, il me semble, revenir pour réaliser la libération de son peuple?

         JM: Oui, il doit toujours revenir.

         FMP: Il est curieux de voir que les juifs ont le Messie, les chrétiens ont le Christ, les mayas ont Quetzalcoatl, le serpent à plumes, les bouddhistes et les hindoux ont Maitreya.

         JM: La "parousie".

         FMP: Le Graal, c'est la lutte entre les ténèbres et la lumière. Actuellement, où est la lutte? Qu'est-ce qui incarnerait aujourd'hui la lutte entre le bien et le mal?

         JM: Ell est à la fois intellectuelle, économique et politique. Nous devons lutter contre les puissances qui nous oppressent. Si vous voulez, la lutte de la démocratie contre la dictature. En gros.

         FMP: De la véritable démocratie.

         JM: De la véritable démocratie, j'en conviens. C'est donc un combat de tous les jours. Sur un plan social, c'est lutter contre toutes les intolérances, de quelque côté qu'elles puissent venir, d'ailleurs: c'est aussi bien le nazisme que le stalinisme qui sont visés comme forces noires.

         FMP: Cela est particulièrement net. Recemment, dans une ancienne revue Planète, je lisais un article sur les "sorciers" de l'Ile de Man, en Angleterre. Et l'un d'eux disait qu'à chaque époque, un individu va incarner le mal, va se faire le hérault et le héros du mal. Ainsi, ce sont les sorciers qui auraient déclenché la tempête qui a eu raison de l'invincible armada espagnole au XVIIème siècle, puis de Napoléon et d'Hitler.

         JM: Je me suis en effet laissé dire que tous les sorciers de Grande-Bretagne se sont réunis pour lutter psychiquement contre les nazis aprés juin quarante et que beaucoup sont morts d'épuisement à cause de l'énergie terrible qu'ils ont dépensé.

         FMP: Ils se rénuissaient parait-il en cercle, se concentraient sur Hitler et disaient: tu ne peux pas, tu ne peux pas.

         JM: Et aujourd'hui, c'est toujours le spectre du néo-nazisme. Mais il y a toujours les forces du bien qui réagissent: il y a toiujours un Perceval ou un Galaad qui va découvrir le Graal.

         FMP: Il y a une satuette maya qui représente Quetzalcoatl avec, derrière, collé à lui mais lui tournant le dos, Xolotl,  le Lucifer amérindien: le mal s'incarne toujours avec le bien afin que leur lutte pousse les hommes à franchir des épreuves toujours plus grandes et à évoluer.

 

Le sens du "mal".

 

         JM: A cette égard, la légende de Merlin est révélatrice:  pourquoi la légende, élaborée au treizième siècle, qui a fait du personnge historique un être mythologique, a-t-elle fait de Merlin le fils d'un Diable et d'une sainte femme? Cela veut dire que Merlin est à la fois blanc et noir. On retrouve les couleurs bretonnes. Moi qui ai interprété Merlin sur scène, j'avais un vêtement moitié noir, moitié blanc, parce que je me prend volontiers pour Merlin, il est révélateur. mais pourquoi a-t-on fait de Merlin le fils d'un diable et d'une sainte femme?  On explique qe les diables avaient tenu une conférence en enfer: "Jésus nous a enlevé nos clients, ça ne va pas... Et si on faisait la même chose: si on faisait incarner un diable, il nous raménerait des clients. C'est pour ça q'un démon incube vient surprendre cette sainte femme. Mais évidemment, les forces de lumière, du bien sont plus fortes que les forces de l'ombre. Et Merlin mit sa diablerie au service d'une humanité blanche. Ce combat est encore symbolisé par la lute de Saint-Michel contre le dragon. Attention,  Saint-Michel ne tue pas le dragon: il le terrasse. Mais ce qu'on oublie de dire, c'est que le dragon dit à Saint-Michel: "Attention, ne descends pas trop bas." C'est l'équilibre.

         FMP: Je voyais plutôt ça comme une allégorie du feu de la kundalini qui est dompté, puis élevé le long de la lance qui est la colonne vertébrale.

         JM: Non, à mon avis, c'est la terre mère, le serpent python.

         FMP: Il y a aussi la figure récurrente de la grande prostituée.

         JM: Absolument. La reine Guenière, qui a été affadi dans les romans, puisqu'on lui donne un seul amant, c'est à dire Lancelot, devait en réalité se partager entre les chevaliers, parce que Guenièvre, qui représente la légitimité, la force, donne cette force aux chevaliers qui luttent pour elle. On trouve cette idée dans une trés ancienne légende: la légende irlandaise de la reine Mève, la reine îvresse. Elle cocufie son époux royal et lorqu'il l'apprend, il répond philosophiquement: "Je sais bien, mais il ne peut pas en être autrement, car la reine Maev doit offrir "l'amitié de ses cuisses"à tous les guerriers dont elle a besoin pour entreprendre une expédition. Cela veut dire ymboliquement qu'elle distribue son énergie àç tous ceux dont elle a besoin pour assuer la défense du royaume.

         FMP: Il y avait aussi en Inde des prostituées sacrées pour les initiés.

         JM: Dans la Bible, se prostituer, c'est sacrifier à la déesse mère. C'est donc altérer la religion Yahviste,celle du mâle. On retrouve aussi cela avec marie-Madeleine. Si on lit un petit peu entre les lignes,

on s'aperçoit que Jésus a été initié à la religion Yahviste, à la religion du père, par Jean-Baptiste dans l'eau du Jourdain. Mais on ne fait pas attention à la deuxième initiation, qui se troiuve en Béthanie, quand Marie-Madeleine répand le parfum et essuie avec ses cheveux: c'est l'onction sacerdotale de la grande prostituée. Marie-Madeleine devait être trés riche et ce devait être une grande prêtresse. Donc, Jésus, avec les deux initiations, réconcilie la religion du père avec la religion de la mère. Ce qui ne plaît pas à Judas qui se met à rouspéter: "A quoi ça sert de gacher cet argent..." et qui trahit pour ça: il ne trahit pas pour les trente pièces d'argent ou les trente deniers: c'est toiut simplement parce qu'il a trahi la religion du père.

         FMP: Est-ce-que, dans les quêtes initiatiques des différents héros, il y a un parcours initiatique avec des épreuves récurrentes, ou bien chacun, à sa manière, montre-t-il une voie différente?

         JM: Ce sont des quêtes solitares en fait. Mais de manière générale, on peut constater ceci: chaque foids qu'ils sont sur le point de réussir, ils sont tentés par une femme qui vient s'interposer, qui constitue un obstacle. Cette femme va les détourner de leur but pour les mettre à l'épreuve en fait. S'ils dépassent l'épreuve, ça va, ils vont réussir, sinon, ils vont régresser, ils vont revenir en arrière.

         FMP: C'est aussi cet appel de la terre-mère de l'anima qui n'a pas été domptée et rédemptée complètement.

         JM: Oui. Alors l'exemple typique, c'est Lancelot: Lancelot n'a qu'une idée en tête: c'est Guenièvre. Il dit qu'li cherche le Graal, mais e réalité il cherche la femme, dans toute sa splendeur? Et Morgane et les crétures de morgane s'interposnet continuellement et lui font des propositions malhonnêtes. Il résiste, parce qu'il n'aime que Guenièvre, et il est complètement obnubilé par le personnage de Guenièvre. Mais, à chaque fois, il franchit une étape pour aller plus loin. C'est tout à fait typique. Morgan n'est pas une mauvaise fée, elle est là pour présenter les obstacles que les chevaliers doivent franchir.

         FMP: Comme dit Nietszche: "Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts."C'est une chose qu'on a du mal à comprendre. Mais la lecture du livre de Job peut nous y aider, en voyant comment Dieu utilise Satan pour renforcer et passer au feu la foi de Job.

         JM: Tout à fait. Sinon, comment comprendre le mal?

 

La femme, clef du Graal.

 

         FMP: Il y a aussi la relation entre le diable et la femme: il semble que la femme soit le véritable enjeu  de la lutte: si l'homme vainct le mal, il conquiert la femme, et s'il conquiert la femme, il vainct le mal.

         JM: Oui, mais on a voulu diaboliser la femme       au Moyen-Age, et l'étude aprofondi des romans de la Table Ronde montre qu'on a voulu peu à peu occulter la femme. Elle avait un rôle beaucoup plus important.

La femme est quand même la femme solaire. Dans les langues celtiques et germaniques, le soleil est féminin, et la lune est masculine. Et je dis toujours que c'est l'histoire de Tristan et Yseult. Le prototype de la légende de tristan et Yeult se trouve dans un récit beaucoup plus ancien d'Irlande: l'histoire de Birmaid et Xaïn, et Crann, qui était la femme du roi Finn, et c'est elle qui oblige le jeune Birmaid à s'enfuir avec elle. Tristan et Yseult est vraiment le prototype de cette égede. Ce qu'il faut voir, c'est que Rania est un nom qui vient du mot gaélique qui signifie soleil. Donc Yseult la blonde: elle rayonne. C'est ce qu'on retrouve dans le fameuse Walkyrie qui est entourée d'un cercle de flammes que Sigfrid va délivrer. C'est la femme solaire, véritablement. Dans la légende de Tristan et Yseult, Tristan et blessé mortellement trois fois: la première fois il, est guérie par Yseult et sa mère, la deuxième, il est encore guéri par Yseult, la troisième fois, Yselt arrive trop tard: il y a eu une tempête et un calme plat: elle ne peut pas le sauver et il meurt. Pourquoi? On nous dit dans le texte du treizième siècle que Tristan ne pouvait vivre que s'il avait des rapports avec Yseult, une fois par an au moins. C'est l'histoire de la lune noire qui doit être régénérée par le soleil: Tristan est l'homme lune: il ne peut pas vivre s'il ne reçoit pas la lumière du soleil, l'énergie féminine. Dans le monde méditerranéen, ça a été inversé. Dans le nord, le soleil est beaucoup plus rare, donc précieux, c'est la force.

         FMP: C'est le soleil caché, à l'image de la femme qu'il faut aller chercher, derrière les nuages ou les voiles qui nous cachent sa lumière. Pour en revenir à marie-Madeleine. Pensez-vous que le Christ ait eu une descendance.

         JM: Je n'en sais rien. C'est possible. Je serais tenté de la croire.

         FMP: FMP: Les évangiles gnostiqures de Nag Hammadi sont trés clairs à ce sujet, en particulier l'Evangile selon Philippe.

         JM: Tout à fait? Et atention, à qui le Christ apparaît-il en premier? A Marie-Madeleine. C'est d'une importance capitale.

         FMP: Votre nom, Markale, donne "le karma" en anagramme...

         JM: On vient de me dire que les celtes croyaient à la réincarnation. Je n'ai jamais trouvé trace dans  aucune tradition ancienne. Peut-être qu'ils y croyaient, peut-être... Ce n'est qu'à partir du quinzième siècle avec les voyages, l'alchimie, les traditions venues d'Orient, que cette idée s'est intégrée. Mais Markale, à l'envers, donne le scorpion, en arabe: el akram. Mais mon nom, pour moi, n'a aucune signification, j'ai choisi ce nom quand j'avais douze ans. Mais évidemment le hasard n'existe pas. Mark, c'est aussi le cheval, en breton.

         FMP: Dans le Graal, quels sont les défis qui sont posés et proposés à l'homme et la femme? Si l'on a vuceux de l'homme, on a l'impression que la femme est dèjà arrivée, comme une âme divine à laquelle l'^pame humaine masculine doit s'unir au terme de ses épreuves.

         JM: La femme est déjà arrivée. Elle contient en elle-même toute la vérité du Graal, mais elle a besoin de l'homme pour que ce soit pleinement révélé à l'extérieur. Mais ce sont toujours des femmes qui finissent par guider les chevaliers vers le lieu où se trouve le Graal. C'est trés significatif, et les chevalier doivent absolument ganer l'amour de cette femme unique pour atteindre le chateau du Graal, le temple du graal qui reporésente la totalité des choses. Lorsque Galaad se penche pour contempler le Graal, il dit: "Tout m'est révélé, je n'ai plus besoin de vivre". Et il meurt, parce qu'il a vu la vérité absolu. Les autres se sont contentés de regarder de loin le Graal.

         FMP: Il meurt, mais est-ce qu'il accède à une incorruptibilité du corps comme certains alchimistes l'auraient fait?

         JM: Oui, le Graal est la quête d'un autre état de conscience, mais la quête aussi d'un état corporel. Rappelons Jésus qui dit à Marie-Madeleine au sortir du tombeau: "Noli me tangere", "ne me touche pas, je ne suis pas encore au royaume au royaume de mon père." Il n'a pas fini sa transformation.

         FMP: Donc, la femme doit être révélée à elle-même. Pour l'homme, ça passe par des épreuves, le processus d'individuation dont parle Jung...

         JM: Des épreuves actives, vraiment actives.

         FMP: Si l'on prend le cas de Kundry, dans le Parsifal de Wagner, ou de Pamina, dans La flute enchantée, de Mozart, on voit des femmes sous l'emprise d'une autre femme, la reine de la nuit, ou d'un homme, le magicien noir Klingsor, dont elles doivent se libérer, comme, pour reprendre des termes junghiens, d'une anima et d'un animus qui sont mal vécus.

         JM: Les magicien noirs représentent les forces obscures qui sont en nous et qui sont chez la femme comme elles peuvent être chez l'homme.

         FMP: Mais comment la femme va-t-elle se libérer, elle?

         JM: Par la révélation sexuelle.

         FMP: Finalement, c'est le prince charmant qui va tuer le père.

         JM: Voilà. Elle va devenir femme. Elle n'est que petite fille, elle va devenir femme. Elle a le potentiel énergétique qui ne peut être mis en action que lorsqu'elle est révélée.

         FMP: Oui, aprés, cette révélation peut être celle de l'Amant divin, et l'exacerbation du désir va être sublimée, comme chez les mystiques qui se marient au Christ, ou à la Vierge qui sont l'époux ou l'épouse.

 

        

 

        

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:33

L'art du Gandhara

 

 

L'antiquité a été une période paradoxale où l'homme exaltait la guerre en même temps que la recherche de la paix intérieure, ce qui la place aux antipodes exacts de notre monde moderne.

Alexandre le Grand fut un personnage hors du commun, parmi tous les conquérants que connurent ces temps. Sa vie ne fut-elle qu'une conquête ou qu'une quête? Etait-il assoiffé de sang ou bien de sens? Il poussa son avancée jusqu'à l'Inde, accompagné de philosophes, de savants, d'artistes eux aussi en quête d'une expansion non tant de leur empire sur le monde, que sur leur âme et  leur science. L'art du Gandhara, ou art gréco-bouddhiste, est né de la rencontre des canons de la beauté grecque avec les modèles du bouddhisme encore à l'aube ou au matin de son histoire, au soir de celle d'Alexandre. Non loin de là où on tire aujourd'hui à l'arme automatique sur les immenses statues de l'Eveillé.

 

 

Les fleurs d'une rencontre

 

Le Gandhara, une fois les conquêtes d'Alexandre achevées fut, entre les premiers siècles avant et aprés Jésus-Christ, un royaume bouddhiste habité par la paix et la prospérité, partagé entre le nord-ouest du Pakistan et le sud-est de l'Afganisthan actuels. Ce royaume correspondrait actuellement à la vallée de Kaboul autour de Peshawar et Swat, où la plupart des rois avaient leur capitale. Cependant, on trouve des vestiges de cet art au Cachemire, au Penjab, au Saurashtra, au Gujarat et jusqu'aux grands centres commerçants de Mathura et ses environs, sur le Yamuna. C'est aprés la chûte de l'empire des Sungas et avec la prise de pouvoir des souverains grecs et parthes dont plusieurs adoptèrent le bouddhisme ou le brahmanisme, sans pour autant renoncer à leur conscience nationale, que la région connut son plus grand fleurissement artistique.

On peut dire que l'art du Gandhara est le premier exemple d'interpénétration réelle, dans les arts figuratifs, entre l'Europe et l'Asie. Le Gandhara possédait, en ces temps-là, prés de 1600 monastères, décorés, comme leurs stupas, de statues et de bas-reliefs en pierre ou stuc.

On trouve également, témoignant des influences grecques, des colonnes de style corynthien, des centaures, des guirlandes aux motifs de vigne et des atlantes... et l'urbanisme lui-même a connu des influences du monde hellénistique. Mais l'arhcitecture ne fut pas le domaine le plus réussi de l'art du Gandhara et celui qui demeurera aussi bien dans la mémoire du bouddhisme que de l'histoire de l'art.

A partir du deuxième siècle aprés Jésus-Christ, le Bouddha commença à être représenté, pour populariser son culte, sous des traits humains, bien qu'il ait demandé lui-même, avant son Mahaparanirvana, son extinction suprême, qu'aucune représentation ni culte ne soient pratiqués. En effet, même sous l'empire des Mauyas, dont Asoka fut le plus célèbre représentant, le Bouddha n'était symbolisé que sous la forme du lotus, des empreintes de pas et du tône vacant.

La pierre utilisée était soit la pierre grise et verdâtre du Gandhara, soit la pierre rougeâtre de Mathura, mais dans les images qui étaient destinés aux temples ou aux mécènes fortunés, les artistes oeuvrèrent aussi avec le schiste, puis le stuc, et enfin la terre cuite peinte, comme en témoignent de nombreuses têtes du Bouddha, dont on pense qu'elles furent auparavant modelées dans des moules.  Au Gandhara, il a alors un visage de type grec, trés régulier et "géométrique" en quelque sorte, car pour les grecs, l'ordre était l'expression de la lumière.  Ses cheveux sont bouclés, frisés ou remontent en un chignon qui évoque le chakra aux mille pétales, celui de l'Eveil. Les oreilles sont allongées, en signe de sagesse, le front porte un point, le troisième oeil, et la tête est souvent entourée d'une auréole, lumière émanant du chakra cité.  Enfin, il arrive même qu'il porte une moustache, ce qui est évidemment surprenant. Mais celle du XIII° Dalaï Lama ne l'était-elle pas tout autant?

L'Eveillé porte également des toges de style romain et son visage a une expression ataraxique, pour reprendre un terme grec signifiant "sans désir", ce qui est le but de tout philosophe grec de l'antiquité, but qu'il partage avec l'ascète bouddhiste.

 

 Les scènes figurant sur les bas-reliefs concernent généralement des moments de la vie de Bouddha: l'enfance et la jeunesse sous l'étroite surveillance de son père, le roi Sudoddhadana, qui désirait lui éviter toute soufrance pour l'empêcher de devenir le grand Boddhisattva q'un vieux sage, le grand rishi Asita, avait annoncé lors de sa naissance; le mariage avec la belle Yashodara, qu'il allait ensuite quitter dans la nuit au milieu du sommeil du palais, aprés qu'elle lui a donné un fils; la première méditation , sous la protection des Nagas, ces mythiques serpents de la sagesse; la nuit de Illumination aprés la victoire sur Mara et ses trois filles; la vie monastique, enfin, parmi les bikkhus, les moines de la sangha, toujours plus nombreux: tentative d'assassinat par des sicaires envoyés par Devadatta, le cousin du Bouddha, "grand prodige magique" de Sravasti, au cours duquel l'Eveillé fait surgir alternativement de l'eau  de ses pieds et du feu de ses épaules . Il est donc sculpté aussi bien assis que debout.

A côté de ces représentations classiques, concernant le Bouddha lui-même dans son incarnation la plus célèbre, il faut noter que le Bouddha à venir, Metteya en Pali, Maïtreya en sanskrit, est aussi représenté, ainsi même qu'une ancienne incarnation du Bouddha au cours de laquelle, sous les traits du brahmane Sumedha, il étend sa chevelure sous les pas du Bouddha Dipankara pour lui éviter de se salir et s'engage, par son humilité et sa foi, à devenir le Bouddha des temps historiques.

Cependant, pour reprendre le mot d'André Malraux, connaissaneurde l'art oriental comme en témoignent ses aventures dans les temples d'Angkor,  "l'histoire de cet art est celle de la conquête de l'immobilité". En effet, l'aspect du Bouddha devient nettement celle d'un méditant, se détachant du modèle précédent, où il pouvait évoquer une sorte d'athlète à la fierté affirmée.

 

 

L'Eveillé au milieu de dieux de la Grêce et de l'Inde.

 

Peu à peu, on voit comment il va être divinisé: sa dimension par rapport aux autres personnages augmente, et il est de plus en plus entouré de divinités aussi bien indiennes, que partho-mésopotamiennes, ou grecques: Indra dieu de la foudre, Brahma, dieu créateur, Nanaia, Athéna, déesse de la sagesse, Harpocrate, Silène.

Le choix de ces divinités n'est pas trés difficile à expliquer. La foudre d'Indra dans le ciel symbolise l'Illumination de la conscience. Par ailleurs, Indra est le roi des dieux et sa monture est l'éléphant blanc, lui-même associé au Bouddha, puisque sa mère, la reine Maya, rêva d'un éléphant blanc qui pénétrait son flanc droit. Ce rêve fut interprété par les devins comme l'annonce de l'incarnation d'un roi universel, un chakravartin, ou un Bouddha s'il renonçait au monde. Mais surtout, la visite au ciel d'Indra représente un devoir pour tous les Bouddhas. Le Bienheureux s'y rendit aprés le "grand prodige magique de Sravasti", où il mit en déroute les six maîtres des doctrines rivales.

Le Bouddha enseigna alors  sur le trône même d'Indra , à sa mère, morte à sa naissance, et à un nombre considérable de divinités.

Brahma est le dieu créateur du panthéon hindou, et c'est aussi lui qui reçut, avec Sakra, le Bouddha lors de sa naissance et fut son premier contact sur  terre.

Apollon, quant à lui, était le dieu solaire de la beauté, de l'harmonie, de l'inspiration,  des arts, et de la lumière. C'est donc que les trois "universaux" cités: Beauté, Bonté, Vérité, sont liés, voire indissociables: ils sont les différents aspects d'une seule et même réalité, celle de la Conscience éveillée. Une telle conception ne pouvait que rencontrer le bouddhisme, et la figure d'Apollon, le vainqueur du serpent Python, celle de dieux orientaux tels que Krishna, lui-même dieu solaire et à la beauté irrésistible, les gopis peuvent en témoigner, et vainqueur d'un autre serpent, ou de Bouddha qui est l'incarnation des valeurs lumineuses citées, ne serait-ce que par la signification de son nom: l'Eveil est ce moment où, les yeux s'ouvrant, la lumière entre, et c'est l'Illumination. La déesse Athéna rejoint le symbolisme lié à la lucidité: fille de Zeus, lui-même roi des dieux et porteur de la foudre, comme Indra, elle incarne la sagesse et son animal, si celui de son père est l'aigle solaire, est la chouette, lunaire, mais symbole de la clairvoyance nocturne. Or, le Bouddha est celui qui veille et voit dans les ténèbres quand tous dorment et rêvent, et la pleine lune de mai est celle autour de laquelle s'organise la grande fête du Wésak qui commémore sa naissance, son Illumination et son Mahaparanirvana.

A côté des influences grecques, il faut aussi rappeler que d'autres, mineures, viennent d'Iran et d'Asie Centrale. En définitive, au cours des siècles, c'est l'influence indienne qui prendra le dessus. Cette évolution reflète d'ailleurs la lente décroissance du bouddhisme dans le sous-continent indien, jusqu'à sa quasi-disparition actuelle, même si le pays possède la plupart des lieux historiques de la vie de Bouddha.

On trouve, vingt siècles aprés, des représentations de ces modèles jusque dans les étals des marchands qui jouxtent certains ashrams du sud de l'Inde, pour preuve de la popularité et de la diffusion de cet art... Plus prés de nous, on peut admirer des exemples de l'art du Gandhara au musée Guimet de Paris, récemment rénové et rouvert.

 

L'art et l'âme: une histoire d'amour.

 

L'art gréco-bouddhiste signe la rencontre de deux cultures dont les idéaux convergent en de nombreux points.

Platon, disciple de Socrate,  plaçait le Beau comme point de départ de la compréhension du Bien, puis du Vrai. Il enseignait que, par la contemplation de la beauté d'un corps, on peut comprendre l'essence de la beauté, qui appartient au monde des idées. Certains situent ce monde, pour reprender la classification des plans subtils, dans le monde mental supèrieur. La compréhensoin de la Beauté amène à la compréhension du Bien, laquelle mène à son tour à l'expérience du Vrai. On se trouve, avec l'art sacré, face à un paradoxe qui en dit long sur la nécessité de sortir des dualités simplistes qui nous cachent le jeu de la création: la matière peut amener à l'Esprit, le grossier au subtil. Cette illusion qu'est le marbre peut amener à sa propre dissolution et permettre d'expérimenter la Vacuité, par la contemplation de la perfection de l'image et son pouvoir suggestif. En ce sens, la représentation du Boddhisattva rejoint la parole et  l'action du Boddhisattva historique lui-même en pérennisant sa présence, comme si la poussière de sa chair y devenait pierre, y trouvant une forme d'éternité, certes toute provisoire, compte tenu de l'impermanence.

Les mandala n'étaient pas le seul outil de concentration utilisé, mais, à ce niveau aussi, la rencontre entre grecs et bouddhistes est particulièrement frappante: chez Platon, on peut, par la contemplation de la pupille, percevoir la divinité à l'intèrieur de l'homme. Dans le bouddhisme, l'oeil est à la fois le symbole de la roue du Dharma et l'organe de la connaissance, puisque la "vision juste" est une des premières choses à développer sur la Voie. Ce n'est pas un hasard si l'Inde a gardé ce symbole sur son drapeau.

 

La fonction pédagogique de l'art devient particulièrement forte quand la symbologie évolue et se précise: comme les cathédrales gothiques, le temple bouddhiste se propose comme une initiation à la voie spirituelle, à un peuple qui ne sait ni lire ni compter mais qui est par là-même plus sensible au langage analogique des symboles, lesquels sont connus pour parler directement à notre intuition en prenant de vitesse les raisonnements de l'égo pour entrer en résonnance avec le coeur. Si l'on parcourt d'ailleurs le Dhammapada, qui reste un des recueils les plus fiables des paroles authentiques du Bouddha, en dépit de la diversité des versions, on se rend compte que la plupart de ses enseignements sont des aphorismes qui utilisent l'analogie: versets sur les fleurs ou sur les fous, paraboles où l'acte est comparé à une graine ou à un fruit,  les images sont souvent préférées à la dialectique car elles permettent de montrer la relation de l'homme au monde et les lois communes qui les régissent.  En ce sens, l'art est un prolongement fidèle, une restitution muette, donc exempte de déformation, des actes et paraboles de sa vie, ainsi livrées directement à tous ceux qui approchaient les temples.

 

 Les avis sont souvent partagés lorsqu'on évoque l'art du Gandhara - ce terme me paraît personnellement plus approprié que celui de "gréco-bouddhique", compte tenu des influeences qui incluent toutes les traditions, de la terre des hellènes à celle des hindoux.

On lui reproche fréquemment sa préoccupation excessive de l'esthétique et du beau, qui a pu le pousser jusqu'à un certain maniérisme un peu mièvre, une complaisance des artistes dans la forme. Cependant, la réaction première devant les oeuvres de ce courant est généralement une émotion vraie et un sentiment de sérénité non simulé, et par là même une fidélité au message bouddhiste.

On peut y voir également un mélange peu scrupuleux de diverses doctrines, religions, philosophies et cultes, les uns en décadence, les autres en expansion, les troisièmes relativement stables, à un moment donné et en lieu donné de l'histoire humaine. La question de l'origine des croyances et des savoirs est toujours délicate... Ce que l'on critique aujourd'hui sous le terme de syncrétisme était en réalité durant l'antiquité une compréhension de l'unité des mythes et des parcours spirituels, au delà de l'illusion des formes et des noms. L'art du Gandhara en porte preuve. L'émotion réciproque des Grecs et des Orientaux devant la beauté de leurs arts et de leurs philosophies est une histoire d'amour entre la matière et l'esprit, la pierre et la prière, la sculpture et le culte. Leur mariage a donné un des plus beaux exemples d'art sacré.

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:30

Kaïlash, Pélerinage tibétain

Antoine Van Limburg est un photographe passionné par les montagnes sacrées du globe. Il a accompli par deux fois le pélerinage à la plus vénérée d'entre elles en Asie: le Kaïlash, non loin des frontières népalaises et indiennes. Une montagne à la fois centre du monde et des religions orientales.

FMP:  A quand remontent les premières traces de la vénération du Kaïlash? Parce que, s'il est la demeure de Shiva, ça renvoie au tantrisme cachemirien qui est une religion dont l'origine se perd dans la nuit des temps...

 

AVL: Il y a dans les Védas déjà la mention du Kaïlash comme axe physique du monde, partie visible de mont Sumeru. C'est donc à travers lui que les méditants pourraient entrer en contact avec les énergies cosmiques, de l'univers entier. Il s'agit véritablement du milieu du monde, à partir duquel on monte à travers les différents cieux. Le Kaïlash se trouverait d'ailleurs exactement sous l'étoile polaire, et il délimiterait, parmi d'autres montagnes, le paradis fabuleux de Shambala. Au contraire, plus on descendrait dans la terre, plus on se trouverait dans les mondes infernaux. Lors de mon dernier voyage au Népal, j'au rencontré l'ouvrage de Tony Hubbet, qui parle de la montagne de cristal pur, qui jusqu'à présent n'était pas connue. Et dans son étude, vraiment trés approfondie, il parle de deux types de montagnes sacrées au Tibet: les montagnes de type "Yula", vénérées dans les traditions locales, avec un dieu local qui habiterait au sommet de cette montagne, comme par exemple le Kumbi Yula, montagne sacrée des sherpas aux pieds de l'Everest. Les rites autour de ce type de montagne sont trés anciens, shamaniques, liés à la tradition bön, avec des rituels qui ont une intentionnalité de "premier niveau", liée à la prospérité matérielle, au bien être quotidien. Le deuxième type de montagnes, les montagnes "Néri", seraient  liées à une vision beaucoup plus vaste de l'existence, aux notions de renaissances et d'atteinte du nirvana. Le Kaïlash en fait partie, avec un culte qui va bien au-delà de la réalisation des désirs terrestres, même s'il les intègre cependant. L'Agnimanchen rentre aussi dans cette catégorie. C'est une montagne qui se trouve au nord-est du Tibet, prés de la Chine. Ce que montre Tony Hubbet, c'est qu'il y a une progression, avec au début, un culte local associé au bön, qui a été intégré par le bouddhisme comme dans le cas de l'Agnimanchen, mais donc aussi du Kaïlash.

 

Le demeure des dieux et des bouddhas 

 

Dans la plupart des traditions, il est important de voir que la montagne est le lieu de la rencontre de la terre et du ciel, des hommes et des dieux, ou de Dieu.

Pour les Böns - la première religion de type chamanique présente au Tibet - il s'agit plutôt de la montagne âme, une sorte de cristallisation de l'âme du peuple, et il était appelé Tisé, "Pic". Et une autre légende raconte que le Kaïlash serait la porte d'entrée au paradis céleste. Le grand couloir de la face sud, trés caractéristique, serait l'escalier qui y mène, avec ses marches successives. On voit, sur la couverture du livre, le sillon tracé par la chute du magicien noir Bön, aprés son combat perdu contre Milarépa: le magicien avait défié l'ascète bouddhiste pour savoir qui le premier arriverait au sommet de la montagne. Il avait commencé aussitôt à s'élever trés rapidement dans les airs en s'aidant de son tambour magique, mais Milarépa se transporta en un seul instant au sommet et précipita le magicien vers le sol. Ainsi, le bouddhisme ayant prouvé sa supériorité sur le bön, le Kaïlash devint un lieu saint bouddhiste. Mais Milarepa  prit une poignée de neige et la lança au loin pour en faire la nouvelle montagne sacrée des böns: le Bön-Ri ( 60 kilomètres à l'est du Kaïlash).

 

 

FMP: Et cela rappelle la structure même des temples montagnes, et pas seulement en Orient, comme à Angkor:  les pyramides ont en leur centre, en Amérique centrale, l'escalier qui mène au contact avec le ciel des dieux.

Mais revenons à Shiva: le Kaïlash serait sa demeure?

 

AVL: Selon la tradition hindoue, Shiva réside là assis en lotus avec sa parèdre, Parvati. Plus bas, il y a une montagne appelé Nandi, allusion au Taureau dédié à Shiva. En outre, le Gange, la déesse Ganga, descendrait du ciel au Kaïlash, sur la chevelure de Shiva, s'enfoncerait sous terre, et réapparaîtrait à Gangotri, en Inde, à Gaumuk, de la "bouche de la vache", à 200 kilomètres de là.

 

FMP: Nous n'avons pas parlé des jaïns une autre religion de l'Inde. Le Kaïlash est-il sacré pour eux aussi?

 

AVL: Pour les jaïns, le Kaïlash est le lieu où Rishabanata, le fondateur, aurait reçu la révélation, conçu la nouvelle religion jaïn. Il était contemporain du Bouddha historique. Le Kaïlash est véritablement un archétype, une montagne qui rassemble, en Inde et autour de l'Inde, presque un milliard de dévot, ce qui n'est pas rien!

 

 

L'axe du monde 

 

AVL: Toujours par rapport à cet aspect de montagne centre, il y a aussi une légende trés intéressante qui dit que les quatre grandes rivières d'Asie partent chacune dans une direction cardinale. Sur une carte, on peut le constater, ce qui confirme les écritures védiques.

 

FMP: C'est même frappant de retrouver la forme de la svastika, le mouvement éternel autout de l'axe cosmique, assez bien dessiné par ces fleuves autour du Kaïlash.

 

AVL: Tout à fait, d'une certaine manière. Les Bön-Po révèrent d'ailleurs la montagne comme celle de la Swastika. Il y a donc l'Indus qui prend sa source au nord du Kaïlash, le Sutlej à l'ouest, la Karnali au sud, et le Yarlung Tsampo, nom tibétain du Brahmapoutre, prend sa source à l'est. La géographie corrobore la légende. Il y a en outre un rapport entre les deux lacs autour du Kaïlash: le Manasarovar et le Rakchas Tal. Entre les deux, il y a un chenal qui normalement est en eaux, et c'est le Manasarovar qui alimentait le Rakchas Tal. Depuis les années cinquante, ce chenal, appelé aussi Ganga Shru, est à sec. Et d'aprés la légende, lorsque ce chenal est à sec, les deux sphères: conscient et inconscient, élément masculin et élément féminin, ne sont plus reliées. Et c'est signe de temps troublés, ce qui correspond à l'invasion du Tibet par la Chine.

 

FMP: C'est même frappant de retrouver la forme de la svastika, le mouvement éternel autout de l'axe cosmique, assez bien dessiné par ces fleuves autour du Kaïlash. 

 

AVL: Tout à fait, d'une certaine manière. Il y a donc l'Indus qui prend sa source au nord du Kaïlash, le Sutlej à l'ouest, la Karnali au sud, et le Yarlung Tsampo, nom tibétain du Brahmapoutre, prend sa source à l'est. La géographie corrobore la légende.

 

 

 

L'union des contraires 

 

FMP: Les religions prendraient-elles aussi leur source au Kaïlash? Cela rappelle aussi la bénédiction bouddhiste: "que tous les êtres soient heureux au nord, au sud etc..." La forme même du kaïlash, qui est à la fois celle du crâne et du lingam, propre à Shiva, est parlante et porte à regarder le Kaïlash comme sacré.

 

AVL: Je parle souvent du Kaïlash comme l'archétype des montagnes sacrées. Swami Parabanandha a vécu de nombreuses années aux pieds du Kaïlash et en dit des choses étonnantes dans son livre. Pour les tibétains, le Kaïlash est le Kang Rimpotché: Kang signifie montagne, et Rimpotché, précieux, titre que l'on donne aux grands Lama. On l'appelle aussi le précieux joyau des neiges. L'école tantrique a établi au sommet de la montagne la demeure de Demchog, manifestation d'Avalokiteshvara, le bouddha de la compasion, dont le Dalaï Lama est la réincarnation. Le mont Tijung, un contrefort du Kaïlash de forme pyramidale, serait quant à lui la demeure de Dorje Phangmo, sa consorte, ce qui rappelle le couple Shiva- Parvati.Le Kaïlash est vraiment une montagne archétypale. Les temples indiens ont été batis sur son modèle.

 

FMP: Ce qu'on appelle les "temples montagnes", comme Khajurao, le monumental ensemble de temples en Inde du nord...

 

AVL: ...avec la montagne qui est le symbole mâle, lieu d'élévation, et le plan d'eau. Aux pieds du Kaïlash, qui est le lingam, le lac Manasarovar est l'élément féminin, la yoni, d'où émanerait l'esprit de Brahma, le dieu créateur de l'univers. Comme il y a dans les temples toujours un bassin à côté.

 

Hauts-lieux 

 

FMP: Y-a-t-il un pélerinage type au Kaïlash, suivant un itinéraire établi à respecter, des lieux sacrés?

 

 AVL: Le pélerinage s'adresse plutôt aux laïcs, comme le dit le Dalaï lama, qui ne peuvent pas passer toute leur vie en méditation. Il y a en outre comme un "petit parcours", un sorte de pélerinage express pour les gens qui manquent de temps. Une tradition dit aussi que si l'on fait 108 fois le tour du Kaïlash, on arrive directement au Nirvana...

Pour les bouddhistes, il y a Tchou Gomba, le monastère au bord du Manasarovar, qui est le lieu où Padmasambhava aurait médité plusieurs années. En fait, il y a deux monastères: le Manasarovar représente les forces positives et le Rakshas Tal les forces négatives. Le monastère au bord de ce dernier est réputé entouré par les esprits, et plutôt à éviter. Mais les épreuves du pélerinage sont déjà avant tout physiques. Séjourner à 4500mètres d'altitude n'est pas donné à n'importe qui. Il n'est pas rare de rencontrer le mal des montagnes, et chacun peut se trouver à affronter ça à n'importe quel moment. Pour en revenir à ces lieux sacrés, il y a aussi Tirtapuri, qui est un endroit assez semblable à Tchou Gomba Il est aussi dédié à Padmasambhava et il comporte des sources d'eau chaudes, lesquelles, dans un rituel lié à la purification, est assez important, surtout pour les tibétains qui n'ont pas toujours l'habitude de l'hygiène. Autour du Kaïlash même, il y a Darshé, qui est le point de départ du pélerinage; à deux-trois heures de marche, on trouve Tharbotché, où se dresse un gigantesque mat de drapeaux de prières et chaque année, entre les pleines lunes de mai et de juin, pour la fête du Wésac, appelée Sagadawa en tibétain, qui commémore la naissance, l'illumination et la mort du Bouddha hitorique. il est le lieu d'un grand rassemblement.

Lors du pélerinage, on passe aussi le col du Dolma-la, col de Tara, déesse de la rédemption qui, si l'on devait faire un parallélisme avec la religion chrétienne, serait la Vierge Marie: la mère qui pardonne, qui console. Ce passage correspond symboliquement pour le pélerin à une renaissance à une autre vie.

 

FMP: Comme si on ressortait à nouveau par le ventre de la déesse mère.

 

AVL: En effet. Il s'agit en fait de purifier son karma par l'effort, de laisser son mauvais karma derrière soi, de commencer une nouvelle vie sous de bons auspices. Il y a à ce sujet des témoignages assez étonnants. Notamment le professeur Tucci, un tibétologue du siècle dernier, qui a beaucoup étudié le bouddhisme tibétain dans la première moitié du vingtième siècle. Il raconte qu'à un certain moment, il avait vu un célèbre brigand, trés réputé dans ces contrées, qui demandait à Dolma de le purifier de ses pèchés passés et futurs. Cela fait partie du folklore du pélerinage.

 

 

Le Kaïlash aujourd'hui 

 

FMP: Pour en revenir à des considérations plus pratiques, le prix d'un tel pélerinage, non plus physique, mais financier, est-il dissuasif pour beaucoup?

 

AVL: C'est un voyage qui n'est pas donné parce que les chinois ont cette règle là qu'une journée de Trekking au Tibet doit revenir à peu prés cent dollars par jour. Mais j'ai rencontré en route deux hollandaises qui avaient attéri à Lhassa et qui ont pris un guide là-bas et se sont rendus au Kaïlash. On trouve trés peu de choses sur place: il s'agit d'un désert de haute altitude. J'ai aussi rencontré un allemand qui voyageait en stop sur la piste du pélerinage avec seulement un visa pour Lhassa en poche, et qui ne se nourissait depuis deux semaines que de biscuits secs.. Mais c'est interdit et la sanction est l'expulsion du Tibet. La solution la plus simple même si c'est aussi la plus chère, est de partir avec les agences de voyages occidentales, ou avec des groupes bouddhistes autour d'un lama.

 

FMP: La vie spirituelle autour du Kaïlash, malgré l'occupation chinoise, est-elle restée active, en dehors des pèlerins ordinaires?

 

AVL: Lors de la fête de Sagadawa, on peut rencontrer de trés nombreux lamas et des Rimpotchés. La période de pélerinage est assez courte: de mai à septembre, octobre, aprés quoi les conditions commencent à être trés difficiles. Les monastères autour du Kaïlash on tous été rasés durant les années soixante. Ils ont été reconstruits, plus ou moins de façon heureuse. On a retrouvé par exemple, pour sa reconstruction, les trésors du monastère de Tchoukou Gumba, qui se trouve au début du pélerinage. Ils avaient été cachés au cours de la révolution culturelle. Les chinois font de leur mieux pour dissuader tibétains et occidentaux de participer aux rassemblements. A la fin du dernier rituel de Sagadawa auquel j'avais assisté, ilsont immédiatement remis à fond la radio chinoise par les haut-parleurs, pour briser tout ce qui avait pu être élaboré au cours des cérémonies. A la fin du périple, il faut qu'on sorte de la vallée pour se rende dans la plaine. Il y a une petite guérite, un point de passage obligatoire, où les policiers prennent une taxe de passage, équivalente à dix de nos anciens francs, mais pour un pélerin, c'est une grosse somme et également une brimade pour entrer sur leur propre lieu sacré. Evidemment, c'est toujours mieux que l'époque où le pélerinage était complètement interdit. Pour les hindoux, il y a un quota limité à quatre-cent personnes par an, qui sont tirées au sort parmi les trés nombreux pélerins.

Il est possible d'avoir un contact avec le moines, mais il y a toujours la barrière de la langue. Si l'on pense à apporter une photo du Dalaï-lama, c'est un sésame extraordinaire qui ouvre la porte des monastères et des intérieurs des maisons. Mais il faut prendre des précautions, ne jamais les porter sur soi, les dissimuler soigneusement.

 

FMP: Dans ton livre, tu parles souvent de ces moments de contemplation où tu récites des mantras. Suis-tu un enseignement particulier?

 

AVL: J'ai été mis en contact avec la spiritualité par un couple de thérapeutes américains. L'homme, Henry Marshall avait longuement étudié la science des mantras avec un maître indien, Késhavadas, et il me l'a transmise. Il s'agit davantage d'une notion d'intention, vers la paix par exemple, que d'une invocation précise, à la manière tibétaine. J'ai été surpris d'entendre, à certains moments, alors que je montais, d'entendre le mantra spontanément monter. Je me rappelle aussi d'un matin où je m'étais levé trés tôt, pour voir le lever du soleil sur le Kaïlash, dans la nuit encore profonde, j'ai fait des rencontres extraordinaires avec la nature sauvage. Un seul mantra m'est venu: Dan Yevat: rendre grâce.

 

FMP:  S'il y avait une image à retenir, en qualité de photographe, de ce pélerinage, quelle serait-elle?

 

AVL: Je pense qu'un des moments les plus forts a été, prés du monastère du Manasarovar, l'éveil du jour auquel j'ai assisté, m'étant levé avant l'aube et montant sur les pentes du Kaïlash, ce sentiment de lien trés trés fort avec l'univers, une expérience cosmique, à la fois trés ancrée dans la terre et avec une ouverture fantastique. Une impression que j'ai revécue quelques mois plus tard, fantastique, au cours d'une séance de méditation, d'avoir le Kaïlash en moi.

 

 

 

Propos recueillis par François-Marie Périer

 

Note: le Kaïlash demeure toujours inviolé par les hommes, malgré l'effort chinois de faciliter son ascension par les alpinistes occidentaux. Voir à ce sujet l'article sur l'Himalaya dans Bouddhisme actualités du mois d'avril 2002.

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:27

De la Grêce à l'Inde

 

 

La Grêce antique est considérée par l'Occident comme la matrice de toute sa civilisation: philosophie, art, politique, sciences..., il est commun de dire que, pour nous, tout est parti des Grecs. Mais pour les Grecs eux-mêmes? Le soleil ne se lève-t-il pas plus à l'Orient encore?

 

 

Déjà, dans un discours de Platon, le Timée, qui évoque l'existence puis la disparition de l'Atlantide, un prêtre égyptien dit à Solon, un athénien en voyage: "Vous, les Grecs, vous serez toujours des enfants." Il voulait souligner par là leur trop courte mémoire, comparée à celle des initiés égyptiens... Mais tenons-nous en au Bouddhisme, et aux interactions entre Grecs et Indiens dans l'Antiquité. Rappelons avant tout que le grec fait partie des langues indo-européennes, dont l'origine est la plaine indo-gangétique et ses prolongements du Moyen-Orient. Si les langues sont venues de l'Inde, c'est qu'elles ont été portées par des hommes... Cependant, il est toujours délicat de remonter aux sources des cultures, des religions, des traditions et des peuples. Aussi, je voudrais me limiter à mettre en évidence le lien qui unit les philosophes grecs de l'Antiquité aux sages, religieux et éveillés indiens de leur époque.

 

Pythagore

 

Pythagore était plus ou moins contemporain du Bouddha. Il avait voyagé en Inde, nul ne songe plus à mettre cela en doute. Sa culture était sans doute assez commune à celle des brahmanes. De retour en Grêce, il fonda une école initiatique, les mystères d'Eleusis. Il y enseignait la métempsychose, "transmigration des âmes", doctrine selon laquelle les essences émanées de la divinité s'incarnent successivement dans les règnes minéral, végétal, animal et humain. A ce dernier stade, l'acquisition du libre arbitre nous permet de choisir entre le passage au stade supérieur, celui de l'initié, ou la redescente dans la roue, suivant le cycle inverse: animal, végétal, minéral, en involution, jusqu'à la reprise d'un nouveau cycle évolutif. Ainsi, Pythagore se serait un jour assis sur un rocher qui, poussant un cri, lui aurait demandé de faire attention... d'où l'expression de Pythagore: "Tout est sensible", dans l'acception suivante du mot: tout vit, tout a une âme, tout est doué de sensation et sentiment. Une autre fois, Pythagore aurait reconnu la voix d'un ami désincarné dans l'aboiement d'un chien. Il est facile de faire le lien avec la roue du samsara, et la possibilité, selon le bouddhisme, de renaître sous forme animale. Le "tout est sensible" de Pythagore nous renvoie aussi aux récits que le Bouddha Shakyamuni fit de ses vies antérieures comme arbre ou cerf et, plus profondément encore, à la première noble vérité: "Sarvam Dukkha": si tout vit, "tout est souffrance"...

 

Héraclite

 

Un autre philosophe pré-socratique, Héraclite, lui aussi contemporain du Bouddha, présente des "similitudes" frappantes avec l'Eveillé. Dans les Fragments, il parle justement du sage comme d'un éveillé, vivant au milieu du sommeil des hommes. La fameuse phrase "Tout passe, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve."est de lui. Une belle image pour résumer l'impermanence. A l'instar de Pythagore, il aurait voyagé jusqu'à l'Inde.

Emilios Bouratinos, un éminent philosophe grec contemporain a eu un parcours  trés lié au bouddhisme. Il a en particulier étudié le Vipassana avec le maître thaïlandais Dhiravamsa, et l'a en partie introduit dans le pays. Mais il a également connu Krishnamurti et reçu l'initiation Kalachakra du Dalaï Lama. Il me confiait lors d'une rencontre l'anecdote suivante, qu'on peut lire dans le livre de Walpola Rahula intitulé en anglais: What the Bouddha taught" - Ce que le Bouddha a enseigné- : le Bouddha venait de donner un enseignement sur l'impermanence à un groupe de bikkus; ceux-cis, frappés par la profondeur de ses paroles, se prosternèrent devant lui.; le Bouddha dit alors: "Cet enseignement n'est pas mien. Il vient de l'Occident, d'un sage qui s'appelle Heracl." On aura reconnu Héraclite...

 

Socrate

 

 

Nous arrivons à Socrate et Platon, cinquième siècle avant Jésus Christ. Tout l'enseignement de Socrate est basé sur l'opposition entre illusion et réalité, sagesse et folie, passion et raison. Dans le mythe de la caverne, une allégorie de la voie du philosophe, il imagine un peuple enchainé dans une caverne, tournant le dos à la sortie dont il ignore même jusqu'à l'existence, et ne faisant face qu'au mur. Derrière ce peuple plongé dans l'ignorance, des gens projettent sur le mur des ombres de marionnettes, que les autres prennent pour la réalité et la vie mêmes. Socrate imagine encore que l'un de ces esclaves se libère des ses chaînes. Il trouve l'issue de la caverne, voit le soleil pour la première fois, en reste ébloui d'abord, puis réussit peu à peu à percevoir le monde véritable, la lumière, les couleurs, bref, notre réalité. Que fera un tel homme, après s'être libéré, être sorti des ténèbres, après avoir connu la réalité, et l'illumination, dans le plein sens de ces termes?

Ne reviendra-t-il pas dans la caverne pour réveiller et libérer ses frères? Et les autres ne risqueront-ils pas de se moquer de lui, voire de se mettre en colère et de le mettre à mort face à des révélations d'une telle portée, qui bouleversent autant leur vision du monde et les valeurs qui en découlent, face surtout à la prise de conscience de leur état pitoyable?

Peut-on imaginer plus parfaite représentation de l'illusion, de maïa, de l'Eveil du pratiquant et du retour du Boddhisattva renonçant au nirvana, aux prix parfois de sa vie, pour libérer tous les êtres? Cette vie, Bouddha l'a risquée, Socrate l'a perdue, jugé et condamné par la République d'Athênes, coupable aux yeux de ses citoyens d'introduire de nouveaux dieux parce qu'il parlait de son Daïmon, de la voix de son maître intérieur auquel il obéissait toujours - on retrouve le Keyala indien, la voix de l'Atman en nous - coupable encore de pervertir la jeunesse par ses enseignements...

Comment le philosophe se libérait-il? Socrate enseignait le non-désir, porte de la sérénité et de la sortie du cycle des incarnations: "L'homme qui désire est un tonneau percé", condamné à ne jamais connaître la plènitude. Il enseignait le doute comme premier pas vers la sagesse: "Je sais une chose, c'est que je ne sais rien", mais aussi la recherche: "Homme, connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux.", "L'ignorance est le premier des maux." Dans ses dialogues, véritables joutes oratoires pareilles à celle du Bouddha face à ses adversaires, au terme desquelles il emportait invariablement leurs disciples, Socrate défaisait peu à peu toutes les certitudes, les constructions mentales de ses interlocuteurs qui pensaient posséder un savoir quelconque. Aprés un "accouchement" de leur ignorance, ceux-cis arrivaient finalement à la vérité que tout dans le monde, des objets des sens aux objets du mental, est illusion. Ils arrivaient aussi à la prise de conscience que tout leur savoir leur venait de vies antèrieures: "Savoir, c'est se ressouvenir", disait le sage d'Athêne. Mais Socrate n'avait pas pour but le triomphe intellectuel. La compassion, l'amour mystique, agapé en grec, soufflait en lui,  et son seul but était de libérer ses semblables de l'ignorance.

Le "père de la philosophie" fut donc condamné à mort, par l'absorption de la cigüe. Sur son lit de mort, il expliqua à ses disciples comment son âme allait peu à peu quitter son corps pour rejoindre le monde de la réalité. Socrate meurt en pleine conscience, il effectue, cela saute aux yeux à la lecture du dialogue en question, Po-ha en tibétain, le transfert de conscience. Il avait accepté sa condamnation car, selon ses termes, mieux vaut subir l'injustice que  la commetttre." Comme Bouddha, il savait que "Par soi-même en vérité, on est souillé, par soi-même on est purifié."

 

De l'Empire sur le monde à la conquête de soi.

 

Les conquêtes d'Alexandre le Grand, au quatrième siècle avant Jésus Christ, ont multiplié les contacts avec l'Orient. Des philosophes suivaient les armées, et racontent parfois leurs discussions avec des sannyasins et et des sages rencontrés en chemin. Les sceptiques et les cyniques, pour lesquels tout est illusion mais, contrairement à Socrate, on ne peut rien savoir, et rien n'a de valeur, auraient été ainsi assez influencés par certains ascètes, ne retenant sans doute que l'aspect extérieur de leur comportement. Cependant, on trouve chez certains saddhus des dérives qui peuvent tout à fait expliquer cela: négligence totale du corps, marginalité, agressivité: la frontière est souvent mince entre détachement et démission. Cynisme et scepticisme guettent toute personne qui prend conscience de la totale illusion où nous sommes, et à laquelle chacun veut continuer à croire.

Un autre empereur, le trés célèbre Ashoka, défenseur du bouddhisme qui fit ériger des stupas en de nombreux lieux et graver des préceptes bouddhistes sur les montagnes se révèle avoir partie liée avec la Grêce également. Un lama grec me dit en effet que sa mère était d'origine hellène, et s'était unie à un Oriental pour amener la paix dans cette région du monde.

Enfin, il existe un dialogue assez réputé entre le roi Ménandre et un moine bouddhiste, au sujet de grandes questions métaphysiques.

 

Epicuriens et stoïciens

 

 

Le détachement et le contrôle du désir sont communs à deux autres célèbres philosophies de la Grêce antique: les épicuriens et les stoïciens. La maîtrise de soi est pour eux la clef du bonheur et de la paix. Nous sommes aux quatrième et troisième siècles avant Jésus Christ. Si les épicuriens sont les célèbres pères de la formule: "Cueillir l'instant présent", les stoïciens insistent sur le fait qu'il faut le vivre, en pleine conscience, sans jamais penser au plaisir ou à la souffrance qu'il peut nous apporter. Ces derniers disent que l'homme qui s'est établi dans l'instant est "heureux comme un dieu", dans la paix, la conscience et l'absence de désir. L'ataraxie, cet état sans désir, était le but commun à toutes les philosophies de la Grêce antique. On a souvent fait une caricature du philosophe stoïcien, à la limite du masochisme et de l'héroïsme inutile. Mais il n'en est pas ainsi. En réalité, le stoïcien recherche la libération et le bonheur, l'extinction du désir. Ces philosophes enseignaient l'acceptation de tout événement, le "non-refus", tout faisant partie d'un dessein cosmique. Il fallait se vaincre soi-même plutôt que l'ordre des choses. Une partie de leur enseignement comprenait aussi l'éternel retour, avec la création et la destruction périodique du monde. Alexandre David-Neel, dans un écrit de jeunesse, La lampe de sagesse, les prend ouvertement pour exemple, pour la beauté, la sagesse et le courage de leur âme. Elle n'aura pas de mal, aprés de si bons maîtres, à passer ensuite au bouddhisme qu'elle vécu de façon aventureuse, héroïque et souvent... stoïque dans les épreuves.

 

Autant d'exemple que nous pourrions multiplier. La philosophie grecque ne s'est pas arrétée avec l'antiquité et, si tous connaissent l'oeuvre La dernière tentation du Christ, de Nikos Kazantzakis, au moins par le titre et par son adaptation cinématographique, plus rares sont ceux qui savent que le plus grand écrivain grec du vingtième siècle a aussi écrit une pièce sur Bouddha qui fut d'ailleurs vite interdite par l'église orthodoxe. La philosophie grecque portait bien son nom: amour de la sagesse. Elle est indiscutablement trés proche du bouddhisme connu actuellement sous le titre de hinayana, ou "petit véhicule", ce qui n'est pas étonnant, puis que c'est surtout le "véhicule des anciens", le théravada.

Puissent la Grêce du vingt et unième siècle et sa hiérarchie religieuse se rappeler la véritable teneur de cette philosophie dont ils sont si fiers, dont leur religion même est toute empreinte. Puissent-ils ainsi accepter leurs origines en même temps que les bouddhistes et leur sagesse, qui trouvent actuellement moins d'accueil, de tolérance et de dialogue sur leur sol qu'il y a vingt-cinq siècles.

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:21

Quel avenir pour les montagnes sacrées du Tibet?

Les montagnes sacrées de l'Himalaya vivent aujourd'hui une nouvelle étape dans la tentative chinoise de les aliéner à la souveraineté du peuple tibétain et de poursuivre son oeuvre d'acculturation

envers celui-ci. Cet immense sanctuaire enneigé est en effet l'enjeu d'affaires radicalement étrangères à sa nature, entre le pouvoir de Pékin et différents intérêts occidentaux où la France se trouve elle-même impliquée.

 

 

Kali Yuga

 

 

    La tradition hindoue distingue quatre grands ages dans l'histoire de l'humanité et de la terre. Au cours de ces quatre grandes époques: âge d'or, âge d'argent, âge de bronze et âge de fer, également appelé âge noir ou Kali yuga, l'homme et la planète connaissent un lent et inéxorable exil de la vie spirituel et de l'essence sacrée du rapport à la Terre Mère. On agit toujours envers le monde comme on agit envers soi. Aprés la profanation de son sanctuaire intérieur, l'homme a peu à peu commencé celle du sanctuaire naturel qu'est ce qu'il a récemment choisi d'appeler "l'environnement", se plaçant ainsi au centre d'une création à laquelle il doit pourtant tout, et avant laquelle il s'éteindra probablement. Ce processus qui s'est accéléré depuis l'époque des Lumières et la Révoluion industrielle se poursuit aujourd'hui de façon exponentielle, mlgré les cris d'alarme étouffés, médiatisés ou récupérés qui s'élèvent partout. Depuis le XXème siécle, il ne s'agit plus dans les guerres de remporter une victoire ou d'agrandir son territoire en règnant sur un peuple, mais de le faire disparaître. Il ne s'agit plus de se protéger des rigueurs ou des excès de la nature, mais de se donner l'impression de la soumettre intégralement à notre voonté de sécurité déguisée en soif de connaissances ou de progrès technologiques. La connaissance sans le respect porte un nom: le viol, terme s'appliquant à la foi à l'humain et au Sacré. Le Kali yyuga pourrait en ce sens s'entendre laïc yuga: âge laïc. Signe des temps... prés les génocides arménien et juif, où la "race" et la religions étaient clairement liées et d&ésingées en bouc émissaires, aprés le génocide khmer où le bouddhisme théravada faillit disparaître du Cambodge, le génocide tibétain se poursuit. Depuis un demi-siècle.

 

Une désacralisation raisonnée des Himalaya


          Dans sa stratégie méthodique, le gouvernent chinois s'attaque aujourd'hui aux symboles ultimes , c'est à dire aux références mêmes de la culture et de la spirituamlité du Tibet. Les symboles sont les formes mêmes des archétypes, ces "images antiques" qui structurent toute la vie de l'âme et jalonnent ses métamorphoses dans sa recherche de l'Absolu. Toucher à la sacralité d'un archétype, c'est briser le miroir dans lequel l'esprit humain peut se connaître et donner à lêtre humain ses grandes orientations. Et cette destructuration ouvre les portes à l'impermanence desz désirs qui s'incarnent à l'infinin dans toutes les formes de la roue du samsara. La soirée d'inauguration du mois du Tibet à l'Ecole de la paix de Grenoble, au mois de mars dernier, réunissait Antoine Van Limburg , photographe auteur de "Kaïlash, pélerinage tibétain", et Bernard Amy, chercheur en ..., écrivain et alpiniste. Tous deux sont par ailleurs membres engagés de l'association internationale Moutain wilderness, qui s'attache à la préservation des espaces vierges encore existants dans les montagnes du globe. Sur le thême "quel avenir pour les montagnes sacrées du Tibet?, les deux hommes ont largement abordé la menace qui pèse toujoursplus sur les grands sanctuaires naturels du Pays des neiges. Cette menace est peut-être plus inattendue que celle des déchets nucléaires, de la déforestation, de l'implentatoin massive des colons chinois. Il s'agit de la "conquête" des montagnes sacrées par des alpinistes. Non des alpinistes chinois: le viol de la demeure des dieux ou des grands Eveillés par les colons eux-mêms soulèverait la désapprobation de la communauté internationale. Il s'agit pour les chinois de proposer ou soutenir des projets étrangers considérant davantage les sommets comme un adversaire ou un terrain de jeux à la hauteur de leur exigence que comme les temples d'une initiation intérieure à vivre dans l'épreuve et l'émerveillement des sens.

Se mesurer à la montagne n'est pas de toute étenité une attitude uniquement occidentale. Une voie spirituelle orientale consistait par exemple à chercher l'initiation à travers l'escalade des voies les plus périlleuses, comme en témoigne l'ouvrage "Marcher, méditer", aux éditions Albin Michel, collection Espaces libres. Mais l'Absolu était derrière, et au bout de  la quête, et de la conquête des sommets. Aujourd(hui, ce qui est drrière, ce sont les tonnes de déchets des expéditions qui posent un problème tel que Bernard Amy juge quasi insurmontable. Il parle par expérience, ayant organisé des expéditions à haute altitude de nettoyage des camps de base, redescendant des sacs à dos entiers, des bombonnes d'oxygène, réduisant des canettes rouillées et les boîtesde conserve, meilleurs signes de notre âge de fer , au sens le plus matérien du terme. Il le dit lui-même, cette solution n'en est pas une. Nous ne laissons d'ordures devant chez nous que parce que nous savons que d'autres les enlèveront, et gommer les erreurs des uns, c'est s'exposer à ce que d'autres les reproduisent, faute d'avoir compris le véritable enjeu: le respect d'un monde où tout est à la fois à nous impossible à posséder sans le perdre.

 

 

L'Esprit et le symbole 

 

 

 Mais plus encore que souiller les pentes des cimes sacrées, le risque, dans l'ascension, est la désacralisation. Il ne faut pas confondre désacralisation et démystification. Comme l'a fait remarquer le dessinateur Samivel, lorsque l'inaccessible est atteint, en l'occurence une montagne, c'est toute une mythologie qui s'écroule, avec les croyances, donc les rites, les convictions, les      actes et les choix de ceux à qui elle appartient. Si ceux-là n'ont pas compris eux-même que la montagne l'Eveillé ou le dieu qui l'habitent le chemin, lre pélerinage sont à l'intèrieur, et qu'ils sont inaliènables. Mais le monde doit rester le "Jeu divin", la Lïla du Seigneur, et l'homme en est à la fois le gardien et le disciple, contemplant dans toutes les formes de la matière celles de son âme. Un intellectuel indien a vu dans cette perte des repères des tibétains, telle la conquête du Chomolungma - l'Everest du nom de celui qui le gravit le premier...- un défi à repenser ses mythes à un degré supèreiur de conscience. Certes, et c'est important, surtout quand il n'y a rien d'autre à faire, mais la chose est possible autrement: par la vision, l'expérience directe de la souffrance et de l'impermanence du monde. La non-violence touche à tous les êtres vivants, et les monatgnes sont des êtres vivants. L'enjeu est d'autant plus fort que la deuxième génération de tibétains exilés n'a pas baigné dans sa culture. Le Sacré est ,pour ces

jeunes, eseigné et non vécu, et le risque de perdre ses représentations est d'oublier son apys parmi les sirènes de l'Occident est brûlant.

 

La montagne, lieu d'initiation. 

 

 

 Une alternative pouvant satisfaire à la fois alpinistes et tibétains consiste à arrêter l'xpédition peu avant d'arriver au sommet. Cela n'est pas sans rappeler l'acher zen qui renonce à tirer la flèche lorsqu'il sait - non lorsqu'il croit - qu'il atteindra le centre de la cible. Le plus grand erspect, celui de ne pas y aller, a déjà été démontré au Népal, à la demande expresse du gouvernement. Cela a été réalisé recemment par une une cordée grenobloise à laquelle était associé le président de Muntain Wilderness et J.M. Asselin, rédacteur en chef de la revue Vertical. lors de l'ascension de l'Arunanchen, sommet encore vierge en territoire népalais.

Un alpiniste espagnol avait quant à lui obtenu l'autorisation chinoise de gravir le Kaïlash, la plus sacrée des montagnes tibétaines, toujours vierge elle aussi, et considérée comme la forme physqiue du mont Méru, l'axe du monde, par les hindoux, les bouddhistes, les böns et le jaïns. Rappelons à ce propos que Milarepa lui-même ne l'avait gravi qu'en lévitation. Cet alpiniste avait l'intention de lire au sommet une déclaration pour la paix. Mountain Wilderness lui conseilla alors de demander au Dalaï Lama de le faire en plain centre de Lhassa. Comprenant les réticences du chef spirituel tibétain, il renonça.

Il y a aussi un élément plus subtil dans le rapport entre alpinites et montagnars: l'idée, selon Bernard Lamy, que la vie des seconds serait comme un idéal pour l'alpiniste, une sorte d'aboutissement de sa relation à l'élément et une authenticité retrouvée.

Mountain Wilderness a également proposé que certains sommets soient désignés par les alpinistes internationaux eux-mêmes comme ne pouvant être gravis. Mais ce pouvoir de décision, de législation même sur des terres qui ne sont pas les siennes ne s'appelle-t-il pas tout simplement colonialisme? On se trouve ici e situation délicate: résultat d'une double convoitise, étrangère au peuple tibétain. celle des chinois et celle des alpinistes. Lorsqu'un tibétain, ou n'importe quel pélerin, tourne autour du Kaïlash, il le fait comme autour d'un stupa, ou vice-versa peut-être, pour obtenir la libération. Quand Milarépa s'envole judsqu'au sommr, c'est parce qu'il l'a atteinte. Le moi n'a rien à se prouver là, sinon qu'il est une illusion. Le Bouddha lui-même habiterait à l'intèrieur du Kaïlash, ce qui signifie qu'il, abite son ropre coeur, le coeur du monde: "Entre celui qui a vaincu mille hommes et celui qui s'est vaincu lui-même, celuyi-là est supérieur."

De nombreux alpinistes ont décri des expériences proches de l'extase lors de l'arrivée au sommet, ou de la redescente dans les vallées. Mais encore une fois, l'effort physiqe n'est ni la seule voie, ni celle qui mènera le plus loin. D'aucuns ont même pu comparer le procesus ascétique de la transformation de la souffrance des alpinistes à des expériences chamaniques. Mais la voie chamanique amène à des expériences beaucoup plus profondes et poussées vol de l'âme, divination, guérison, communication avec les esprits de la nature... et surtout elle repose sur un respect et une humilité omniprésents et universels viqs à vis du monde naturel, minéral, végétal, animal, avec ses lieux, ses plantes, ses arbres et ses êtres sacrés.

 

Une école des guides franco-chinoise au service des tibétains? 

 

 Mais la balle reste, on s'en doutre bien, du côté des chinois pour lesquels reconnaître les sommets reviendrait à reconnaître la souveraineté du peuple tibétain. Ils savent que, détenant la clef des permis d'éxpédition, ils peuvent éventuellement se servir des alpinistes à des fins de propagande. Ainsi, lors d'unprojet franco-chinois sur l'Everest, des phrases aussi choquantes que "le Tibet, terre chinoise", avaient été prononcées par les occidentaux désirant se faire bien voir de Pékin. Le projet n'a heuresement pas abouti, malgré le soutien de politiques français.

Or, ces mêems alpinistes font partie des initiateurs du projet de l'école des guides de Lhassa. De quoi s'agit-il?

A partir de la constatation que les sherpas népalais n'étaient formés au'au contact des expéditions, l'idée fut évoquée, dans les milieux des guides français de Chamonix, d'une formation directe et préparatoire de leurs voisins tibétains. L'apparence généreuse du projet tombe vite devant laz concrétude de ses frais: en réalité, un pour cent des dépenses était dédié à l'achat du matériel (cordes, piolets...) le reste concernant les "missions" des guides vers Pékin. Les polémiques entourant le projet portaient évidemment sur l'ambiguité entre aide et manipulations des tibétains, sachant par ailleurs que les habitants du pays des neiges sont systématiquement écartés des treks par les chinois. Quand à ceux qui acheminent par exemple les pélerins en 4x4, ils sont soummis à une telle sélection et pression de la part des chinois qu'ils finissent par leur ressembler à s'y méprendre, physiquement et moralement. Ajoutons à cela que, récemment, des tibétains devenus anglophones suite à un séjour en Inde ont été massivement remerciés et renvoyés à leur terre d'exil pour &éviter toute comunication incontrôlée avec les occidentaux. Mais revenons au projet d'une école des guides. Un appel à candidature a été récemment lancé par la FFME (Fédération Française de ...) pour partir dans des missions de trois mois à Lhassa. Il faudrait entendre sur le sujet des tibétains fiables qui ne soient pas des marionnettes des autorités chinoises. Ainsi, la revue Le Bulletin, du syndicat national des guides de haute montagne, dans son numéro 48 de début 2002, consacre au projet un article trés positif, donnant la parole à un tibétain. Est-il pour autant représentatif de tous, ou simplement de la majorité, et comment se fait là-bas l'information? En outre, quels seraient les sommets impliqués? L'affaire est en tous cas à suivre. D'un côté comme de l'autre, il y a des intérêts divers: sportifs, financiers, politiques, culturels, spirituels. Or, la balance de l'histoire a rarement penché du côté de ces derniers. Quoi qu'il en soit, la concurrence entre les montagnes du Népal et celles du Tibet est déjà en cours, et le ministère français des affaires étrangères a, en ce qui le concerne signé une convention sur le principe d'un téléphérique au Tibet. A quand les skieurs slalomant sur les ruines des monastères détruits, à côté de ceux, toujours debout, transformés en mascarades? Etranges affaires pour un ministère et un monastère. Le - relativement - puissant Club Alpin Français ses membres et leurs élus politiques pour refuser de cautionner la chose et différentes associations environnementales et culturelles pourraient être alertées.

 

Les points chauds du globe correspondent souvent à des noeuds où se touchent et se mèlent les cultes et les cultures: Palestine, Afganistan, Cachemire, Tibet... comme si les peuples étaient des plaques techtoniques aux fractures et frictions meurtrières. L'exemple des Himalaya porte cette vérité à son extrème et au plus haut de la planète. Tout demeure en suspens pour l'instant, mais serait tenté de dire qu'aprés avoir connu le pire, le pire pourrait encore arriver au Tibet...Qui sait jusqu'où peuvent s'élever ou descendre les hommes?

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Published by François-Marie Périer
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