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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 23:16

Accueillant actuellement une belle exposition photographique argentique sur le Japon, https://www.genevieveregachepayan.com/galeries

j'ai découvert le culte extrêmement populaire du bodhisattva Jizo, protecteur des voyageurs, divinité libérant les morts et les enfants issues d'une  fausse couche. Il est représenté au Pays du Soleil levant sous la forme d'un très jeune enfant rieur et bienveillant. Voyant immédiatement la similitude de son nom et de sa forme avec l'enfant Jésus, je me suis penché un peu plus sur son légendaire.

Son nom sanskrit est Ksitigarbha, ce qui se traduit par Matrice de la Terre. Philippe Cornu, dans son Encyclopédie du Bouddhisme, nous apprend que c'est un bodhisattva blanc de peau, qui a fait le voeu de libérer toutes les âmes, de soulager les êtres de la souffrance et de ne pas atteindre le Nirvâna jusqu'à l'avènement de Maitreya, ce qui le rend très semblable à Avalokiteshvara, que je considère pour ma part - voir La Porte Etroite et le Grand Véhicule -  comme la bouddhisation de Jésus.

Kshitigarbha n'était pas très populaire en Inde, mais son culte en revanche connut un grand succès en Chine, puis au Japon, ce qui suit bien la diffusion du Mahâyâna et la pénétration conjointe du Christianisme et du Bouddhisme dans l'Empire du Milieu dans les premiers siècles de notre ère.

Kshtitigarbha-Jizo a un amour immense pour sa mère: c'est pour sauver son âme qu'il désire dépeupler les Enfers, et cette proximité mère-fils Sauveur ne s'arrête pas là. En effet, en Chine, où le bodhisattva est nommé Dizangwang, il arrive qu'il soit associé à Guan-yin et Amitâbha-Amituofo, associés tous deux à une même entité. Guan-yin est la forme féminine qu'a prise Avalokiteshvara-Chènrézi en Chine, et Amitâbha-Amituofo est le bouddha de Lumière infinie qui a émané Avalokiteshvara par compassion pour l'humanité. Cette proximité "géniteur céleste de Lumière" - Dieu et dies ont une même racine - et figure féminine salvatrice avec Kshitigarbha-Jizo reconstitue la triade Père divin-Vierge Marie-Jésus.

En poussant plus loin les remarques, on pourrait ajouter que Jizo est fêté les 23 et 24 août, soit au moment où le signe solaire du Lion - Simha en sanskrit -  connecte avec celui de la Vierge - Kanya - : soit un signe masculin associé à la Lumière suprême et un signe féminin associé au réceptacle de la Divinité. et le Christ était le lion de Juda.

La photo ci-dessous représente deux Jizo portant le bavoir enfantin, priés par les mères en deuil, ce qui peut évoquer aussi la Mater dolorosa, la Vierge perdant son Fils sur la croix.

By Fg2 - Own work, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=907156

 

Je termine par cet extrait de La Porte Etroite et le Grand Véhicule en rappelant que les pueples et les idées ont toujours, très vite, partout, voyagé...

Bonnes fêtes à tous avec l'enfant Jizo ou Jésus, comme on voudra ;-)

Târâ, l’Étoile salvatrice, et Amaterasu la solaire
Allons plus loin. Le légendaire de Târâ pourrait s’être transporté assez vite
au Japon. Selon les plus vieilles sources écrites japonaises, le Kojiki écrit
en 712 et le Nihon Shoki écrit en 720, la déesse solaire, sage et bénéfique,
Amaterasu, est née elle-même de l’œil gauche d’Izanagi, alors qu’il se purifiait
après avoir pénétré dans le monde souterrain pour tenter en vain de ramener à
la vie Izanami, son épouse, qui avait créé le monde avec lui. Après avoir
donné au jourAmaterasu de son œil gauche, Izanagi, de son œil droit, manifesta
Tsukuyomi, le dieu lunaire qui rejoignit les Cieux par une échelle céleste.
Entre Târâ et Amaterasu, il y a aussi bien au niveau phonétique que mythique
une ressemblance: Târâ est l’Étoile etAmaterasu est solaire, son nom signifiant
« Ciel lumineux ». Quant à Marie, elle est la reine du Ciel.
Je ne peux que faire remarquer qu’Amaterasu contient
Mater et Iesus: la
Mère et Jésus en latin. Je ne cherche absolument pas à récupérer les religions
orientales, conscient que je suis de la religion de la Grande Déesse qui précéda
sans doute en tous lieux celles du Père, comme les recherches de la professeure
Marija Gimbutas semblent le démontrer. En revanche, je sais aussi la rapidité
de diffusion des religions et les bouleversements mondiaux en terme de cultes
que vit le premier millénaire de notre ère: juste avant l’an 1000, hormis l’Inde,
il y avait peu de régions entre l’Irlande et le Japon qui avaient échappé à la
conversion au Christianisme, au Bouddhisme ou à l’Islam, ou n’avaient pas
été confrontées à leur politique prosélyte voire plus. En 712, la Chine était


70. Matthieu, 10, 8, et Genèse, 2, 24.


devenue mahayaniste et le Japon voyait naître le culte d’Amaterasu, l’Islam
n’avait pas dépassé l’Indus. Un siècle et demi plus tard, (845) une grande
persécution toucha aussi bien le Bouddhisme que le Nestorianisme, le
Zoroastrisme et le Manichéisme, témoignant de l’influence que ces religions
avaient acquise en Chine. Le Nestorianisme chrétien et le Zoroastrisme furent
considérés comme des hérésies du Bouddhisme, nous apprend l’historien
indien de l’Église Philip dans
East of the Euphrates : Early Christianity in
Asia. India
71. Étrange idée? Elle confirme seulement davantage la fusion qui
s’était opérée entre le Christianisme, le Zoroastrisme et le Bouddhisme dans
le Mahâyâna.
Il n’est donc absolument pas irréaliste de penser qu’Amaterasu se soit
enrichie ou ait été modifiée par l’apport de Târâ, elle-même née de la fusion
de figures indiennes et de figures occidentales. Positive et civilisatrice,
Amaterasu était considérée comme une reine qui tissait la toile du monde,
telle la Mâyâ, la magie féminine de l’Hindouisme étendant son voile sur la
Création du Brahman, l’Âme cosmique. Mais le frère d’Amaterasu, Suzanoo,
issu du nez d’Izanagi, était insolent et violent. Après qu’il eut écorché et jeté
un poney dans la salle où elle tissait, elle se réfugia dans une caverne dont elle
finit par sortir, attirée par la fête qu’avaient organisée les dieux affligés par les
ténèbres. Elle tomba dans le piège, mais obtint le bannissement et la punition
de son frère, ainsi que la royauté pour sa propre descendance. L’épisode de la
caverne rapproche là aussi Amaterasu de Guan-yin sous sa forme de Miaoshan.

 

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