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22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 10:46

L’Homme vert et la source de l’immortalité :

de la Caverne à l’Hyperborée et à Maitreya

extrait du troisième tome de Q(o)uest, Les chevaux blancs du Wiltshire

diffusion non commerciale, autorisée, mention de l'auteur obligatoire

 

                                                                                                                                                                  Wikimedia commons

 

« Ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène vers les Hyperboréens ». Pindare, Pythiques, X, 29-30

J'ai tenu à inscrire à la fin de cette partie sur Maitreya une réflexion sur  l'Homme vert. Même s'il n'a a priori pas directement à voir avec le bouddha du Futur, l'Homme vert est un personnage énigmatique et inclassable… et par définition il a été difficile pour moi de le classer en un chapitre précis. Le voilà donc ici, faisant le lien entre les terres, les montagnes, les océans et les cultures, un peu comme Maitreya, finalement.

Pindare semble par les paroles placées en exergue situer l'Hyperborée dans une dimension autre, accessible par la conscience, qui rappelle les mondes cachés de l'Agartha ou de Shambhala. Dans la continuité de notre tentative de décryptage de Maitreya, nous allons donc revenir ici sur l'Hyperborée, à travers l’Homme vert, appelé Al Khidr (prononcer le kh comme la jota espagnole), figure mystérieuse de l’Islam. Le terme « Homme vert » m’avait toujours interpellé, comme le fait qu’on le rencontre aussi bien dans la mythologie celtique que dans le Soufisme. J’avais envie d’en savoir plus, et je ne devais pas être déçu.

L'Île verte du Khidr au centre de la Mer blanche

L’Homme vert est un sage symbolisant la vie, au comportement paradoxal, qu’aurait rencontré Moïse au cours d'un de ses voyages. Selon un hadith du savant ouzbèk Al Boukhari ayant vécu au IXème siècle après J-C, et base du Sahih al Bukhari, le plus fidèle recueil des paroles de Mahomet selon les Sunnites et d'autres traditions musulmanes, il serait un descendant de Noé, un des 124 000 prophètes - encore ce chiffre de totalité lié au 24 – et l'un des quatre prophètes éternels de l’Islam... Bouddha pour les uns, Élie pour les autres, on  retrouve l'Homme vert dans Zadig ou la destinée de Voltaire, sous la forme d'un sage au comportement incompréhensible pour Zadig.

Dans le Chiisme duodécimain, le douzième imam, caché et messianique, est associé au vert. Il attend son heure, retiré sur l’Île verte, au centre de la mer blanche. On pourrait penser à Shambhala, demeure des maîtres, île et peut-être oasis verdoyante du désert clair de Gobi, ou à une éventuelle terre à la surface ou à l’intérieur du Pôle nord, comme la décrivit le journal posthume controversé de l’amiral Byrd. En des temps plus chauds de notre Planète, comme les XIIème et XIIIème siècles, le Groenland, mot à mot « Verte Terre », a peut-être aussi inspiré de telles légendes, comme l’Irlande, Île verte au milieu de l'écume blanche, qui était à l’époque de Mahomet (VIIème siècle après J-C) le lieu le plus spirituellement éclairé et le plus lointain du Christianisme. Ou encore l'Angleterre et ses falaises de craie.

L’Homme vert a bu à l’eau de la Source de vie éternelle, une métaphore qui rentre bien dans les légendes celtiques et les mythes du Graal.

En Inde et au Pakistan, il est une divinité commune aux Hindous et aux Musulmans, ce qui est remarquable, protectrice des pêcheurs et des marins, et il est représenté sur le dos du poisson ressuscité du Coran, menant à la source de vie. Une image très hindoue ou christique, apollinienne ou celtique, si l'on pense à l'avatar Matsya qui sauva le prophète Manu, au Christ-Ichtios des premiers Chrétiens, au dauphin d'Apollon ou au saumon de Finn nageant dans la source. Mais on peut aussi évoquer Enki-Ea- Oannès, le dieu bienveillant et civilisateur des Mésopotamiens, pour rester dans l'aire moyen-orientale. Douzième imam, comme il y a douze signes, dont les Poissons sont le dernier, l'Homme vert apparaît neptunien et bienfaisant.

Les Persans Farid Ud Din Attar et Sohravardi, parlèrent à leur tour au Moyen-âge de l’Homme vert, Sohravardi précisant qu’il atteignit le sommet de la montagne du Qaf et la source de vie en chaussant les sandales du mystérieux personnage comme le lui conseilla l’ange de son Récit de l’archange empourpré, dont le titre évoque le Phénix. Ibn Arabi aurait aussi revêtu le manteau du Khidr, comme son maître Ali Ibn Jami.

La sourate de la  Caverne et l'explication d'Éva de Vitray-Meyerovitch

 

 L’histoire de Khidr peut nous confirmer le lien à Neptune avec la résurrection du poisson. Dans la sourate 18, La Caverne, après l’histoire des Sept Dormants d’Éphèse, il y a donc le récit de Moïse qui part au confluent des deux mers, l’atteint et retourne chercher un poisson séché oublié avec son compagnon. Le poisson est retourné à la mer, mais Moïse rencontre un homme, « un de Nos serviteurs, à qui nous avions enseigné une science émanant de Nous », dit la sourate. Ne pourrait-il pas être un ange ou Oannès se métamorphosant en poisson ? Cet homme fait une brèche dans le bateau de Moïse et de son compagnon, tue un jeune homme et redresse un mur, ce que le prophète biblique ne comprend pas, si bien qu’il pose trois questions et que Khidr le quitte comme il l’avait prévenu, après s’être expliqué sur le mal nécessaire qu’il avait commis pour un plus grand bien.

Voilà trois fois que nous rencontrons la sourate La Caverne dans notre recherche. Et justement, Éva de Vitray-Meyerovitch écrit, après avoir parlé des Sept Dormants d’Éphèse :

« L’étymologie, Khidr (le Vert) évoque la vie, la lumière, la renaissance. On raconte qu’il habite dans une île, ou sur une natte verte au cœur de la mer. Là où il se tient debout, la terre deviendra verte. Il est donc en rela­tion avec l’océan. Sur les côtes de Syrie, il est invoqué dans les tempêtes. Il est le patron des marins en Turquie, identifié en Inde au fleuve Indus, appelé Rajah Kidar, et représenté comme un vieillard habillé de vert. Il est ensuite question d’Alexandre tentant de découvrir la Source de l’Eau de la Vie qui confère l’immortalité. Plusieurs archétypes apparaissent ainsi : le sommeil [des sept dormants] - la rencontre et l’initiation - l’eau de la vie éternelle. Le sommeil, c’est, bien sûr, le sommeil de l’oubli (ghaflat), les hommes ordinaires se trouvent plongés dans un état de léthargie spirituelle, c’est donc à une « résurrection » que les âmes sont appelées. (…) Une lecture symbolique de cette Sourate nous fait retrouver, dès le début, le thème de la caverne qui typifie, aussi bien dans la psychologie des profondeurs que dans l’Histoire des religions, l’inconscient d’où quelque chose doit naître. Examiné sous cet éclairage, le récit coranique traduit un itinéraire spirituel : les âmes, une fois éveillées de leur inconscience, ne vont-elles pas s’interroger sur l’étrangeté des voies de Dieu, qui ne sont pas nos voies ? L’Eau de la vie, qui confère l’immortalité, se trouve « au pays de l’obscurité », c’est-à-dire, dans les ténèbres, au-delà de la raison claire. Car c’est d’un autre ordre de connaissance qu’il s’agit.

 Ces ténèbres ne sont-elles pas celles de la région de l’âme la plus secrète, où réside la Réalité ultime que les êtres endormis ignoraient posséder au tréfonds d’eux-mêmes ? Car, comme le dit une Parole du Prophète de l’Islam, «celui qui se connaît connaît son Seigneur ».

 On retrouve dans les explications d’Éva de Vitray-Meyerovitch le Graal sous la forme de l’Eau de la vie d’immortalité liée à la connaissance de soi et de Dieu, c'est-à-dire le parcours que Galaad accomplira. Le confluent des deux mers de Moïse pourrait être Gibraltar, avec son rocher, Byzance, ou bien d'autres lieux... mais il représente avant tout, intérieurement, le point de non-dualité où, en prière, en méditation ou en contemplation, on laisse confluer en soi les désirs et impulsions contraires pour les dissoudre et où tout se fond en nous. Le retour de Moïse à l’Océan, c’est le pèlerinage aux sources des Poissons où il lui faut retrouver l’enseignement christique en quelque sorte, comme si le prophète juif devait acquérir cette remise à jour de la révélation opérée par Jésus : c’est ainsi que le poisson desséché retourne à la mer.

 

Deux îles vertes, deux confluences et deux poissons entre Islam et Irlande

 

 Changeons de monde. Dans la tradition celtique, l’homme vert est évidemment un symbole de force et de vie, d’immortalité, à l’image des arbres, de la sève. Gauvain combat un chevalier vert dans le roman du XIVème siècle : il lui coupe la tête mais, coup de théâtre, celui-ci l’emporte avec lui et ils s’affrontent à nouveau un an plus tard. Un tour de passe-passe typique de l'Homme vert sous toutes les latitudes et longitudes. Le récit est également assez semblable à une aventure de Cucchulain. Le point commun entre l’Homme vert de l’Islam et celui des Celtes est en tous cas le côté énigmatique du personnage. Le vert le fait participer totalement de la Nature, et il peut représenter une étape à intégrer, une acceptation des limites de la raison face à la Vie jaillissante qui prend de cours ses repères et son assurance.

 J'ai évoqué Fin et le saumon irlandais mourant et renaissant qui nageait dans la Source - appelée Blavet en Armorique -, au confluent des deux rivières Boyne et Shannon. La ressemblance avec l'histoire de l'Homme vert où un poisson renaît au confluent de deux mers est frappante, d'autant plus qu'au VIIème siècle avant J-C, Islam et Christianisme celtique étaient en pleine expansion, allant à la rencontre l'un de l'autre, géographiquement du moins, vers l'Europe continentale.

 On trouve une représentation de l’Homme vert dans les statues de la fameuse chapelle de Rosslyn (XVIIème siècle) en Écosse, où Dan Brown place le Graal, dans la continuité de la lignée dite de la rose - Rose line -, ayant transmis le sang du Christ. Et j'ai retrouvé le personnage dans les ruelles de Portland, Oregon, sur des panneaux mythico-humoristiques, dans une des villes les plus géographiquement, technologiquement et écologiquement avancées de l’Occident, dans cet état du nord-ouest du pays dont le saumon et l'ours sont des emblèmes importants, comme en reproduction de la Saint-Michael line européenne.

 

Le Khidr, « roi de l'Hyperborea » et Apollon

 

 En rassemblant les éléments des différentes cultures sur l’Homme vert, on s’approche de l’Hyperborée ou de Shambhala, et on touche directement à cette eau de l’immortalité que contient dans l’imaginaire collectif le Graal. Le vert est la couleur de l’émeraude, et le Christ a bien dit à la Samaritaine à côté de son puits, mais en parlant de  l’eau qu’il lui donnerait :


 « (…) Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissant en vie éternelle. La femme lui dit : Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir puiser ici. » Jean 4, 13-15, TOB

 

  On peut penser ici à la cessation de la soif d’exister qu’apportait le Dharma du Bouddha, et à Joseph d’Arimathie jetant le Graal dans le puits de Glastonbury, ville de la source rouge et de la source blanche : deux sources, la fin d'un parcours et l’immortalité. Mais le vert du Khidr, c’est bien sûr la couleur de l’Islam et du Paradis céleste, hérité du Paradesh  des Perses, pour cette religion des déserts. Un Paradesh « Au-delà des Terres » étymologiquement, dont l'Hyperborée était l'équivalent occidental.

 Allons-nous donc encore retrouver Apollon l'Hyperboréen, alors que nous revenons vers l'Irlande ? Un de ses noms celtes les plus célèbres est Grannus, dont on ignore précisément l’étymologie, mais qui correspond à sa fonction de protecteur des sources curatives, comme à Aix la Chapelle, Aquae Granni : « les eaux de Grannus. » Grannus n’est pas loin de green : vert, un mot d’origine germaine, granni en vieux saxon, qui correspond bien aux zones où Grannus était adoré : nord-est de la Gaule, Belgique, Germanie.

 Apollon-Grannus pourrait-il être cet Homme vert ? Beaucoup de lieux auxquels il est associé correspondent à la légende de Khidr et dans la même sourate de la Caverne, Éphèse, la ville d'Artémis sa sœur, est évoquée, ainsi qu'Alexandre le Grand (Dhul Qarnain), qui se considérait fils de Zeus comme Apollon et dont le physique évoque fortement le dieu grec. Parmi les caractéristiques du Khidr évoquant Apollon l'Hyperboréen, nous avons : l'Île verte entourée par la mer blanche (Angleterre, Irlande ou Groenland si on associe l'Hyperborée au Pôle), le promontoire rocheux de Gibraltar au confluent des deux mers, la protection de la mer, qu’il assurait au Mont Saint-Michel. Ce serait surprenant pour la plupart des exégètes de le trouver dans le Coran, mais c’était un dieu tout aussi inclassable que l'Homme vert, dont la figure s'est beaucoup simplifiée. Je pus découvrir un article d’Amélie Neuve-Église, dans la Revue de Téhéran, où on apprend qu’on l’appelait aussi « le roi de l’Hyperborea » et qu’il était rapportable au Vieux sage vert, Pir es Sabz, du Zoroastrisme. Dans la même étude, Amélie Neuve-Église le décrit comme « à la beauté inaltérable », une qualité d'Apollon, et à l’éternité acquise par la source de l’immortalité. Mais elle écrit aussi :

 « Cependant, dans Mantiq al-Tayr (Le Langage des oiseaux), ’Attâr nous montre que paradoxalement, le personnage de Khidr - appelé ici Khezr - se trouve être à l’opposé de ce que le soufi désire : à l’issue d’un dialogue entre Khezr et un mystique, ce dernier conclut : « Toi et moi sommes incompatibles, car tu as bu l’Eau de l’immortalité qui te fera exister éternellement, alors que moi, je ne souhaite qu’abandonner ma vie [pour rejoindre Dieu] »

 Cette opposition entre prolongement éternel de la vie et anéantissement en Allah - fana’- est classique, mais pas forcément pertinente. Jésus a dit lui-même : « Qui veut sauver sa vie la perdra, qui la perd la gagnera. » Mais il a aussi promis la Résurrection et la vie éternelle, à son image. Tout dépend si l'immortalité de l’Homme vert est atteinte par le biais de techniques, sans fondre l’Âme humaine dans l’Âme divine, ou si elle est le fruit de cette Union à la Source.

L’Homme vert, le bouddha Amogasiddhi et Maitreya

On a vu largement au cours des trois tomes de notre recherche le lien entre Apollon, Arthur et Avalokiteshvara. Il se confirme à l’occasion de l’Homme vert, que la tradition identifie parfois avec Bouddha. J’ajouterai qu’il pourrait être Amogasiddhi, le Bouddha vert, « celui qui réalise son but sans se troubler ». Il est associé au nord, au vent, à l’été. Sa parèdre est logiquement la Tara verte, celle de la compassion et de la guérison, ce qui le rapproche d’Avalokiteshvara, dont elle est la sœur en quelque sorte, née d’une de ses larmes. Amogasiddhi fait partie de la famille du karma, de l’action, et « il est un des cinq bouddhas transcendantaux auxquels sont soumis le bouddha terrestre Maitreya et le bodhisattva  transcendantal Vishvapani. Amogasiddhi est généralement représenté avec les mains en forme de Mûdra de l’absence de crainte ; son emblème est le double vajra (…) » explique le Dictionnaire de la sagesse orientale. Parfois, il tient l’épée Khadga.

Constatons qu'on parle dans l’Islam des quatre ou cinq prophètes - Adam, Noé, Moïse, Jésus, Mahomet -  avec en plus l’Homme vert, peut-être au titre de descendant de Noé, comme on a dans le Bouddhisme les cinq bouddhas transcendantaux.

Amogasiddhi est également associé au son du tambour, et monté sur le buffle ou sur Garuda, l’oiseau d’Indra, aigle ou vautour, grand dévorateur de serpents, comme le Phénix. On peut donc l’inscrire dans l’axe Taureau-Aigle/Scorpion et dans le processus de sublimation d’Apollon/Saint-Michel. En effet, en plus des ailes de l’aigle et de l’épée flamboyante, il dissipe la peur, dépasse l’envie, appelle à la méditation sereine et se trouve être adoubé de serpents dans les stupas népalais.

Enfin, et c’est très important, son corps de manifestation - Nirmanakaya - est celui de Maitreya lui-même, le bouddha à venir…

 La boucle est bouclée : on comprend dès lors pourquoi, dans le Chiisme duodécimain, branche très ésotérique de l’Islam, et ayant hérité de nombreuses choses du Zoroastrisme, l’Homme vert attend dans une île, caché, sa manifestation : l’Homme vert pourrait très bien être le Mahdi lui-même ou Kalki renaissant dans le village de Shambhala (Shambhalla, bien sûr, l'île du désert de Gobi), et dont la bien-aimée est dans l’île du Lion.

El Khîdr et Elie

Il reste à voir le lien entre l’Homme vert et Élie, prophète immortel aussi bien pour l’Islam, où il est le redresseur de la religion, que pour le Judaïsme où il serait l’initiateur  direct des maîtres kabbalistes Rabbi Shiméon bar Yochai, fondateur de la Kabbale ou Rabbi Isaac Luria Ashkenazi, selon leurs propres dires. Rappelons-nous que le Christ aurait dit qu’Élie était revenu par Jean-Baptiste, et le prophète apparaît avec Moïse à Jésus et ses disciples sur le mont Thabor pour la Transfiguration. Au passage, soulignons que Tabour signifie hauteur, mais aussi nombril, comme l’omphalos de Delphes, ce qui rapproche encore Élie d'Apollon. Je redonne la parole à Amélie Neuve-Église :

« Enfin, le Second livre des Rois évoque le motif du « manteau d’Élie » qui n’est pas sans résonance avec l’investiture du manteau de Khezr évoquée précédemment : avant qu’Élie ne monte aux cieux sur un char de feu, Élisée le supplie de lui laisser « une double portion de son esprit ». Il prend alors le manteau qu’Élie a laissé à terre et est alors investi de l’esprit du prophète. »

 Élie est abondamment cité dans les écrits des pères de la tradition chrétienne, dont saint Clément, saint Irénée, ou encore saint Jean-Chrysostome. Il est également considéré comme le fondateur de l’Ordre religieux des Carmes, auxquels appartenaient notamment saint Jean-de-la-Croix et Sainte Thérèse d’Avila. Enfin, le sacrifice ultime d’Élie au Mont Carmel est le symbole, pour de nombreux auteurs spirituels chrétiens des IVème et Vème siècles, de la venue de l’Esprit du pèlerin engagé dans la voie de l’ascèse spirituelle et de la foi.

Prophète et ange personnel, « maître de tous les sans-maîtres » et symbole d’une spiritualité dégagée des carcans littéralistes et sociaux, Khezr est l’initiateur par excellence permettant d’accéder au véritable « esprit » des révélations divines. Il n’en demeure pas moins un personnage peu connu, très complexe, que même les plus grands commentateurs et mystiques n’ont su cerner dans sa totalité. Dans la tradition mystique musulmane, Khezr n’en demeure pas moins une figure spirituelle vivante, susceptible de guider chaque croyant l’invoquant de manière sincère. Selon ’Alî Wafâ (XVIe siècle), Khezr serait pour chaque pèlerin ce que fut l’ange Gabriel pour les prophètes : l’Esprit de sa vocation et de sa foi, se révélant à lui selon ses propres dispositions et aspirations, et dont l’esprit est présent au sein des trois grands monothéismes et incarne le même appel fondamental : "Jusqu’à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l’Éternel est Dieu, allez après lui…

 

Récapitulons les informations éparses sur Élie : un prophète immortel montant au Ciel sur des chariots de feu, revenant sous la forme de Jean-Baptiste annoncer un nouveau prophète, Jésus, et lui apparaissant à travers une nuée sur le Mont Thabor. Le Christ dit de Jean-Baptiste, donc d’Élie, qu’il n’y avait pas de plus grand homme sur Terre, mais qu’il est le plus petit dans le Royaume des Cieux, ce qui renvoie encore au Ciel et à l’hypothèse extraterrestre, après les chariots de feu. Ne négligeons pas non plus une hypothèse au premier abord délirante : que la verdeur de cet homme soit d’ailleurs celle d’un extra, ou intra-terrestre d’un être amphibie vivant dans les eaux, comme au confluent des océans où il est assis, à la manière d’Éa-Oannès, le dieu civilisateur mésopotamien.

Le fait qu’Élie soit associé à l’Homme vert n’est pas si étonnant car Jean-Baptiste était aussi porteur de l’eau de vie du baptême, et vivait de façon sauvage et incompréhensible pour les hommes. Et comme le Mahdi qui devra venir à la fin des temps, Jean-Baptiste annonçait Jésus.

Chercher à appréhender l’Homme vert à travers la tradition musulmane et ses sources pré-musulmanes nous a amenés à parler d’Apollon, de l’Hyperborée, d’Amogasiddhi, de Maitreya, de Moïse, d’Élie, de Jean-Baptiste et du retour du Christ. Et s’il y a quelque chose qui relie ces grands êtres, c’est une nouvelle Loi, la vérité, l’eau, l’immortalité. La verdeur éternelle est espérance et la figure d’El Khidr ou El Khezr est revigorante, comme sa façon d’échapper à la compréhension. Il y a pour moi une sorte d'humour en lui qui fait penser aux bonnes histoires sans queue ni tête des soirs d’ivresse irlandais où le rire triomphe et régénère.

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commentaires

Périer 24/07/2019 18:25

D'ailleurs les Anglais disent Green language pour langage des oiseaux

Périer 24/07/2019 18:09

Tout à fait... Le symbolisme est inépuisable. Un ami me disait aussi que c'est la couleur de l'homme Universel, comme cet homme vert... Vous allez au pèlerinage de Vieux Marché ?

Anwen 24/07/2019 14:46

Bonjour,
Dans toutes les représentations alchimiques, et même symboliques au sens le plus large, le vert est la couleur du secret, de la connaissance cachée, de l'envers des choses : facile à retenir, l'envers est ce qui est en vert ! La langue des oiseaux se régale des multiples homophonies de cette couleur : dans le vert on entend aussi le verre, qui symbolise la transparence, puisque la lumière passe « à tra-vert ». Tendez l'oreille : c'est la couleur du verbe, de la vertu et de la vérité. Ce qui est tout vert est ce qui est ouvert, c'est à dire l'inverse du verrou.
C'est la langue verte et fleurie des troubadours... et des trouvères, les biens nommés, qui excellaient dans l'art des messages codés.
Cordialement.

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