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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 07:21

Quel avenir pour les montagnes sacrées du Tibet?

Les montagnes sacrées de l'Himalaya vivent aujourd'hui une nouvelle étape dans la tentative chinoise de les aliéner à la souveraineté du peuple tibétain et de poursuivre son oeuvre d'acculturation

envers celui-ci. Cet immense sanctuaire enneigé est en effet l'enjeu d'affaires radicalement étrangères à sa nature, entre le pouvoir de Pékin et différents intérêts occidentaux où la France se trouve elle-même impliquée.

 

 

Kali Yuga

 

 

    La tradition hindoue distingue quatre grands ages dans l'histoire de l'humanité et de la terre. Au cours de ces quatre grandes époques: âge d'or, âge d'argent, âge de bronze et âge de fer, également appelé âge noir ou Kali yuga, l'homme et la planète connaissent un lent et inéxorable exil de la vie spirituel et de l'essence sacrée du rapport à la Terre Mère. On agit toujours envers le monde comme on agit envers soi. Aprés la profanation de son sanctuaire intérieur, l'homme a peu à peu commencé celle du sanctuaire naturel qu'est ce qu'il a récemment choisi d'appeler "l'environnement", se plaçant ainsi au centre d'une création à laquelle il doit pourtant tout, et avant laquelle il s'éteindra probablement. Ce processus qui s'est accéléré depuis l'époque des Lumières et la Révoluion industrielle se poursuit aujourd'hui de façon exponentielle, mlgré les cris d'alarme étouffés, médiatisés ou récupérés qui s'élèvent partout. Depuis le XXème siécle, il ne s'agit plus dans les guerres de remporter une victoire ou d'agrandir son territoire en règnant sur un peuple, mais de le faire disparaître. Il ne s'agit plus de se protéger des rigueurs ou des excès de la nature, mais de se donner l'impression de la soumettre intégralement à notre voonté de sécurité déguisée en soif de connaissances ou de progrès technologiques. La connaissance sans le respect porte un nom: le viol, terme s'appliquant à la foi à l'humain et au Sacré. Le Kali yyuga pourrait en ce sens s'entendre laïc yuga: âge laïc. Signe des temps... prés les génocides arménien et juif, où la "race" et la religions étaient clairement liées et d&ésingées en bouc émissaires, aprés le génocide khmer où le bouddhisme théravada faillit disparaître du Cambodge, le génocide tibétain se poursuit. Depuis un demi-siècle.

 

Une désacralisation raisonnée des Himalaya


          Dans sa stratégie méthodique, le gouvernent chinois s'attaque aujourd'hui aux symboles ultimes , c'est à dire aux références mêmes de la culture et de la spirituamlité du Tibet. Les symboles sont les formes mêmes des archétypes, ces "images antiques" qui structurent toute la vie de l'âme et jalonnent ses métamorphoses dans sa recherche de l'Absolu. Toucher à la sacralité d'un archétype, c'est briser le miroir dans lequel l'esprit humain peut se connaître et donner à lêtre humain ses grandes orientations. Et cette destructuration ouvre les portes à l'impermanence desz désirs qui s'incarnent à l'infinin dans toutes les formes de la roue du samsara. La soirée d'inauguration du mois du Tibet à l'Ecole de la paix de Grenoble, au mois de mars dernier, réunissait Antoine Van Limburg , photographe auteur de "Kaïlash, pélerinage tibétain", et Bernard Amy, chercheur en ..., écrivain et alpiniste. Tous deux sont par ailleurs membres engagés de l'association internationale Moutain wilderness, qui s'attache à la préservation des espaces vierges encore existants dans les montagnes du globe. Sur le thême "quel avenir pour les montagnes sacrées du Tibet?, les deux hommes ont largement abordé la menace qui pèse toujoursplus sur les grands sanctuaires naturels du Pays des neiges. Cette menace est peut-être plus inattendue que celle des déchets nucléaires, de la déforestation, de l'implentatoin massive des colons chinois. Il s'agit de la "conquête" des montagnes sacrées par des alpinistes. Non des alpinistes chinois: le viol de la demeure des dieux ou des grands Eveillés par les colons eux-mêms soulèverait la désapprobation de la communauté internationale. Il s'agit pour les chinois de proposer ou soutenir des projets étrangers considérant davantage les sommets comme un adversaire ou un terrain de jeux à la hauteur de leur exigence que comme les temples d'une initiation intérieure à vivre dans l'épreuve et l'émerveillement des sens.

Se mesurer à la montagne n'est pas de toute étenité une attitude uniquement occidentale. Une voie spirituelle orientale consistait par exemple à chercher l'initiation à travers l'escalade des voies les plus périlleuses, comme en témoigne l'ouvrage "Marcher, méditer", aux éditions Albin Michel, collection Espaces libres. Mais l'Absolu était derrière, et au bout de  la quête, et de la conquête des sommets. Aujourd(hui, ce qui est drrière, ce sont les tonnes de déchets des expéditions qui posent un problème tel que Bernard Amy juge quasi insurmontable. Il parle par expérience, ayant organisé des expéditions à haute altitude de nettoyage des camps de base, redescendant des sacs à dos entiers, des bombonnes d'oxygène, réduisant des canettes rouillées et les boîtesde conserve, meilleurs signes de notre âge de fer , au sens le plus matérien du terme. Il le dit lui-même, cette solution n'en est pas une. Nous ne laissons d'ordures devant chez nous que parce que nous savons que d'autres les enlèveront, et gommer les erreurs des uns, c'est s'exposer à ce que d'autres les reproduisent, faute d'avoir compris le véritable enjeu: le respect d'un monde où tout est à la fois à nous impossible à posséder sans le perdre.

 

 

L'Esprit et le symbole 

 

 

 Mais plus encore que souiller les pentes des cimes sacrées, le risque, dans l'ascension, est la désacralisation. Il ne faut pas confondre désacralisation et démystification. Comme l'a fait remarquer le dessinateur Samivel, lorsque l'inaccessible est atteint, en l'occurence une montagne, c'est toute une mythologie qui s'écroule, avec les croyances, donc les rites, les convictions, les      actes et les choix de ceux à qui elle appartient. Si ceux-là n'ont pas compris eux-même que la montagne l'Eveillé ou le dieu qui l'habitent le chemin, lre pélerinage sont à l'intèrieur, et qu'ils sont inaliènables. Mais le monde doit rester le "Jeu divin", la Lïla du Seigneur, et l'homme en est à la fois le gardien et le disciple, contemplant dans toutes les formes de la matière celles de son âme. Un intellectuel indien a vu dans cette perte des repères des tibétains, telle la conquête du Chomolungma - l'Everest du nom de celui qui le gravit le premier...- un défi à repenser ses mythes à un degré supèreiur de conscience. Certes, et c'est important, surtout quand il n'y a rien d'autre à faire, mais la chose est possible autrement: par la vision, l'expérience directe de la souffrance et de l'impermanence du monde. La non-violence touche à tous les êtres vivants, et les monatgnes sont des êtres vivants. L'enjeu est d'autant plus fort que la deuxième génération de tibétains exilés n'a pas baigné dans sa culture. Le Sacré est ,pour ces

jeunes, eseigné et non vécu, et le risque de perdre ses représentations est d'oublier son apys parmi les sirènes de l'Occident est brûlant.

 

La montagne, lieu d'initiation. 

 

 

 Une alternative pouvant satisfaire à la fois alpinistes et tibétains consiste à arrêter l'xpédition peu avant d'arriver au sommet. Cela n'est pas sans rappeler l'acher zen qui renonce à tirer la flèche lorsqu'il sait - non lorsqu'il croit - qu'il atteindra le centre de la cible. Le plus grand erspect, celui de ne pas y aller, a déjà été démontré au Népal, à la demande expresse du gouvernement. Cela a été réalisé recemment par une une cordée grenobloise à laquelle était associé le président de Muntain Wilderness et J.M. Asselin, rédacteur en chef de la revue Vertical. lors de l'ascension de l'Arunanchen, sommet encore vierge en territoire népalais.

Un alpiniste espagnol avait quant à lui obtenu l'autorisation chinoise de gravir le Kaïlash, la plus sacrée des montagnes tibétaines, toujours vierge elle aussi, et considérée comme la forme physqiue du mont Méru, l'axe du monde, par les hindoux, les bouddhistes, les böns et le jaïns. Rappelons à ce propos que Milarepa lui-même ne l'avait gravi qu'en lévitation. Cet alpiniste avait l'intention de lire au sommet une déclaration pour la paix. Mountain Wilderness lui conseilla alors de demander au Dalaï Lama de le faire en plain centre de Lhassa. Comprenant les réticences du chef spirituel tibétain, il renonça.

Il y a aussi un élément plus subtil dans le rapport entre alpinites et montagnars: l'idée, selon Bernard Lamy, que la vie des seconds serait comme un idéal pour l'alpiniste, une sorte d'aboutissement de sa relation à l'élément et une authenticité retrouvée.

Mountain Wilderness a également proposé que certains sommets soient désignés par les alpinistes internationaux eux-mêmes comme ne pouvant être gravis. Mais ce pouvoir de décision, de législation même sur des terres qui ne sont pas les siennes ne s'appelle-t-il pas tout simplement colonialisme? On se trouve ici e situation délicate: résultat d'une double convoitise, étrangère au peuple tibétain. celle des chinois et celle des alpinistes. Lorsqu'un tibétain, ou n'importe quel pélerin, tourne autour du Kaïlash, il le fait comme autour d'un stupa, ou vice-versa peut-être, pour obtenir la libération. Quand Milarépa s'envole judsqu'au sommr, c'est parce qu'il l'a atteinte. Le moi n'a rien à se prouver là, sinon qu'il est une illusion. Le Bouddha lui-même habiterait à l'intèrieur du Kaïlash, ce qui signifie qu'il, abite son ropre coeur, le coeur du monde: "Entre celui qui a vaincu mille hommes et celui qui s'est vaincu lui-même, celuyi-là est supérieur."

De nombreux alpinistes ont décri des expériences proches de l'extase lors de l'arrivée au sommet, ou de la redescente dans les vallées. Mais encore une fois, l'effort physiqe n'est ni la seule voie, ni celle qui mènera le plus loin. D'aucuns ont même pu comparer le procesus ascétique de la transformation de la souffrance des alpinistes à des expériences chamaniques. Mais la voie chamanique amène à des expériences beaucoup plus profondes et poussées vol de l'âme, divination, guérison, communication avec les esprits de la nature... et surtout elle repose sur un respect et une humilité omniprésents et universels viqs à vis du monde naturel, minéral, végétal, animal, avec ses lieux, ses plantes, ses arbres et ses êtres sacrés.

 

Une école des guides franco-chinoise au service des tibétains? 

 

 Mais la balle reste, on s'en doutre bien, du côté des chinois pour lesquels reconnaître les sommets reviendrait à reconnaître la souveraineté du peuple tibétain. Ils savent que, détenant la clef des permis d'éxpédition, ils peuvent éventuellement se servir des alpinistes à des fins de propagande. Ainsi, lors d'unprojet franco-chinois sur l'Everest, des phrases aussi choquantes que "le Tibet, terre chinoise", avaient été prononcées par les occidentaux désirant se faire bien voir de Pékin. Le projet n'a heuresement pas abouti, malgré le soutien de politiques français.

Or, ces mêems alpinistes font partie des initiateurs du projet de l'école des guides de Lhassa. De quoi s'agit-il?

A partir de la constatation que les sherpas népalais n'étaient formés au'au contact des expéditions, l'idée fut évoquée, dans les milieux des guides français de Chamonix, d'une formation directe et préparatoire de leurs voisins tibétains. L'apparence généreuse du projet tombe vite devant laz concrétude de ses frais: en réalité, un pour cent des dépenses était dédié à l'achat du matériel (cordes, piolets...) le reste concernant les "missions" des guides vers Pékin. Les polémiques entourant le projet portaient évidemment sur l'ambiguité entre aide et manipulations des tibétains, sachant par ailleurs que les habitants du pays des neiges sont systématiquement écartés des treks par les chinois. Quand à ceux qui acheminent par exemple les pélerins en 4x4, ils sont soummis à une telle sélection et pression de la part des chinois qu'ils finissent par leur ressembler à s'y méprendre, physiquement et moralement. Ajoutons à cela que, récemment, des tibétains devenus anglophones suite à un séjour en Inde ont été massivement remerciés et renvoyés à leur terre d'exil pour &éviter toute comunication incontrôlée avec les occidentaux. Mais revenons au projet d'une école des guides. Un appel à candidature a été récemment lancé par la FFME (Fédération Française de ...) pour partir dans des missions de trois mois à Lhassa. Il faudrait entendre sur le sujet des tibétains fiables qui ne soient pas des marionnettes des autorités chinoises. Ainsi, la revue Le Bulletin, du syndicat national des guides de haute montagne, dans son numéro 48 de début 2002, consacre au projet un article trés positif, donnant la parole à un tibétain. Est-il pour autant représentatif de tous, ou simplement de la majorité, et comment se fait là-bas l'information? En outre, quels seraient les sommets impliqués? L'affaire est en tous cas à suivre. D'un côté comme de l'autre, il y a des intérêts divers: sportifs, financiers, politiques, culturels, spirituels. Or, la balance de l'histoire a rarement penché du côté de ces derniers. Quoi qu'il en soit, la concurrence entre les montagnes du Népal et celles du Tibet est déjà en cours, et le ministère français des affaires étrangères a, en ce qui le concerne signé une convention sur le principe d'un téléphérique au Tibet. A quand les skieurs slalomant sur les ruines des monastères détruits, à côté de ceux, toujours debout, transformés en mascarades? Etranges affaires pour un ministère et un monastère. Le - relativement - puissant Club Alpin Français ses membres et leurs élus politiques pour refuser de cautionner la chose et différentes associations environnementales et culturelles pourraient être alertées.

 

Les points chauds du globe correspondent souvent à des noeuds où se touchent et se mèlent les cultes et les cultures: Palestine, Afganistan, Cachemire, Tibet... comme si les peuples étaient des plaques techtoniques aux fractures et frictions meurtrières. L'exemple des Himalaya porte cette vérité à son extrème et au plus haut de la planète. Tout demeure en suspens pour l'instant, mais serait tenté de dire qu'aprés avoir connu le pire, le pire pourrait encore arriver au Tibet...Qui sait jusqu'où peuvent s'élever ou descendre les hommes?

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Published by François-Marie Périer
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Francesca 05/03/2013 12:19

Cher François,

Merci pour cet article!
C'est vraiment très important que cette info soit diffusée dans les Clubs Alpins, et agences de voyages (trekking) à niveau mondial.
La desacralization du monde a été tres forte et importante dans le passé, specialement le siècle dernier: je suis sûre que le moment actuel permet une conscience croissante en tout le monde, et
particulièrement des occidentaux, "alpinistes", et toute personne qui est en contacte avec la Nature, surtout de Haute Montagne.

Je te souhaite que cet article puisse apparaître en différentes langues, en différents milieux, et particulièrement dans les revues et journaux de montagne.

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