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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 10:07

 

Poésie et Eveil, les voyages du Cygne

préface de Tara Michael

 


http://www.becdanlo.fr/Brumerge/Poesie_et_eveil%20octobre%202014.pdf

 

(téléchargement gratuit, droits réservés, évidemment sans but commercial, le livre papier est en vente pour 19,50 euros sur le site des éditions Brumerge ou par commande directe à l'auteur, par ce site, frais de port offerts)

 

 

142.jpg

                                                        Lac sacré de Pushkar, Rajasthan, Inde - photo F-M Périer, 2005

 

 

 

Poésie et Eveil, les Voyages du Cygne 

 


Pour celui qui, ainsi et sans jamais faillir,
Prodigue vénération et louanges à Sarasvatî,
Et qui possède la foi et la dévotion,

L'accomplissement vient rapidement, en six mois.

De lui se déverse à flots Sarasvatî Elle-même,
Spontanée, aux paroles délicieuses,

Par des sons tour à tour prose et poésie,
Au sens véridique et inépuisable

 

C'est un texte inouï  que le poète capte ;
C'est avec l'être-même de Sarasvatî qu'il partage son esprit.

Sarasvatî parla  ainsi :

« Grâce à Moi, même Brahmâ a conquis la conscience éternelle ;
Je suis l'essence éternelle de la Vérité, de la Connaissance et de la Félicité.

                                                                                                                            Sarasvatî Rahasya Upanishad 

 

    Poésie et Eveil est une tentative de retourner à l’essence de la parole et de la révélation poétiques des Traditions, lesquelles n’ont jamais cessé de nous habiter intimement, et le font aujourd’hui encore.

Cet essai-anthologie parcourt les mythes et voies spirituelles de l’humanité et accorde une place importante à l’Inde, civilisation où l’auteur a beaucoup voyagé, comme guide, photographe et écrivain. Le Sous-continent fut le déclencheur de sa réflexion, interpelée par les Rishis et leur exigence d’une nouvelle langue, dite  « parfaite », le Sanskrit, pour restituer leurs visions, sur le mode si puissamment poétique et simultanément aussi détaché de la parole des Upanishads. Comme un musicien obligé de forger un instrument nouveau à la mesure de sa shruti, son audition métaphysique.

 

Le cygne de l’âme


Pourquoi Les Voyages du Cygne ? Le sous-titre  fait allusion à Sarasvatî,  parèdre de Brahma, dont le cygne suprême blanc, ou l’oie sauvage,  Paramahamsa, est la monture. Déesse de la parole - Vac - , de la poésie, de l’éducation, des arts, c’ est elle sa puissance – Shakti – indispensable, qui nomma les créatures. Mais la Sarasvatî est aussi la rivière ensevelie de la Terre des rois, le Rajasthan, allégorie du flux – Sarasvatî  signifie  Celle qui coule – poétique et souterrain qui nous parcourt et que nous devons ressusciter en nous, pour rejoindre les fleuves de l’amour, la Jamuna, et de la mort, le Gange, dans notre Allahabad intérieur.

 Car la poésie est selon F-M Périer objectivement existante, engrammée mais ensablée sous nos kilogrammes et nos atomes oublieux, à la manière dont les mathématiques, pour d’autres, sont une dimension à part entière du Cosmos, à même de le raconter voire de suggérer sa dimension non encore manifestée, dans le travail de Création du poète où il se relie à sa propre conscience et à l’apparition de la parole, laquelle choisira ensuite les formes de l’épopée, de l’hymne, de l’aphorisme, de la litanie.

Comme le disait Paul Valéry dans Le Cimetière Marin, méditation méditerranéenne et tantrique sur la vie, la mort, la mer, au sens littéral du terme :

 

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un cœur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur (…).

 

    La poésie est adéquation sensible et vibrante au Réel qui est émanation du son primordial, le Nada Brahma, ordonné par le mètre et le mantra, et parfois aussi  équation fulgurante, loi magnifiquement énoncée révélant un principe du Sanâtana Dharma. Mais elle est aussi  la forme choisie par les sages et éveilleurs pour nous montrer avec mesure, amour et compassion la voie vers l’ailleurs de la Libération, Moksha, même si elle commence et revient ici et maintenant. La plus proche du silence et en relation intime avec lui.

Le cygne migrateur est aussi le Hamsa, l’oiseau de l’âme, éternelle trasmigratrice ailée. On le retrouve présent à la base du sitar, en hommage à Sarasavti,  et permettant d’en régler la note et la corde essentielles, le Madhyam. Ma, dite « note universelle ». Ham-sa, c’est en effet le son que fait le souffle en l’homme, lui répétant : « Je suis Cela » :  So-ham, et rejoignant l’inspiration pranique et poétique.

Le vol de l’oiseau de l’âme et de la parole survole ainsi les Rishis, les grammairiens du Vedanga, les rasas de l’émotion artistique, les Upanishads les plus connues, la Bhagavad Gîta, le Shivaïsme du Cachemire, Sri Aurobindo, Tagore.

 

Poétique Création


Voilà posées les bases de cette  méditation au long cours, tissée par plus de vingt-ans de voyages de l’auteur sur plusieurs continents, comme voyageur indépendant, puis guide, à la rencontre de leur histoire ancienne ou immédiate de leurs mythes, de leurs arts de leurs peuples et des représentants de leurs religions et traditions. Tissé, car la trame du monde, le grand tapis cosmique, le filet d’Indra, le Tantra, le texte-monde… sont un autre archétype qui accueille et questionne comme un yantra en tous lieux le voyageur.

Et partout aussi , c’est la même évidence et exigence de la forme poétique qui se révèle dans l’expression des êtres reliés, sous le chaos de notre kali-yuga, notre âge de fer ou notre cinquième soleil, et des ravages d’’une vision du monde désenchantée,  imposée par la force, la ruse et la technique depuis cinq siècles.

Le  terme grec poiesis signifie doublement Création : littéraire et matérielle. Il est fidèle à la vérité que la parole inspirée est la résonnance même de la manifestation révélée. Vérité commune à toute la période antique, médiévale, renaissante et jusqu’à la romantique et aux poètes modernes qui n’ont pas oublié pour être publié.

 

Le parcours du livre


L’ouvrage parcourt l’Occident,  à travers les mondes grecs et celtes, où on apprend à mieux connaître Apollon, Orphée, et la fureur poétique,  Brigid, Taliesin, Etain et l’awen, l’inspiration  des druides. Le Proche et le Moyen-Orient, avec le concert des soufis, le Sama’. L’Asie par cette autre tradition née en Inde, le bouddhisme, sous ses formes Mahayana, Vajrayana, Zen, et le Taoïsme. Les quêtes de vision amérindiennes à l’antiquité indatable. Et les Evangiles avec leurs paraboles magnifiquement non-duelles ouvrant l’espace intérieur du lecteur prêt à être enseigné « aux pieds du maître » comme par des Upanishads. La seconde partie du livre prolonge l’étude à travers les siècles médiévaux et modernes, les sapiences ésotériques, la poésie courtoise et son parcours initiatique où la femme retrouve son rôle d’inspiratrice-médiatrice vers le Divin. Puis, c’est la triomphe du scientisme de la modernité « profanante »,  combattue par les poètes romantiques ou maudits. Enfin, l’époque contemporaine qui voit converger les explorations quantiques et littéraires des esprits les plus audacieux à la recherche de la nature de l’Esprit, de la matière, du temps, et nécessairement de l’art qui est leur delta d’amour rêvé.

 

Mythos et étymon


    Le désir de retourner à la racine de la conscience créatrice et de la parole a motivé une constante recherche étymologique sur les notions rencontrées, puisqu’etymon signifie vrai sens. On se rend compte que ces racines, telles celles de l’Ashvattha, sont au Ciel, et que les arts en sont les branches pour nous. Cela explique aussi les ponts jetés entre les cultures par le travail philologique lui-même, au-delà de tout parti pris de l’auteur.

Il en est de même pour les nombreux mythographes, dieux, éveillés, sages, poètes, chercheurs que Poésie et Eveil convie, et qui ont essayé de redonner sa dignité à la Parole et à la Création, parce qu’ils ont tous perçu, derrière le sommeil, l’ennui ou l’habitude, leur sacralité commune et fondamentale. Notre monde est désespéré parce qu’il est désinspiré, et il l’est parce que l’homme a cessé d’être relié à cette parenté-fraternité, mise entre parenthèse, de la Terre et du Ciel, les mondes visible et invisible. Ces deux pôles et portes – repères et mère pourrait-on dire… -  le méditant qui pousse la Terre par les genoux et le Ciel par la tête, et le poète, par l’acuité de sa vision et la fidélité de sa parole, les poussent tous deux et les explorent et les implorent. C’est ainsi que se réveillent l’espérance et l’inspiration.

 

 C’est pourquoi la poésie n’a pas réellement accompli son œuvre, du moins son œuvre la plus haute, tant qu’elle n’a pas élevé et transmuté le plaisir de l’instrument dans le délice plus profond de l’âme. Une divine Ânanda, un délice interprétatif, créatif, révélateur, formateur – on pourrait même dire, une réflexion en miroir de la joie que l’Âme Universelle éprouva dans sa grande libération d’énergie lorsqu’elle résonna dans les formes rythmiques de l’Univers, la vérité spirituelle, la vaste idée interprétative, la vie, la puissance, l’émotion des choses réunies en une vision créatrice originelle, – une telle joie spirituelle est celle que l’âme du poète éprouve et que, lorsqu’il peut triompher des difficultés humaines de sa tâche, il parvient à déverser en tous ceux qui sont préparés à le recevoir. Ce délice n’est pas purement un divin passe-temps ; c’est un grand pouvoir formateur et illuminateur.

                                                                                                                                                          Sri Aurobindo, La Poésie Future

 


François-Marie Périer, juin 2012 pour La Nouvelle Revue de l’Inde, dr.


une interview plus détaillée sur le même sujet:

http://www.indereunion.net/actu/FMP/interFMP.htm

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Published by François-Marie Périer
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