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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 18:31

 

 

 

                                           DIA_0284.JPG

    Tikal, Guatemala, 2004, photo dr FM Périer

 


http://www.francebleu.fr/archives/emissions/iserois-voyageurs/2013

 

Une série de brèves mais émissions diffusées en mars/avril 2014,

merci à Olivier Rocher

 

 

À  travers les yeux du chamane, dia de los muertos,  San Rafael

 

   L’homme blanc qui m’accompagne boit et nous raconte qu’ici il suffit d’un sac d’engrais pour qu’un père dont le fils a été tué lors de la guerre civile, vote pour les responsables proches ou lointains de sa mort. Un ami me parla un jour d’une paysanne russe qu’il avait rencontrée, dont le mari et les fils étaient morts au goulag et pour qui la mort de Staline avait été le jour le plus triste de sa vie.

   Dans le cimetière de ce village, la nuit de la fête des morts, je regarde les yeux du shamane que mon ami ivre comme chaque jour me montre, et je vois: le corps, les pupilles, les vitraux des iris, tous peuvent éclater, peu importe, la lumière désormais est dedans, elle a réalisé l’œuvre, et l’âme de cet homme est une cathédrale d’eau, de cristal ou de diamant,  inaccessible à nous parce que l’homme qui l’habite s’est lui-même d’abord rendu accessible à tout. Et plus rien ne l’entaille, car il n’est plus qu’espace. C’est comme si cet homme-médecine, qui regarde impassible cet autre homme saoul qui pleure et lui parle prés de la tombe de son fils, voyait depuis la lumière même, comme si son corps de peau et de chair n’était que le moule prêt à être brisé pour révéler le rêve, pura luz*, qui vit dedans.


* pure lumière

 

 

Fête des morts.

 

   Peuple maya qui danse, seul et saoul. Hommes titubants comme des guerriers qui refusent de s’avouer vaincus, savourer le repos,  s’en aller au Paradis promis par leurs dieux, et croient encore dans le mirage de l’ivresse triste, à quelques lambeaux de vision de leur gloire passée et à venir. Des musiciens zombies jouent des marimbas, comme avec des os qui frappent sur des squelettes, sur des rythmes qui se voudraient joyeux mais résonnent ironiques. Comment le Maya peut-il survivre dignement, ou survivre seulement,  quand depuis cinq siècles on l’a décimé, on lui a tout pris, on l’a réduit en esclavage, puis exploité et à nouveau massacré dans le cadre de lois assurant l’impunité aux bourreaux ? Comment ne pas devenir fou, se donner la mort ou un état qui lui ressemble, pour survivre au cauchemar sans fin qui se déroule sous ses yeux ? Il faut garder la foi, l’amour et le pardon, alchimies immédiates au sourire sans ride, ne pas rompre  le  lien  avec  la  nature  sauvage, dont la vie éternelle, éternellement renouvelée, coule avec force dans ses cycles, hors de la folie des hommes, et il faut voir que les persécuteurs sont emmurés vivants dans leur ignorance et leur haine, que la mort brisera leur mirage, qu’ils pleureront longtemps, alors que lui l’indigène nagera librement dans l’invisible comme un poisson rendu à l’océan.

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Published by François-Marie Périer
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